Ronde, et alors?

Lettre à ma nièce de deux ans

Que diriez-vous à une petite fille qui n’a pas encore appris à étiqueter les gens, une petite fille qui n’a jamais posé un regard critique sur son propre corps ou celui des autres, une petite fille qui ne sait pas ce qu’est le jugement? Notre chroniqueuse Joanie Pietracupa lui écrit.

Joanie-bandeau

Très chère Lélé,

Deux ans, presque toutes tes dents. Un poids plume, qu’on oublie vite en se faisant entraîner dans ta tornade d’énergie. Un sourire sincère, charmeur mais qui ne le sait pas, ou peut-être au contraire qui le sait trop bien. Des yeux curieux, qui n’arrêtent jamais de poser des questions. Des mains minuscules, qui touchent à tout comme pour la première fois, même si ça fait cent fois qu’on te dit de ne pas toucher à ça. Des petits pieds, qu’on dirait créés pour courir plus vite que leur ombre. À tout moment: des câlins spontanés, des éclats de rire, des chansons inventées, des becs mouillés. Le bonheur à l’état pur, quoi. Je ne croyais pas un jour le rencontrer, jusqu’à ce que je pose mes yeux sur toi, par un bel après-midi de fin d’été, il y a deux ans déjà.

Deux ans qu’on se devine, toi et moi. En jouant, en se tiraillant, en se regardant, en se collant, en s’aimant. En essayant de se comprendre alors qu’on ne parle pas encore tout à fait le même langage. En discutant avec l’autre dans nos têtes ou par bribes décousues. Mais je t’ai vite connue, et toi aussi. Je sais quand je t’intimide, quand tu me trouves drôle et quand tu admires mes colliers. Tu sais me mettre de bonne humeur en criant mon nom, en me sautant dans les bras et en t’endormant dans mon cou. On fait une belle paire dépareillée, toi et moi. T’es le petit morceau qui manquait à mon casse-tête et je suis le grand nounours qui veillera toujours sur toi.

Photo: IStock

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Parce que si elle est presque toujours belle, la vie peut aussi parfois être vile. Et ça, c’est quelque chose que tu vas découvrir toute seule. Pas trop tôt, pas trop longtemps et pas trop fort. Enfin, je l’espère. J’aimerais tant te protéger de ton premier échec à l’école, de ta première chicane d’amis, de ta première peine d’amour, de ton premier deuil… Mais je n’ai aucun doute: tu vas passer à travers tout ça comme une reine, encore plus grande et forte qu’avant. Tu vas apprendre des leçons essentielles, telles que te faire confiance et bien t’entourer.

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D’ailleurs, il faut que je te dise: la vie, ce n’est pas le plus dur. Non, ça, c’est un prix qui revient aux gens. Tous ces gens que tu ne connais pas mais à qui tu vas peut-être accorder trop d’importance. Ces gens qui vont poser un jugement sur toi, par jalousie, par méchanceté ou juste parce que. Ces gens qui vont à peine te regarder et déjà t’étiqueter. «Elle est belle, elle doit être superficielle!», «Elle est moche, elle doit être brillante!», «Elle est maigre, elle doit être anorexique!», «Elle est ronde, elle doit mal manger!». Et là, c’est le temps d’ouvrir grand tes yeux et de lire et relire ce qui suit jusqu’à t’en décoller la rétine: NE LES ÉCOUTE PAS. Il n’y a qu’une seule opinion qui compte, et c’est la tienne. Qu’une seule voix à suivre, et c’est la tienne. Qu’une seule vie à vivre, et c’est la tienne.

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Je ne te souhaite qu’une seule chose, très chère Lélé: d’être heureuse et bien dans ta peau. Autant que tu l’es aujourd’hui. D’avoir toujours envie de courir, sauter, chanter et danser comme tu le fais maintenant, du haut de tes deux ans. D’être sûre de toi, dans tout et partout. D’avoir confiance en tes décisions; si tu te trompes, tu auras au moins appris quelque chose de nouveau. D’être sans complexes. De te trouver belle, peu importe ta taille ou ta silhouette, mais de ne pas trop y penser. Parce qu’il y a des tonnes de choses plus importantes que la beauté: l’intégrité, l’honnêteté, la générosité, la bonté, la créativité et la sensibilité, entre autres.

En somme, je te souhaite de grandir et de t’épanouir en sainte paix, à l’abri de tous les regards sauf du mien, grand nounours qui veillera toujours sur toi.

Jojo

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