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Opinions

L'égalité pour les mères, une chimère?

En choisissant de réduire les cotisations au RQAP plutôt que d'en augmenter les prestations, le gouvernement du Québec rate une excellente occasion de favoriser l'égalité des sexes, écrit notre chroniqueuse, Marilyse Hamelin.
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Marilyse Hamelin

Marilyse Hamelin / Photo : Justine Latour

La création, en 1997, par Pauline Marois, des Centres de la petite enfance (CPE) – les fameuses «garderies à 5$» – a constitué une avancée majeure pour les mères québécoises en leur offrant un meilleur accès au marché du travail.

À la maison, par contre, rien n’était gagné pour elles. Elles devaient, et doivent encore, se taper la majorité des tâches ménagères, sans compter la charge mentale due à la planification de la vie familiale.

Et sur ledit marché du travail, tout ne tourne pas rond pour les mères, tant s’en faut.

À n’en pas douter, les politiques progressistes sont essentielles, et il faut saluer celles qui les portent sur leurs épaules. Reste que le sexisme est difficile à terrasser…

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Tout cela, je l’ai constaté lorsque mes copines sont devenues mères. En 2017, dans la foulée de la sortie de Maternité, la face cachée du sexisme, mon essai sur l’égalité parentale, je me souviens d’avoir répété sur toutes les tribunes qu’il n’était pas juste d’octroyer à la mère, par défaut, le rôle du parent principal. Or, ce problème perdure.

La parentalité génère encore beaucoup de situations inéquitables pour les femmes, non seulement sur le plan intime et privé, mais aussi sur le plan professionnel (perte de revenu et d’avancement). J’ai donc été encouragée en apprenant que mon livre ferait l’objet d’une réédition cette année. En 2017, le mouvement Mères au front n’existait pas, pas plus d’ailleurs que Ma place au travail, qui milite depuis 2021 pour que chaque enfant ait une place en service de garde éducatif de qualité et abordable. Ça devrait aller de soi, presque 30 ans après la création du réseau des CPE. Or, ce fleuron de l’approche québécoise en matière d’égalité, qui a permis de doper le taux d’emploi des femmes, est redevenu une chimère pour nombre de familles…

Statu quo et reculs

Certes, l’enjeu des CPE, bien que crucial, est complexe. Même en investissant davantage, le gouvernement ne fera pas apparaître de nouvelles places comme par magie. Il a cependant la possibilité d’agir autrement, et immédiatement, sur le front de l’égalité: il lui suffirait de bonifier les prestations du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), qui finance le long congé dit «de maternité» et engrange des surplus depuis des années.

Il faut majorer les prestations du RQAP jusqu’au niveau du salaire réel. Une telle bonification permettrait de lutter contre la pauvreté des femmes, qui ne gagnent que 55% de leur salaire durant les trois quarts du long congé parental. Pour celles dont le revenu est faible à la base, 55% de pas grand-chose, c’est l’autoroute vers la précarité.

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Le gouvernement doit, par ailleurs, allonger la durée du congé de paternité – cinq semaines, ce n’est rien! – pour favoriser l’implication des pères dès le départ.

Ce sont là des mesures concrètes, aux effets immédiats et, de plus, à coût nul.

Mais non, prenant la plus absurde des décisions, le gouvernement a plutôt annoncé, en juin dernier, une baisse de 8% des cotisations… pour mettre fin auxdits surplus.

Je trouve ça tout bonnement aberrant. À l’heure où chacune de nos maigres avancées est menacée par la montée du conservatisme social ambiant – et même du masculinisme –, ce manque de vision est grave. Assurer l’égalité des genres n’est pas un luxe, mais une nécessité. Ne pas la promouvoir équivaut à gouverner de manière sexiste.

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Écrivaine, éditrice, chroniqueuse et animatrice, entre autres, Marilyse Hamelin a fait paraître en 2023 Une détresse contrôlée (Hamac) et, en 2024, Solitudes, une décennie de réflexions féministes (Somme toute). Elle écrit aussi l’infolettre Quelques mots sur…, qui traite du processus créatif et, plus largement, du milieu littéraire québécois.

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