Famille tout compris

Les matantes radicales

Marianne Prairie décide d'embrasser le terme « matante radicale ». Car, dit-elle, on peut tout à fait écrire pour un magazine féminin en parlant famille et amener une réflexion sur le féminisme et la justice sociale. Qu'on se le dise.

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Avant toute chose, laissez-moi vous souhaiter une bonne année, remplie à ras-bord de santé et d’amour. Près de deux semaines après le Jour de l’An, je pense que je suis bel et bien arrivée en 2015. Eh boy.

Pendant les Fêtes, mon dernier billet s’est beaucoup promené sur les réseaux sociaux. Je vous remercie beaucoup de l’avoir partagé, ça me remplit d’une grande joie. Plus nous serons nombreux à dénoncer l’austérité, mieux ce sera. Mais il y a aussi autre chose qui m’a fait plaisir : je me suis fait traiter de matante wild sur Facebook.

Voyez-vous, mon plaidoyer a été partagé sur la page Facebook d’Anarchopanda, l’affectueuse mascotte qui marchait aux côtés des étudiants et distribuait les câlins lors de la grève générale de 2012.

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Sous la publication, les deux commentaires suivants ont récolté plusieurs pouces en l’air : « S***, matantes are going wild. » et « Wow, Châtelaine qui suggère de descendre dans la rue, on n’a plus les revues de madames qu’on avait. »

Cette réaction me fait beaucoup rire et elle en dit beaucoup sur comment quelques jeunes fans d’Anarchopanda perçoivent Châtelaine et, du coup, celles qui y écrivent. Ils ne l’ont sans doute jamais lu, mais ils l’ont feuilleté chez leur mère et leur dentiste. T’sais, quand beaucoup de pages sont consacrées à des recettes et des pubs de crème de face, c’est assez pour se faire une idée.

Surprise ! Les meudames lèvent la tête de leur fourneau des fois pour regarder les nouvelles. Certaines se badigeonnent le visage de produits anti-âge, d’autres non, et dans les deux cas, ça ne révèle absolument rien sur leur compréhension des enjeux sociaux actuels. Les lectrices de magazines féminins ne sont pas des nunuches unidimensionnelles. D’après moi, c’est le ton glamour-infantilisant qu’on emploie pour communiquer avec elles qui le laisse croire.

En fait, si je suis si heureuse d’être une « matante radicale », c’est que tous mes paradoxes sont désormais réconciliés. Je peux aimer sincèrement les chandails à motifs quétaines, être très fière de ma quiche, m’endormir la seule fois dans l’année où je sors dans un bar ET questionner l’ordre établi. Je peux aussi écrire une chronique sur la famille pour un magazine féminin grand public ET y revendiquer une maternité féministe et plus de justice sociale. Je remercie d’ailleurs Châtelaine de me laisser cette liberté. En ces moments troubles, je suis encore plus consciente du privilège et de l’importance d’avoir une tribune.

J’ai une idée. Je vais nous imprimer des t-shirts « Matante radicale » pour les manifs à venir. Des intéressées ?

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