L'édito

J’ai peur… et alors?

Aller au-delà de ses peurs profondes a un prix, affirme notre rédactrice en chef Crystelle Crépeau. Et ce prix, elle l'annonce d'emblée, elle n'a pas du tout envie de le payer.

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Une connaissance me racontait récemment comment elle avait réussi à vaincre sa claustrophobie pour aller faire de la plongée dans une caverne sous-marine du Mexique. Permettez-moi d’insister sur cette équation : claustrophobie + caverne sous-marine.

L’échange qui a suivi ressemblait à quelque chose comme :
(Moi) « Impressionnant… Sauf qu’il est hors de question que je fasse ça un jour.
(Elle) – Mais quelle satisfaction d’avoir combattu ma peur et vu ce lieu mythique. Je m’y suis prise à trois fois avant de pouvoir descendre dans la caverne. Je pensais ne jamais y arriver.
(Moi) – Est-ce que l’angoisse et le malaise que tu as vécus pendant tout ce temps valaient vraiment la splendeur du lieu ?
(Elle, songeuse) – Dans ce cas, oui. Mais je ne le referais pas. »

Aller au-delà de ses peurs profondes a un prix. Et, je l’annonce d’emblée, je n’ai pas envie de le payer. Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le discours ambiant selon lequel on devrait toujours chercher à fracasser ses limites m’irrite. Il semble y avoir un consensus social sur l’idée que ce soit la chose à faire. Or, la liste « Exigences de la vie » contient déjà assez d’éléments pour relier Montréal à Kuujjuaq. Après « Manger 10 portions de fruits et légumes par jour », « S’entraîner trois ou quatre fois par semaine », « Voir le dernier Dolan » et « Acheter des REER », il faudrait ajouter « Combattre son vertige en se sacrant en bas d’un avion avec un ti-parachute » ? Merci, mais non merci.

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Je comprends très bien la nécessité de surmonter des phobies qui nous handicapent au quotidien. S’empêcher de prendre le métro, être incapable de dormir seule ou angoisser dans un ascenseur, c’est salement contraignant. Mais pour le reste, quel est le problème ?

Je n’aurai pas assez de cette vie pour réaliser tous les projets que j’ai en tête, alors pourquoi irais-je choisir celui qui me terrassera des semaines avant et des heures durant ? Pour la satisfaction que je ressentirai après, me direz-vous. Hum, j’ai peine à croire que ça me comblera davantage que de relever un défi où je pars avec une longueur d’avance en termes d’aptitudes et d’intérêts.

Car, oui, on peut se dépasser sans aller à l’encontre de ce qu’on est. Déterminer des objectifs qui nous donneront des papillons dans l’estomac, des vertiges et même quelques nuits blanches. C’est ce qui nous permet d’avancer. D’étendre le rayon de nos capacités. Mais, avant de se jeter dans le vide, mieux vaut écouter ses envies profondes et bien établir le ratio « prix à payer / pérennité » de cet effort. Sera-t-il vraiment utile dans ma vie ?

Une réflexion qui doit faire la sourde oreille aux pressions extérieures. Vous avez une peur maladive de l’eau et vos amis vous pressent d’embarquer dans une excursion de rafting en vous disant combien vous serez fière de vous après ? Restez donc au chalet pour lire un bon livre. Ou pour établir la liste des choses que vous aimeriez vraiment accomplir au cours de la prochaine année.

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Photo: iStock

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