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Catherine Girard-Audet, l’auteure que les filles adorent

Catherine Girard-Audet est un phénomène de l’édition. Sa série La vie compliquée de Léa Olivier s’est écoulée à plus de 500 000 exemplaires. On a demandé à deux ferventes admiratrices, Alexanne, 10 ans, et Emmanuelle, 13 ans, de l’interviewer.

Photo: Josée Lecompte

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Emmanuelle: Comment es-tu devenue écrivaine ?
Catherine: Au primaire, je voulais devenir vétérinaire (je suis allergique aux animaux !) ou hôtesse de l’air (j’ai peur de l’avion !). Je ne rêvais pas d’être écrivaine, mais j’ai toujours aimé écrire. J’avais un journal intime, que j’ai arrêté de tenir quand je me suis aperçue que mon frère le lisait en cachette… C’est au moment d’entrer à l’université que le choix de la littérature s’est imposé.

Alexanne: Comme Léa, dans le septième tome, qui est super hésitante tandis qu’Olivier, son copain, sait ce qu’il veut faire dans la vie, lui ?…
Oui, il y en a pour qui c’est clair très tôt, mais à 15, 16 ans, ce n’est pas toujours évident de décider pour l’avenir. Autour de moi, certains savaient déjà qu’ils allaient étudier en sciences pures au cégep pour devenir ingénieurs. Moi, ce n’était pas si clair, ni à 15 ans ni à 20. J’ai suivi ma passion à l’université, mais des fois les choses arrivent d’elles-mêmes aussi. Dans mon cas, c’est la traduction littéraire qui m’est d’abord tombée ­dessus. J’ai traduit des Bob l’éponge, des Dora, des livres Disney pendant plusieurs années et ça m’a donné la piqûre de la littérature jeunesse. L’adolescence, c’est une période qui m’a vraiment ­marquée. Et dans ma tête, je me sens encore jeune. J’avais donc envie d’écrire pour les jeunes, mais en tant qu’adulte. J’ai commencé avec L’ABC des filles, que vous devez connaître…

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Photo: Josée Lecompte

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Alexanne et Emmanuelle: Oui !
Ça fait huit ans déjà que ce dictionnaire est publié et enrichi à chaque édition. C’est grâce à cet ouvrage que je suis devenue blogueuse pour la chaîne de télé VRAK, où je m’occupe du courrier du cœur, et chroniqueuse au magazine Cool !, où je réponds aux préoccupations des jeunes dans la rubrique Les conseils de Catherine. Tout s’est donc mis en place naturellement pour me mener à la série des Léa Olivier...

Emmanuelle: Justement, je me demandais si Léa, c’était toi.
Son histoire est inspirée de ma vie. Je suis née à Québec, puis, entre ma première et ma deuxième secondaire, on a déménagé à Montréal. Comme Léa, j’ai dû m’adapter à une nouvelle école, mais, contrairement à elle, ça ne s’est pas bien passé du tout ! J’étais « rejet ». J’avais de bonnes notes – j’ai toujours aimé l’école –, mais j’étais timide et j’avais de la misère à me faire des amies. Quand je suis arrivée, les gangs étaient formées, il y avait plein de cliques. Les nunuches de la série [filles populaires qui agissent en dictatrices] viennent de ces années-là !

Alexanne: Ah oui, tu as été victime de nunuches ?
Oh oui ! En troisième secondaire, parce que je n’étais plus heureuse, j’ai changé d’établissement. Et là, je me suis fait de très bonnes copines. Catherine et Jeanne sont inspirées d’amies que j’ai encore aujourd’hui. Il y avait aussi des nunuches à ma nouvelle école. Sauf que là, j’étais moins victime parce que j’avais plus confiance
en moi et que, comme Léa, j’avais appris à me défendre.

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Photo: Josée Lecompte

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Emmanuelle: Tu ressembles aussi physiquement à Léa…
Oui. Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais avant que VRAK refasse son site web, il y avait des avatars…

Alexanne et Emmanuelle: Oui !
Je les aimais beaucoup, ce qui fait que j’ai demandé à Veronic Ly, l’illustratrice, de concevoir les pages couvertures de la série Léa Olivier. On l’a imaginée ensemble, et je voulais qu’elle me ressemble un peu.

Emmanuelle: Comment trouves-tu ton inspiration ? Parce que ça nous ressemble beaucoup, tes histoires…
C’est un conseil que je donne souvent à ceux qui commencent à écrire : ce qu’on a vécu soi-même, c’est la meilleure source d’inspiration. Mais aussi, avec le courrier du cœur de VRAK et ma chronique pour le magazine Cool !, je reçois des milliers de courriels. Les jeunes se confient à moi, et ça me donne souvent de super idées.

Alexanne: Aimes-tu ce que tu fais ? Écrire et tout ce qui entoure ça…
Oui, j’adore ! J’aime être chroniqueuse à Cool ! et blogueuse à VRAK. Cette année, j’étais enceinte et j’ai donc moins écrit, mais je vais m’y remettre bientôt. Aller dans les salons du livre, donner des conférences dans les écoles, ça me fait du bien, parce que, quand j’écris, je suis toute seule dans mon salon.

Photo: Josée Lecompte

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Emmanuelle: Et comment tu t’y prends pour L’ABC des filles ?
Au départ, avec mon éditeur – qui est aussi mon frère –, on a dressé une liste de 150 thèmes. Chaque année, on en ajoute et on les modifie un peu. Quand j’avais votre âge, j’aurais voulu qu’un tel livre existe. Alors il y a des thèmes qui viennent de moi, de mes préoccupations, et beaucoup d’autres des questions que les filles me posent dans mon courrier du cœur. Par exemple, même si ma mère était très ouverte, j’étais super gênée de lui parler de trucs comme la puberté. Mon corps s’est développé tard, et je voyais toutes mes amies déjà formées. Je me demandais si j’allais rester comme ça toute ma vie, si les gars m’aimeraient moins. Je n’avais pas d’ABC pour me dire : relaxe, ça va finir par arriver !

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Alexanne: Est-ce que, comme Léa, tu es accro aux mets chinois ?
Honnêtement, oui ! Quand j’étais jeune, deux fois par année, on allait dans un resto style buffet et je capotais. Je me remplissais des assiettes énormes ! Comme je disais tantôt, il y a de moi en Léa. Par exemple, dans le tome 4, au camp de vacances, tout ce qui arrive à Léa m’est arrivé, mais alors à 90 %.

Alexanne: Ah oui, tu t’appelais Écureuil rôti ?
Non ! [rires] mais mon nom de camp était aussi humiliant. Et je tripais aussi sur le beau moniteur, qui, je pense, n’a jamais remarqué mon existence !

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La vie compliquée de Léa Olivier – Rivales (Tome 8), Les Malins, 400 pages.