Blogue La course et la vie

Finir dernier...

On n’en meurt pas, je vous dis.

L'auteure, Geneviève Lefebvre

L’auteure, Geneviève Lefebvre

Sur tous les sites de course, chez tous les coureurs de la planète, une angoisse revient, lancinante; «et si je finissais le dernier de la course»?

La réponse, invariablement rassurante, va comme suit; « mais non, voyons, tu ne finiras pas dernier, c’est impossible ».

On rigole (un peu jaune), on se croit à l’abri, et puis un jour, ah, ah, ben bon pour toi… on finit dernier!

Et on n’en meurt pas.

Je le sais, ça m’est arrivé. C’était l’an dernier, au Tour du Mont-Royal Brébeuf, une magnifique course de montagne en ville.

Je préparais mon premier marathon en janvier, et je m’étais dit, insouciante « bah, un 25 km, c’est ce que j’ai au programme ce dimanche-là, aussi bien le faire dans une course organisée, ce sera plus drôle ».

Pour être drôle, ça été drôle. Mille mètres de dénivelé dans les sentiers du Mont-Royal, entre les racines, les roches, la bouette et le maudit trottoir de ciment qui longe le cimetière. Dur de chez dur. Au premier kilomètre, cassée par la côte à pic que j’avais prise de front trop vite, j’avais déjà pus de jambes et il m’en restait 24 à courir.

J’ai pensé mourir. Me rouler en boule en pleurant comme un bébé. Crier des noms d’oiseaux à l’imbécile qui avait pensé à organiser cette foutue course (pour ceux qui se cherchent quelqu’un à injurier, il s’appelle Patrick Daigle).

Bizarrement, je n’ai pas pensé à abandonner. Pourquoi? Je n’en sais rien. C’est comme un accouchement. T’arrêtes pas en plein milieu pour dire « finalement, ça me tente pus ».

T’as commencé, tu finis.

Malgré la cheville tordue, les jambes en béton et l’énergie qui te déserte à la vitesse d’un mafieux quand vient le temps de témoigner à la Commission Charbonneau.

Maudit, maudit, c’est pas dit que je ne la finirai pas, cette maudite!

Quand j’ai vu le visage soucieux de mon fiancé en haut de la côte Polytechnique (la vilaine) au 22ème kilomètre, j’ai su que j’étais dans la merde. Loin derrière les autres. Lui, il était juste content de me voir en vie. Il s’inquiétait de ne pas me voir arriver.

L’orgueil? J’en avais pus. Parti. Bye bye orgueil. Adios muchacho!

À 500 mètres de l’arrivée, mon chum m’a dit; « okay, tu peux pas arriver en marchant, là, tu cours ».

Courir?! Es-tu fou, toi, cr…?!

J’ai couru.

Comment? M’en rappelle pas. Un blocage. Il faudrait que j’aille en thérapie pour retourner à cet endroit trop douloureux pour ma mémoire.

Mais tant qu’à arriver dernière, aussi bien que ce soit avec ce qui reste de panache!  Cyrano n’a pas conquis Roxanne, mais diantre, il a tout de même mis ses mots sur les lettres de Christian!

J’ai traversé l’arche du fil d’arrivée. 4:00 annonçait le chrono. Bravo la tortue!

Bizarrement encore, une fois que mes jambes ont compris qu’elles n’avaient plus besoin de courir, j’étais d’une humeur merveilleuse. Dernière? Je suis arrivée dernière? M’en fout. Je suis affamée. Est-ce qu’il reste du lunch?

Il en restait. Et j’ai dévoré le délicieux repas chaud qu’ils servent à l’arrivée, pour tous les coureurs, peu importe la distance, peu importe le temps, ou ma désespérance (ah non, ça c’est Brel, pas rapport… quoi que…).

Cette course a lieu dimanche, le 20 octobre. Oui, ce dimanche…  Celui qui vient. Et il reste des places.

Bien sûr, vous pouvez vous contenter de ne courir « que » le 5Brebeuf km. Mais pour une expérience vraiment unique, allez-y pour plus, inscrivez-vous au 10 km, au 15 km ou encore au 25km, et essayez d’arriver dernier.

On n’en meurt pas, je vous dis.

PS. Pour la petite histoire, l’expérience ne m’a pas gâché le plaisir de courir dans la montagne, au contraire. Et l’organisateur, ayant lu le récit loufoque de ma course sur Facebook a eu une autre idée saugrenue. Me demander d’être leur porte parole. À moi, la fille qui est arrivée bonne dernière.

Avouez que c’est drôle.

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Besoin de conseils pour courir : visionnez les vidéos de course à pied de l’expert Jean-François Harvey.