Blogue La course et la vie

Course à pied: ce que vos chaussures disent de vous

Il y a deux sortes de coureurs: les fidèles et les volages.

 

Geneviève Lefebvre

Geneviève Lefebvre

Il y a deux sortes de coureurs.

D’abord, les fidèles. Vertueux, dignes, ils provoquent les murmures admiratifs de tous. Leur couple est solide, et sur la tête de ce qu’ils ont de plus précieux (j’hésite entre leurs enfants ou leur Garmin, allons-y pour les enfants), ils ne jurent que par un modèle de chaussures de course, faisant même parfois un peu de dépendance affective. On ne nommera personne, mais on en a même vu qui achetaient cinq paires d’un coup «au cas où la marque cesserait de les manufacturer». À leurs Mizuno, ils ont juré fidélité, jusqu’à ce que la mort les sépare (ce qui est prévu pour dans longtemps vu qu’ils font du sport).

En ces temps incertains où plus personne ne veut s’engager « d’un coup qu’il y ait mieux ailleurs », c’est beau, c’est admirable, célébrons leur sens de l’engagement et du devoir.

Et puis, il y a l’autre gang…

Les épinards, les bohêmes, les volages. Ces courailleux du running sont à la course ce que Henri VIII était au mariage; d’ardents défenseurs de la diversité.

En fait, vous diraient-ils en vous regardant dans le fond des yeux (vous les connaissez, des charmeurs redoutables) ce n’est pas tant qu’ils soient volages, mais qu’ils sont fidèles… à plusieurs modèles.

C’est comme un casting, vous jurent-ils, chaque course exige «son» modèle de chaussure. Qu’est-ce que j’ai comme entraînement aujourd’hui? De la vitesse ou de l’endurance? Quelle distance dois-je parcourir? Est-ce qu’il fait chaud, froid, mouillé? Est-ce que mes pieds risquent d’enfler? De geler? Est-ce pour une course officielle? Sur quelle surface, bitume ou gravier? Sur des sentiers en pleine nature ou en ville?

Des heures de plaisir, juste à choisir la bonne chaussure pour les circonstances.

Une courte distance d’été? Les Nike Free Run, légers comme des plumes et souples comme des pantoufles. Une course en sentier plein de racines et de roches? Les «Pure Grit» de Brooks. Un marathon au frais? Les Brooks Pure Connect. Un demi au chaud? Go pour les Saucony fastwitch. Un entraînement sur la piste intérieure avec Dorys? Les Nike Air Max «spécial effet raquettes pour trottoirs enneigés» pour se rendre (à la course), et les Mizuno Waverider pour les intervalles. Oui, deux paires dans la même journée, c’est extravagant, quasi libertin. Quand ces grands explorateurs du running ont besoin de réconfort, ils reviennent, tel Ulysse à Pénélope, à leurs chaussures « doudou », celles qu’ils portent quand ils sont fatigués d’avoir tant couraillé (c’est sûr, après toutes ces infidélités).

Et juste au moment où on serait tenté de les condamner sévèrement, on tombe sur cette étude*.  Les coureurs polygames économisent, habituent leurs pieds à différentes sensations (!), et ils auraient jusqu’à 39% moins de blessures que les fidèles.

Voilà tout à coup qu’on se sent moins coupable d’aller voir ailleurs !

Alors, fidèles ou polygames ?

 

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*L’essentiel de la littérature scientifique sur la course est en anglais. Si jamais vous tombez sur des articles intéressants écrits en français, merci de les partager, ce sera apprécié!