Nutrition

Le régime nordique

Le régime méditerranéen, c’est bien. Mais nous sommes des Nordiques… Et il y a moyen de manger santé avec les légumes-racines et l’huile de canola de chez nous.


 

La Scandinavie redécouvre son terroir. Au menu : gibier, poissons, légumes-racines, chou, petits fruits… Une impression de déjà-vu ? Il y a un air de famille avec nos plats traditionnels québécois. Pot-au-feu agrémenté de chou, d’oignon, de carottes et de navet, soupe à l’orge, galettes de sarrasin, morue, sauce aux canneberges…

Que c’est étrange ! Depuis le temps qu’on nous vante les vertus du régime méditerranéen avec son huile d’olive, son abondance de fruits et de légumes, ses légumineuses, ses poissons du Sud et sa volaille ! On met une croix sur la pizza et la salade grecque et on repart à zéro ?

Sans rien vouloir enlever à la saine alimentation des Européens du Sud, on doit avouer que leurs produits-vedettes, l’huile d’olive en tête, coûtent cher à importer sans parler des conséquences sur l’environnement. En plus, des spécialistes avancent que les bienfaits de la cuisine nordique pourraient être supérieurs à ceux du régime méditerranéen !

Quand on se compare…
Chez nous, adopter la cuisine du Nord serait un choix naturel. Après tout, le Québec partage déjà avec la Scandinavie plusieurs des aliments du régime nordique officiel, lancé il y a six ans par le grand-prêtre de la gastronomie danoise Claus Meyer.

Viandes et poissons
Les Scandinaves misent sur le gibier. Ça tombe bien : « Nos viandes de gibier sont maigres, donc particulièrement recommandables », explique Danielle Lamontagne, diététiste en pratique privée. Les Québécois ne consomment pas autant de poisson que les Scandinaves, friands de poisson cru mariné. Leur saumon et leur hareng sont les mieux pourvus de tous en précieux oméga-3, bons pour le cœur, mais la popularité des sushis pourrait compenser…

Huile
Au Danemark et dans les pays voisins, on utilise de l’huile de colza pour la cuisson et les vinaigrettes. Le canola cultivé au Canada est en fait une variété de colza. Il provient surtout des Prairies canadiennes, mais on commence à en récolter sur le territoire québécois. L’huile de canola constitue une bonne source d’oméga-3.

Céréales
Nos grains entiers indigènes sont l’orge, l’avoine et le sarrasin – dans les pays du nord de l’Europe, ce sont les mêmes, à part le sarrasin, qui y est remplacé par le seigle. Tous pourraient avoir un effet préventif contre le cancer, estime la docteure Anne Tjonneland, de la Société danoise du cancer, également directrice du centre de recherche HELGA, acronyme qui signifie « la santé nordique par les grains entiers ». Le régime scandinave traditionnel fait grand usage des céréales complètes et la chercheuse attribue aux phytoestrogènes qu’elles renferment un effet anticancer égal, voire supérieur, à celui des fruits et des légumes !

Fruits et légumes
Comme en Scandinavie, les petits fruits abondent au Québec : fraises, framboises, mûres, bleuets, canneberges… Leur pouvoir antioxydant est supérieur à celui des citrons et autres agrumes du Sud. Et, puisqu’ils se congèlent bien, on peut en manger tout l’hiver. Au rayon légumes, notons que la famille du chou, qui prospère autant dans nos contrées qu’en Europe du Nord, coiffe toutes les autres au chapitre des propriétés anticancer. Le régime nordique redé­couvre aussi les qualités des légumes-racines (betteraves, carottes, rutabagas…) à forte teneur en bêtacarotène et offerts toute l’année.

Une assiette démocratique

Le chercheur danois Arne Astrup est une sommité dans le domaine de l’obésité. « Le régime nordique, dit-il, comporte une grande variété de produits riches en antioxydants, en vitamines et en minéraux. Ses viandes maigres pourraient favoriser le contrôle du poids et le maintien de la santé en général. » Mais la vraie bonne nouvelle, selon lui, c’est que cette alimentation est accessible : même ceux qui ne s’intéressent habituellement pas à la cuisine peuvent, sans trop d’effort, s’offrir une nourriture saine, ce qui les rend moins vulnérables aux maladies.

Cet aspect démocratique de la cuisine nordique a pris de l’importance ces dernières années, note la diététiste Danielle Lamontagne. On parle d’ailleurs de « nouveau » régime nordique. « L’adjectif nouveau fait bien sûr référence à l’intégration au menu des découvertes récentes dans le domaine de la nutrition, mais aussi à une manière originale de concevoir l’alimentation. Manger nordique devient un projet de société axé sur la protection de l’environnement, la simplicité, l’utilisation de produits frais, l’autosuffisance alimentaire et le soutien à l’agriculture locale. »

Cela dit, personne ne s’attend à ce que les tomates, poivrons et huile d’olive disparaissent des épiceries danoises, suédoises et autres ! Mais la cuisine nordique a indéniablement sa place dans une société écologique qui émerge d’une récession et où manger demeure un plaisir.