Se masturber, c’est la santé

Zone encore taboue de la sexualité des femmes, la masturbation est pourtant excellente pour la santé mentale et physique. Voici pourquoi.

 

« La masturbation me permet de garder mon équilibre, de maintenir ma sexualité à un niveau qui me comble et m’empêche de me sentir frustrée, affirme Lison, une célibataire de 39 ans faisant carrière dans l’immobilier. Selon mon expérience, moins on vit sa sexualité, moins on est apte à éprouver du désir. »

Lyane aussi est célibataire. Pour cette graphiste de 36 ans, la masturbation répond à l’appel hormonal. « Cela m’évite de courir à gauche et à droite, car je peux subvenir à mes propres besoins sexuels. Pour moi, la masturbation fait partie d’une bonne hygiène de vie. Elle a d’ailleurs toujours fait partie de ma sexualité : j’ai commencé à me caresser à la garderie, à l’heure de la sieste. Pour moi, c’est naturel, tant au plan biologique qu’émotif, comme manger ou pleurer. »

Il n’y a pas que les célibataires qui apprécient l’autoérotisme. Karine, 39 ans, est adjointe administrative. Mère de deux enfants, amoureuse comblée sexuellement par son conjoint, elle se masturbe pourtant régulièrement. « J’ai autant besoin de me masturber que de faire l’amour. Parfois, je me masturbe pour m’aider à patienter quand mon conjoint est absent, mais même quand il est là, je le fais souvent ! Les deux se complètent. Quand je me touche, l’orgasme est court et profond. Mais il me manque un corps, la tendresse et les jeux que je partage en faisant l’amour avec mon amoureux. »

Toutes les études et les enquêtes s’entendent sur un point : la masturbation est pour la femme la façon la plus rapide et la plus efficace d’obtenir un orgasme. Et celui-ci est bon pour le corps et l’esprit car, pendant l’orgasme, le corps libère trois hormones : l’ocytocine, qui aurait des vertus protectrices contre le cancer du sein, l’endorphine, reconnue pour son action calmante, et la sérotonine, un antidépresseur naturel.

De plus, les contractions et l’augmentation de la circulation sanguine liées à l’atteinte de l’orgasme apaisent les douleurs pendant les règles et, dans certains cas, le syndrome prémenstruel. La détente qui suit la jouissance dénoue les tensions, relâche les muscles, favorise le sommeil et peut même venir à bout d’un mal de tête. Enfin, plus on jouit, plus notre machine sexuelle garde la forme (lubrification, libido, capacité orgasmique). Par exemple, une femme ménopausée qui atteint souvent l’orgasme risque moins de souffrir de sécheresse vaginale.

La science s’intéresse peu à la masturbation féminine. Quelques études récentes ont bien effleuré la question, mais c’était dans le cadre de recherches générales ou médicales sur le comportement sexuel de la population dans son ensemble. En fait, il faut remonter aux années 1970, précisément au Rapport Hite sur la sexualité des femmes, pour trouver une enquête vaste et sérieuse qui couvre tous les aspects de la sexualité féminine. Entre autres, on y apprend que 82 % des 3 000 femmes interrogées se masturbaient et que, de ce nombre, 95 % arrivaient chaque fois sans peine à l’orgasme.

La masturbation féminine reste une zone peu explorée de la sexualité. Et encore taboue – à preuve, les femmes qui ont accepté de témoigner ici ont adopté un pseudonyme. « Dès que l’on aborde la sexualité axée purement sur le plaisir, sans visée de procréation, comme la sexualité des personnes âgées, des personnes seules, des gens handicapés, des homosexuels, des enfants, c’est dérangeant », affirme la sexologue Jocelyne Robert. Comme quoi on n’efface pas, en quelques dizaines d’années, les racines d’un passé collectif judéo-chrétien et puritain…

D’accord, la masturbation ne sert ni à faire des enfants ni à faire plaisir à quelqu’un d’autre. N’empêche que, chez la femme plus que chez l’homme, elle joue un rôle dans l’épanouissement sexuel. « Quand j’ai commencé à me masturber, je me suis sentie mieux dans ma peau, plus épanouie et cela a eu un effet positif sur ma sexualité en général, confirme Karine. Me connaissant plus, je pouvais mieux guider mon partenaire, lui indiquer mes points sensibles. J’ai toujours eu de la facilité à jouir, mais à partir du moment où j’ai commencé à me masturber, c’est devenu plus facile encore. »

Lison a vécu 10 ans en couple sans atteindre l’orgasme. Son conjoint la pensait frigide, et elle aussi. Dans la période de solitude qui a suivi sa séparation, elle a commencé à se masturber et a découvert qu’elle avait, au contraire, une libido très marquée. « Avant, je n’avais pas de pouvoir sur moi au plan de la sexualité. La masturbation m’a aidée à me réapproprier cet aspect vital de ma personnalité. »

La masturbation est d’ailleurs conseillée pour traiter l’anorgasmie chez la femme. « Une femme sur deux n’atteint pas l’orgasme au cours des relations sexuelles, rappelle la Dre Marie-Josée Dupuis, gynécologue-obstétricienne. Et de 10 % à 15 % éprouvent des douleurs qui rendent la pénétration insupportable. » Parce qu’elles ne sont pas assez excitées, donc pas assez lubrifiées. La masturbation est un bon moyen pour elles d’« apprendre » l’orgasme et la différence entre l’excitation génitale et le désir affectif.

C’est en se masturbant que la femme peut apprivoiser sa génitalité, établir sa propre carte du plaisir, découvrir ce qui l’allume et ce qui la refroidit. « La masturbation lui permet non seulement de découvrir son corps et d’en connaître le fonctionnement, mais aussi de le sensibiliser et d’apprendre à le maîtriser », écrit le psychologue Yvon Dallaire dans La masturbation, le dernier des tabous.

