Couple et sexualité

Du bon usage des chicanes

Les disputes sont un mal nécessaire. Elles permettent d’évacuer colère et ressentiment. Encore faut-il savoir dire les choses sans blesser l’autre.


 

J’ai remarqué que les couples qui traversent le temps ne sont pas toujours ceux qui s’entendent parfaitement. Flotter en eau dormante comporte le risque de dériver chacun de son côté. En tout cas, on ne s’engueule pas avec une personne qu’on ne voit pas.

Le succès d’une relation dépend beaucoup de l’aptitude à gérer les conflits et les émotions négatives. Et puis, il est normal que la personne aimée soit aussi celle qui nous énerve le plus. Non seulement on connaît tous ses travers mais, en plus, on vit avec !

Quand quelque chose ne va pas, il vaut toujours mieux mettre cartes sur table. Et le faire à un moment propice, sans trop se précipiter ni trop tarder. Enfouir ses insatisfactions, c’est comme dissimuler les ordures ménagères dans un coin de la maison : ça finit par empester tout l’espace de vie. Et ça gonfle le ressentiment et la colère jusqu’à l’éclatement.

En pleine engueulade, il faut rayer de son vocabulaire les mots dévastateurs : « Plus je te connais, plus j’aime mon chien ! » ou « Tu es encore plus castratrice que ta mère ! » Quand les mots-couteaux s’enfoncent trop profondément, la blessure subsiste bien après la dispute. Parfois jusqu’à l’irréparable.

Si, en cours de querelle, l’envie vous prend de lui crever les yeux, disparaissez. C’est la seule manière de se soustraire des pensées meurtrières. Sachez aussi que c’est dans les lieux et moments où l’on est rapprochés physiquement – lit, repas, voiture, salle de bains – que les petites bisbilles virent au drame. Alors, pour ne pas gâcher votre sommeil, digestion, trajet au bureau ou matinée, attendez d’être dans un espace ouvert pour aborder la litigieuse question du tube de dentifrice.

Faites de la prévention : « On va chez tes parents dimanche ? » « Avec plaisir, mais entendons-nous à l’avance : que fait-on s’ils s’invitent au chalet pour l’Action de grâce ? » Dans le même esprit, rien n’est pire que de partir en week-end avec une crotte sur le cœur. Certains amoureux, échaudés, hésitent à amorcer une discussion en bouclant la valise, de peur que ça s’éternise et bousille tout. Sachez vous chamailler presto : « Je ne veux pas ruminer cela pendant deux jours, alors prenons 15 minutes, chrono en main, pour régler ça. »

Des prises de bec fréquentes ne sont pas toujours dramatiques. Encore faut-il respecter un code d’éthique de la chicane : on lave son linge sale en privé ; on ne profite jamais de la présence d’un tiers pour régler ses comptes ; un affrontement, c’est une affaire à deux, alors on se laisse le crachoir à tour de rôle ; on s’interdit tout propos gratuitement assassin ; on présente ses excuses si on s’est échappé.

Et, surtout, on utilise la technique de la messe basse. Pour faire arrêter sa douce moitié de hurler, il suffit de baisser soi-même le ton. C’est infaillible car, pour pouvoir préparer ses ripostes, il faut entendre. C’est « l’adversaire » qui fournit les munitions. Enfin, dédramatiser : tous les couples se querellent. Et tous le font à propos des mêmes questions : argent, sexe, travail, enfants et tâches ménagères.

On ne dit pas assez que les désaccords font partie de la vie. Une dispute, c’est désagréable. Et inquiétant. Mais une réconciliation, c’est bon, apaisant et porteur d’espoir. L’enfant qui en est témoin ne craindra pas les confrontations et apprendra que les difficultés sont là pour être surmontées. Il ne plaquera pas son meilleur ami à la première brouille.

Un mythe à déboulonner : tout ne se règle pas sur l’oreiller. S’il est vrai que la libido peut être fouettée par un duel conjugal, il est illusoire de croire que « quand le cul va, tout va ». La baise n’apaise que les petites tempêtes. Elle ne rassérène pas le couple aux prises avec des tourmentes profondes et fondamentales.

Bonne chicane !