Élections fédérales 2015

Ce que pense Elizabeth May

Grâce à Elizabeth May, le Parti vert du Canada a bien changé. Pour la première fois de son histoire, il est entré au Parlement et il récolte des dons record. 6 questions à sa chef, que Châtelaine a rencontrée en septembre dernier.

Elizabeth May, du Parti vert du Canada (illustration: Sabrina Smelko)

Elizabeth May, du Parti vert du Canada (illustration: Sabrina Smelko)

Dernièrement, on a reproché à votre parti d’être en partie antiféministe, parce qu’un article de votre programme laissait entendre que le divorce nuisait aux femmes. La formulation a été modifiée depuis. Mais comment cela a-t-il pu se produire ?

Simplement un mauvais choix de mots dans la manière de présenter notre politique. Nous croyons que trop de gens se ruinent dans des procédures de divorce dévastatrices. La réforme de la loi familiale en Colombie-Britannique (Family Act) permet un accès accru à la médiation, ce qui donne une meilleure chance à la famille de ne pas être complètement brisée et, au bout du compte, d’être sûrement en meilleure situation financière. La formulation était boiteuse et nous l’avons modifiée rapidement. Nous avons toujours été un parti féministe avec de profonds principes féministes.

Qu’est-ce qui constitue un enjeu pour les femmes?

Les femmes sont préoccupées par beaucoup de choses : les changements climatiques, la justice sociale… Le Parti vert essaie de procéder à une analyse comparative entre les sexes sur une foule de sujets que les gens considèrent comme n’étant pas des enjeux pour les femmes. Dans les pays en voie de développement, par exemple, les femmes sont les plus touchées par les bouleversements climatiques, et l’ONU le remarque depuis des années.

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Comment comptez-vous aborder le lien qui existe entre les questions environnementales et la santé des femmes?

Il y a un mouvement dans tout le pays pour éradiquer les produits toxiques et il provient de l’inquiétude des femmes pour la santé; les deux sont intimement liés. Le Parti vert veut, bien sûr, éliminer les substances cancérigènes de la nourriture, des cosmétiques et des pesticides domestiques.

Les conservateurs ont fermé douze des seize bureaux de Condition féminine Canada et coupé les vivres à plusieurs organisations de femmes. Est-ce que le Parti vert s’engage à en rétablir le financement?

Certainement. On perd du terrain et c’est en partie dû aux coupes de M. Harper dans le financement des organisations de femmes. L’aide gouvernementale est retirée de façon chirurgicale à tous les groupes qui s’intéressent aux causes profondes de la violence, qui plaident pour la sécurité des femmes et qui exigent qu’on se penche sur la violence envers elles.

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Le débat sur les enjeux des femmes a été annulé après que messieurs Harper et Mulcair aient refusé d’y participer. Quel était le principal sujet dont vous vouliez débattre?

Je voulais vraiment qu’on aborde l’urgence d’instaurer une enquête sur les disparitions et les meurtres des femmes autochtones. La difficulté vient du fait que la politique est un monde d’hommes. Je ne crois pas que les ex-chefs du NPD, Alexa McDonough ou Audrey McLaughlin, auraient fait ce que Thomas Mulcair a fait : annuler un débat sur les enjeux des femmes. La conséquence est que la seule femme-chef d’un parti politique ne peut pas discuter des enjeux qui touchent les femmes dans un débat.

Qu’est-ce qui différencie le Parti vert des autres sur la question des services de garde?

On veut mettre l’accent sur la création de garderies en milieu de travail. Je suis d’avis que notre politique est holistique. Une des difficultés que rencontrent les parents qui utilisent les transports en commun est la suivante: « D’accord, je veux bien prendre l’autobus pour aller travailler, mais je dois amener mes enfants à la garderie dans la direction opposée » ou : « Je ne peux pas me rendre au travail en autobus, en tramway ou en métro ». J’entends cela depuis des années. Si la garderie est située sur votre lieu de travail, ça devient beaucoup plus facile.

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Ce texte a d’abord été publié sur Chatelaine.