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Les jambes à l’air, ou l’art de ne pas s’hydrater le mollet

Mes hommages. Pour ce dernier billet de blogue de mai, j’ai eu envie de vous entretenir «jarrets». Absolument! Quelle est la dernière fois, dites-moi, que vous vous êtes allongée en sirène sur le récamier pour réfléchir à vos belles pattes?

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Bon. On s’entendra que les lunchs des petits et le compte d’Hydro prennent, à juste titre, le dessus sur ce grand sujet qui me turlupine pourtant depuis quelques jours. Toujours est-il que je m’abandonnais à un petit ménage de printemps dans mes tiroirs de commode quand je suis tombée sur un emballage de bas de nylon «couleur chair». Vous savez, cette chose, promesse de jambes lisses, lisses, lisses, de subtil hâle des seventies, qui ne vexe pas la Reine lorsque vous prenez place à son afternoon tea? Vous savez.

Ces odieux bas de nylon, je les trimballe de déménagement en déménagement depuis cette époque où je travaillais dans un magasin de vêtements à grande surface, il y a de ça bien des printemps. À l’époque, le bas de nylon couleur chair faisait partie intégrante du code vestimentaire imposé à toute femme désireuse de ne pas provoquer de choc vagal à quiconque poserait le regard sur ses jambes dénudées (et en possible mal d’hydratation). Jambes beiges et volcaniquement uniformes, tous azimuts!

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J’ai bien dû porter ces damnés bas de nylon deux fois en cinq ans, dégoûtée à l’idée de devoir me conformer à un standard de palette de couleur et de texture infiniment soyeuse de peau de femme. D’ordinaire, je suis plutôt enivrée par la perspective de me faire pincer à m’exposer l’épiderme quasi bleu tant le hâle est absent de mes petites pattes blanches.

Ce matin, j’ai eu envie de vous parler de jambes parce qu’on m’a subtilement, par la bande de la bande, annoncé que les miennes n’étaient toujours pas assez scintillantes, 15 ans plus tard.

En 2017, toute dame qui se meut dans l’œil public et/ou pour une simple marche au dépanneur se doit apparemment d’être juchée sur des jambes extraordinairement lisses. Hydratées à mort. Un pilotis de brillance et de satinée féminité. Bon. Je porte peut-être trop d’attention aux âmes qui ont beaucoup de fiel à déverser sur les réseaux sociaux, mais ce que j’ai – entre autres – retenu du tapis rouge du gala Artis, ce sont des commentaires tels que: «Hey gurl, tu peux ben rocker ta robe Givenchy, mais crème-toi les jambes, pour l’amour du saint ciel!» ou encore «Elle est où, l’équipe beauté de c’te comédienne-là pour la laisser parader ses peaux mortes devant tout le monde, de même?».

Le sujet est certes petit. Risible, j’en conviens. Mais le commentaire est on ne peut plus présent. Alors en plus de devoir me pigeonner le poitrail, de me draper des étoffes les plus hip et de tâcher d’avoir quelque chose à raconter dans le fauteuil de Pénélope, je dois désormais, et ce, avant toute chose, me baigner dans une bassine de crème fraîche pour ne pas froisser la rétine de ceux qui m’ont le cuir à cœur. «Qu’a diable dit Catherine, dans cette passionnante entrevue? Je ne m’en souviens guère. Mais CIEL qu’elle avait des belles pattes. Je les aurais croquées, croquées toute la nuite.»

À VOIR: VIDÉO Doigt de dame: Les sourcils dans le coup! 

Grand, mais vraiment grand bien fasse à toutes celles qui s’aiment le mollet furieusement lustré, hydraté jusqu’à la moelle. Mais à celles qui, comme moi, arborent de plus en plus nonchalamment le charme discret d’une repousse foncée sur une jambe qui n’a pas vu le soleil depuis 88, une jambe phosphorescente, certes, mais galvanisée d’avoir eu le temps d’aller au lavoir et au parc à chiens… à celles-là, qui se sacrent de ce qu’on peut bien penser de leurs tibias, je donne l’accolade.

Et à part vous recommander de la 60 pour pas que ça brûle, je vous suggère une escapade à la sortie du métro Laurier. Le puissant courant d’air qui y sévit est PURE CARESSE sur les petites cannes printanières dénudées, je vous en passe un papier.

La bise.

Auteure, chroniqueuse et festive angoissée, Catherine Ethier se diversifie bec et plume dans Code F., à Vrak, en tant qu’Humeuriste à Gravel le matin, sur les ondes de CIBL, dans les pages du journal Métro et désormais un vendredi sur deux dans ses capsules «Doigt de dame» pour Châtelaine. Elle se déploie ici la cuisse pour tout mai, poing levé et petites pattes dans les étriers (l’âme Cavalia, le clavier acéré).