La vie publique n’est pas un concours de beauté

Hillary Clinton, Katherine Levac et Safia Nolin ont récemment été critiquées sur leur apparence. Pourquoi? La vie publique n’est pourtant pas un concours de beauté, écrit Joanie Pietracupa.

 

Joanie-bandeauJ’ai suivi la campagne électorale de Hillary Clinton. J’ai suivi cette course à la présidence des États-Unis pour trois raisons principales:

1) je l’admirais beaucoup en tant que politicienne ayant des années et des années d’expérience dans son domaine;

2) je l’admirais beaucoup en tant que candidate ayant à se «battre» intelligemment contre un homme comme Donald Trump;

3) je l’admirais beaucoup en tant que femme, point.

Des centaines d’articles que j’ai lus à son sujet au cours de la dernière année, au moins le tiers faisaient état de son apparence. Hé qu’elle avait donc l’air stricte dans ses fameux tailleurs! Hé qu’elle avait donc l’air vieux jeu avec sa coupe de cheveux de matante! Hé qu’elle avait donc l’air bête étant donné qu’elle était sûre d’elle et qu’elle ne souriait pas 24 heures sur 24! Pas vrai? Pas vrai.

Photo: iStock
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J’ai aussi suivi de près la «controverse» entourant la perte de poids draconienne de l’humoriste Katherine Levac en août dernier. Pourquoi avait-elle maigri aussi rapidement? Quel était le secret de son succès? Un régime strict, un entraînement physique intense, une opération chirurgicale ou, pire encore, une maladie? Pourquoi ne partageait-elle pas ces informations avec le public québécois? Elle «devait» bien ça à ses fans, non? Non.

Finalement, je n’ai eu d’autre choix que de suivre de près le «SafiaNolingate». Hé oui, la chanteuse s’est présentée au gala de l’ADISQ le 29 octobre dernier habillée d’un jean délavé, d’un t-shirt à l’effigie de Gerry Boulet et d’une veste grise toute simple. Hé oui, elle a «osé» se présenter à une grande soirée de remise de prix sans porter de robe longue, d’escarpins à talons hauts ni d’épaisse couche de rouge à lèvres écarlate. Comment a-t-elle pu faire preuve d’un aussi grave manque de respect à l’égard du public québécois? A-t-elle vraiment pensé qu’il s’agissait d’une tenue appropriée pour un événement glamour de la sorte? N’a-t-elle pas remarqué que ses vêtements serrés ne mettaient pas en valeur sa silhouette légèrement enrobée? N’a-t-elle donc rien à faire de l’opinion des autres sur son apparence physique? Faut croire que oui. #BravoSafia

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Pourquoi l’apparence des autres nous dérange-t-elle autant? Vous l’aurez deviné: quand je dis nous, je veux dire vous. Pas un vous collectif, rassurez-vous. Un vous qui s’adresse spécifiquement aux femmes et aux hommes que j’ai vus commenter les articles décryptant le look de Hillary Clinton, la perte de poids de Katherine Levac et l’allure de Safia Nolin.

Chers vous, expliquez-moi: est-ce que ça change quelque chose dans vos vies que l’apparence d’une personnalité connue (ou non) ne soit pas à votre goût? Ça vous blesse? Ça vous fâche? Ça vous déçoit? Parce que, à ce que je sache, ces femmes n’ont jamais dérogé de leur rôle. Hillary Clinton a été la politicienne intelligente et ambitieuse qu’on connaît jusqu’au bout, tout comme Katherine Levac continue de nous faire rire et Safia Nolin berce encore nos oreilles avec sa douce musique.

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Je comprendrais que vous vous en preniez à leur œuvre. Que vous reprochiez à Clinton d’avoir été malhonnête, à Levac d’être moins drôle qu’auparavant ou à Nolin d’avoir signé un nouvel album trop commercial, par exemple. Ce que je ne saisis pas, c’est ce qui vous donne le droit – ou ce que vous croyez vous en donner le droit – de critiquer leur apparence physique. Aimeriez-vous ça que le Québec en entier se mette à rire de votre silhouette hors norme ou de votre style vestimentaire unique? Peut-être me répondriez-vous que ces femmes-là ont choisi d’être célèbres, et donc qu’elles ont aussi choisi de s’exposer aux critiques. C’est ici que je vous répondrais que vous faites fausse route. Elles sont dans l’œil du public afin d’exercer leur passion, soit composer et créer, et non pour être des reines de concours de beauté.

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