Famille tout compris

De la colère et des alertes à la bombe

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Mardi, pendant toute la journée, j’ai suivi avec incrédulité le déroulement de cette histoire d’alertes à la bombe visant des écoles et des autobus du Québec et de l’Ontario. Ces menaces ont été formulées dans un courriel envoyé à la Sûreté du Québec et dans plusieurs dizaines d’établissements scolaires de la province. Après des évacuations, des fermetures et des fouilles minutieuses des lieux à risque, les autorités n’ont trouvé aucune trace d’engin explosif.

«Ben voyons don’» étaient les seuls mots qui me venaient à l’esprit. Je n’arrivais pas à croire à ce qui se déroulait autour de moi. C’était bizarre, exagéré, décalé.

Le communiqué du mystérieux collectif «Sceptre Rouge», rédigé dans un français plus qu’approximatif, exigeait la fin des moyens de pression du milieu scolaire dans les négociations avec le gouvernement : «Terminez votre grève ou nous allons le faire pour vous». Le groupe se disait «FURIEUX avec les syndicats des professeurs et les horreurs qu’ils infligent sur les enfants innocents».

Pardon? Risquer de tuer ces mêmes enfants innocents avec des bombes pour mettre fin à une grève? Ben voyons don’. Tout ça me semblait être un immense et désolant canular.

Des appels à la bombe ont été répertoriés dans plusieurs écoles de Québec et de l'Ontario, mercredi dernier. Image tirée de Canadian Press

Mardi dernier, la police de Montréal a reçu des appels à la bombe visant plusieurs écoles du Québec et de l’Ontario. Sur la photo, une patrouille est stationnée devant l’école Lester B. Pearson.  Image tirée de Canadian Press

Comme de fait, mercredi matin, on apprenait que quatre jeunes étaient arrêtés en Outaouais, en lien avec des évènements semblables qui se multiplient dans la région depuis une semaine. Au moment où j’écris ceci, on n’a pas confirmé si ce sont bel et bien les analphabètes fonctionnels du «Sceptre Rouge». Trois d’entre eux ont été accusés de méfait. À suivre.

Plusieurs jours plus tard, l’onde de choc de cette menace à la sécurité publique est encore palpable. Les parents, les enfants, les profs sont inquiets, stressés et encore plus fâchés qu’ils ne l’étaient déjà. Parce que depuis la rentrée, vous l’avez remarqué comme moi, l’atmosphère est tendue :

  • Les profs et leurs syndicats sont en colère contre le gouvernement.
  • Certains parents sont aussi en colère contre le gouvernement, alors que d’autre sont davantage fâchés contre les profs et leurs syndicats.
  • Pendant ce temps-là, les enfants écopent. Ou pas. Ça dépend contre qui on est fâché.
  • Tous sont en maudit contre les apprentis-terroristes, mais pour différentes raisons.
  • Et le gouvernement continue son petit bonhomme de chemin vers l’équilibre budgétaire la fragilisation des institutions publiques et du bien commun.

En fait, tout le monde n’est qu’une grosse boule de colère, déjà sur le point d’exploser (s’cusez-la). Personnellement, ce qui me fâche le plus de cet incident «terroriste», c’est qu’il donne un argument supplémentaire aux personnes qui critiquent déjà les moyens de pression des enseignants et de leurs syndicats. Et les autres se désolidarisent tranquillement, inquiets momentanément pour la sécurité de leurs enfants, fatigués de s’organiser pendant les journées de grève, déçus de ne pas avoir eu d’Halloween à l’école cette année. Ce qui me frustre, c’est que ces défis ponctuels nous fassent perdre de vue l’enjeu principal qui aura des conséquences graves à long terme : la sauvegarde de l’éducation publique.

À LIRE: Pourquoi les parents fuient l’école publique

Mais comme je l’ai appris après avoir traversé deux Terrible Two, la colère, ça se gère. C’est une émotion normale qui peut être exprimée de façon «socialement acceptable». C’est aussi une source d’énergie brute lorsqu’on sait comment la canaliser. Je vous invite donc à ramasser votre colère et à l’utiliser comme réveille-matin pour vous lever assez tôt pour aller faire une chaîne humaine autour de l’école publique de votre quartier. S’il vous en reste, vous pourriez également écrire à votre député ou aller manifester lors de la prochaine journée de grève du Front commun.

Photo: iStock

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Avant qu’on fasse le bacon de façon collective, j’aimerais nous rappeler quelques principes de prévention et de désamorçage de crise. C’est bon pour les petits, mais je pense que ça s’applique aussi aux grands. Parce que moi, quand j’ai faim, j’ai beau avoir 33 ans, je suis très prompte à sauter une coche.

Combler ses besoins de base (manger, dormir).
Sublimer sa colère dans une activité physique.
Exprimer sa colère dans une activité artistique.
Nommer sa source de frustration.
Savoir reconnaitre ses émotions.
Réviser ses attentes.
Crier ou frapper dans un oreiller.
Pleurer.
Légitimer sa colère, ne pas dire «arrête ça, y’a rien là!»
Se confier à une personne de confiance.
Tripoter une balle anti-stress.
Se retirer dans un endroit calme.
Demander un câlin.
Respirer.

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)