C’est important pour toutes les femmes, mais peut-être plus particulièrement pour les adolescentes.

« Si on réprime l’autoérotisme chez les jeunes filles, explique la Dre Marie-Josée Dupuis, on les empêche de découvrir comment elles fonctionnent. Résultat, plusieurs d’entre elles n’ont pas d’orgasmes pendant les relations sexuelles. » Alors, elles font semblant. « La plupart ne jouissent pas avec leur chum, mais elles veulent tellement lui faire plaisir, lui montrer qu’il est performant ! » se désole Jocelyne Robert.

À l’école, les cours d’éducation sexuelle sont plus axés sur la prévention de la grossesse, des infections transmises sexuellement et sur la relation physique proprement dite que sur l’épanouissement sexuel, qui, lui, est une affaire individuelle. On ne parle pas, ou si peu, de masturbation. Pourtant, alors que le garçon fait tôt ou tard, automatiquement (c’est un fait biologique), l’expérience d’une éjaculation et d’un orgasme, chez la fille, les choses ne se passent pas ainsi. La sexualité, la découverte du plaisir, l’expérimentation de l’orgasme passent, pour la vaste majorité, par un apprentissage, une décision.

« On ne dit pas aux jeunes filles qu’elles ont un fort potentiel de plaisir, que le clitoris est un organe qui y est exclusivement dédié, que si elles se caressent, elles vont fort probablement découvrir un plaisir sexuel. Plusieurs parents ne leur disent jamais ça, de peur qu’elles commencent à se masturber. Pourtant, ce serait tant mieux ! » déplore la sexologue Jocelyne Robert. Parce que les adolescentes, même si elles ne connaissent pas l’orgasme de façon aussi automatique que les garçons de leur âge, sont tout aussi chargées hormonalement et éveillées génitalement. Leur corps appelle la jouissance. Si elles se masturbaient, elles risqueraient peut-être moins de s’engager dans des relations sexuelles qui ne leur conviennent pas mais dont elles espèrent qu’elles les mèneront au septième ciel.

« Si les jeunes filles veulent un jour vivre une relation sexuelle et relationnelle qui ait des chances d’être satisfaisante, il ne serait pas mauvais qu’elles commencent par explorer leur corps, leurs voies érotiques. Elles pourront ainsi transposer cela dans une relation à deux », explique la sexologue.

De toute évidence, la masturbation a sa place dans la sexualité globale. Mais il ne faut pas non plus en faire une obligation. « La masturbation fait partie des activités sexuelles qu’un individu, homme ou femme, peut choisir de faire ou de ne pas faire », résume Jocelyne Robert. C’est une possibilité, un choix intime et personnel, et non un devoir. On ne doit pas s’imaginer qu’on n’est pas épanouie sexuellement parce qu’on ne se masturbe pas ! Ce geste ne regarde personne d’autre que soi.

Pour en savoir plus

Le point G (Édimag), par Claire Bouchard, sexologue.

Un geste sacré (Le Dauphin Blanc), par Uparathi.

La masturbation, le dernier des tabous – La réponse à toutes vos questions (Option Santé), par Yvon Dallaire, psychologue. Pour se le procurer : www.optionsante.com

La plupart des sex shops n’ont rien à voir avec des lieux équivoques remplis de cuir noir et de fouets. Les boutiques érotiques sont en général accueillantes et offrent de la jolie lingerie, des huiles de massage, sans compter un nombre impressionnant de godemichés. Madeleine Paquette, propriétaire de la boutique Jardin d’Éros, à Joliette, en présente quelques-uns.

« Commencez par déterminer quels types d’accessoires vous désirez. » Certains vibrent, d’autres pas. On en trouve des rigides, d’autres faits de matériaux souples comme le latex, la cyberskin (réplique de la peau humaine) et même le silicone (pour celles qui sont allergiques au latex). Certains sont conçus pour s’activer spécialement dans le vagin, sur le clitoris, le point G, la zone anale, d’autres sur plus d’une zone érogène à la fois. Une fois que vous aurez choisi un article, assurez-vous qu’il fonctionne car il ne peut être rapporté au magasin.

« Le vendeur doit déballer l’appareil, y mettre des piles et le faire fonctionner », dit Madeleine Paquette. Cela vous permet aussi de vérifier son degré de vibrations et le bruit qu’il émet.

« Pour les objets en latex, pensez à vous procurer un produit nettoyant spécial, car l’alcool et le savon les détériorent. »

 

Acheter en ligne
Faire un achat si intime en ligne ? Les timides et celles qui vivent dans des régions éloignées y verront certainement un avantage. L’inconvénient : on ne peut être conseillée ni déballer et toucher le produit avant de l’acheter. Si toutefois l’aventure vous tente, tapez les mots sex shop dans le moteur de recherche Google, dans les pages Canada. Assurez-vous que les boutiques en ligne possèdent un système de sécurité (adresse commençant par « htpps » et écran affichant l’icône d’un cadenas) garantissant la confidentialité des informations transmises, y compris votre numéro de carte de crédit.

 

Quelques suggestions

Techno Rabbit : le fameux lapin auquel on fait allusion dans Sexe à New York ! Il vibre, oscille, et ses deux petites oreilles stimulent le clitoris de chaque côté. 169,99 $


Slender G Spot :
un vibrateur mince et long qui aide celles qui cherchent leur point G à le trouver. 34,99 $


Finger fun :
un minivibrateur à enfiler sur le doigt pour se caresser le clitoris ou à insérer dans le vagin pour se titiller le point G. 28,99 $

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