Couple et sexualité

Histoires de couples : chez toi ou chez moi?

Pas question d'habiter sous le même toit.

chez-toi-ou-chez-moi-400

Nathalie Roy, 44 ans, et Sébastien Lévesque, 34 ans.

En couple depuis un an, ils s’aiment sans habiter ensemble pour autant.

Ils ont fait connaissance il y a quatre ans, à la gare d’autobus de Sorel-Tracy. Nathalie Roy y était pré­posée à la clientèle, Sébastien Lévesque, chauffeur d’autobus. Tous deux étaient alors en couple chacun de son côté. Mais, à l’automne 2012, un cancer a emporté la femme de Sébastien. Entre-temps, Nathalie était redevenue célibataire.

Pour lui changer les idées – et « sans aucune arrière-pensée » –, elle l’invite à une soirée. Un déclic se produit. « Je ne cherchais pas à me remettre en couple, dit Sébastien, 34 ans. C’est arrivé comme ça. »

Emménager ensemble ? La question ne s’est même pas posée. Pour Sébastien, ç’aurait été prématuré. Le deuil était trop récent et il n’envisageait pas de changer ses filles d’école. Pour Nathalie, 44 ans, déménager sa garderie aurait représenté tout un casse-tête. Et puis, quelle maison sacrifier, celle de Sorel ou celle de Saint-François-du-Lac ? « Chacune a ses charmes et ses avantages », au dire de Nathalie.

Alors, pour passer du temps ensemble, la semaine, Sébastien dort au moins une fois chez Nathalie. Et les week-ends sont sacrés, qu’ils se retrouvent chez l’un ou chez l’autre. « Au début, je m’ennuyais de lui, raconte Nathalie. Mais c’est la première fois que je prends le temps de vivre seule. Et, des relations que j’ai eues, c’est celle qui marche le mieux ! » Sébastien, pour sa part, apprend à tenir maison tout en travaillant.

N’empêche. Nathalie aimerait bien faire un jour vie commune avec Sébastien, qui en a envie aussi. Chacun son domicile, c’est de l’entretien et ça coûte cher. « On paie tout en double – l’hypothèque, les comptes d’Hydro-Québec, les taxes, l’épicerie… » Avec leurs deux demeures, ils passent pour des riches aux yeux de leurs amis !

Au moment opportun, ils feront les choses dans les règles. « On a travaillé fort pour acquérir ce qu’on a, on ne voudrait pas se retrouver le bec à l’eau, advenant le cas où ça ne marcherait pas », remarque Sébastien. Tout comme lui, Nathalie a dû repartir à zéro après un divorce. « S’il vendait sa maison, je mettrais la mienne à nos deux noms », assure-t-elle.

chez-toi-ou-chez-moi-selfieD’ici quelques années, ses petits protégés auront quitté la garderie et les filles de Sébastien feront leur entrée au cégep. Ils se retrouveront seuls dans leurs grandes maisons. « Ce sera peut-être l’élément qui nous fera bouger », croit Nathalie.

En attendant, ils voient tous deux le beau côté des choses : « On a le temps de s’ennuyer l’un de l’autre, on n’a pas de routine au quotidien, on ne se tape pas sur les nerfs, et ça nous permet de dé­crocher, comme au ­chalet », énumère Sébastien. « La maison de l’autre représente un refuge », complète Nathalie.

Une tendance chez les familles recomposées

Sans surprise, les adultes de 20 à 24 ans sont les plus nombreux à vivre en couple sans cohabiter. Chez les 30 ans et plus, ce sont surtout ceux qui se sont séparés au moins une fois et qui ont un enfant issu d’une union antérieure qui adoptent ce modèle : 14 % des couples contre 1,7 % dans les autres cas.

« Les gens n’ont pas envie de faire subir à leurs enfants des déménagements et d’autres soucis, dit Marie Hazan, professeure au Département de psychologie de l’UQAM. Et ils veulent aussi que la bulle amoureuse soit préservée du quotidien. »

Cependant, ce n’est pas un choix qu’on fait d’emblée, fait valoir Annick Germain, chercheuse au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS et coauteure de Habiter seul : un nouveau mode de vie ? « On y est souvent contraint à la suite d’une rupture ou d’un deuil. Avec le temps et la maturité, on y trouve un certain confort, une façon de se recentrer sur soi, de faire face aux défis de la vie moderne. » Et ce phénomène s’inscrit dans une tendance très présente depuis un bon moment dans les grandes capitales occi­dentales.

À lire : tous les articles du dossier spécial Histoires de couples.