Famille tout compris

Démission de PKP : un point tournant pour la conciliation?

La démission fracassante de Pierre Karl Péladeau fait-elle avancer le débat sur la conciliation travail-famille? Est-ce un point tournant? Peut-être, croit Marianne Prairie.

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C’est ce que je trouve fascinant de l’onde de choc provoquée par la démission surprise de Pierre Karl Péladeau comme chef du Parti québécois : son départ ébranle certaines façades, certains remparts entre la vie personnelle et l’engagement politique. Lorsqu’on mentionne la vie de famille des politiciens, c’est souvent pour sortir des squelettes de leur placard, pour les faire paraître plus « humains » afin de mousser leur popularité ou pour servir de prétexte lorsque vient le temps de tirer leur révérence.

Depuis lundi midi, bien des analystes ont tenté d’interpréter ce départ inattendu et tout un chacun a livré ses impressions et anecdotes sur le personnage qu’est PKP. J’ai d’ailleurs cessé d’être cynique à son endroit lorsque j’ai appris tout ce qui se cachait derrière son air déchiré et les mots « J’ai choisi ma famille. » Mais ce que j’apprécie particulièrement de tout ce brouhaha médiatique, c’est que la conciliation famille-politique y occupe une grande place.

Photo: Presse canadienne /Ryan Remiorz

Photo: Presse canadienne /Ryan Remiorz

On dirait que cette fois-ci, je sens que cette difficile conciliation est enfin considérée comme un enjeu de premier plan, comme un obstacle sérieux qui peut mettre en péril la carrière politique de tous ceux qui s’engagent. Pas juste celle des femmes! Celle des hommes, riches et puissants, de surcroît, aussi.

On est plutôt habituées de voir Pauline Marois, Elsie Lefebvre, Dominique Anglade et d’autres femmes élues répondre à des questions sur leur façon de jongler entre le la maternité et leur mandat politique. Récemment, Justin Trudeau a ajouté sa voix de père à ce chapitre, donnant encore plus de visibilité à cette quête partagée par de plus en plus de papas.

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Mais depuis lundi, j’avoue avoir été fort surprise par certains des commentateurs politiques, souvent des hommes, qui se sont avancés sur ce sujet dans leurs tribunes habituelles. J’ai été renversée de voir Lucien Bouchard se livrer avec émotion à Patrice Roy à la télévision de Radio-Canada : « On se sent coupable. On a l’impression qu’on ne remplit pas nos obligations envers le couple, les enfants. » Cette phrase, je l’ai entendue un million de fois dans la bouche de mes amies mamans, mais rarement de la part d’un homme, et jamais venant d’un politicien.

Francine Pelletier écrivait dans Le Devoir que cet épisode marquera un point tournant dans le discours sur la conciliation : « Grâce à la saga Snyder-Péladeau, on ne pourra plus jamais parler de conciliation travail-famille de la même façon. » Je souhaite vraiment que ce soit le cas et que la prise de conscience qui est en train de se dérouler se matérialise en mesures concrètes qui s’ajouteront à celles déjà en place.

Et je ne peux m’empêcher de penser que si ce sujet quitte soudainement le domaine des « affaires de femmes » pour devenir un sujet brûlant d’actualité, c’est entre autres à cause du contexte très particulier de la rupture entre PKP et Julie Snyder. Si l’ex-femme de Pierre Karl Péladeau était une illustre inconnue, aurait-on eu autant d’intérêt pour ces fameuses « raisons familiales »? Aurait-on écouté sa version de l’histoire et validé son expérience de « bénévole en chef » si elle n’avait pas été une animatrice vedette, appréciée du grand public?

Croyez-vous comme moi qu’il s’agit d’un point tournant dans le discours sur la conciliation travail-famille?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)