«J’ai un réel pouvoir de changement», dit la mairesse Soraya Martinez Ferrada

Photo: The Canadian Press / Christinne Muschi
Trois mots qui me définissent
Accessible. Authentique. Empathique. Je viens d’une famille très impliquée dans sa communauté et j’ai grandi avec ces valeurs-là.
Une passion qu’on ne me connaît pas
La boxe! J’ai commencé vers 2010, à un moment où j’avais besoin de me remettre en forme. J’ai fait un peu de combat, mais je préfère l’entraînement; c’est très thérapeutique.
Une figure politique qui m’inspire
La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum. C’est une femme calme et authentique, profondément féministe, qui réussit à conjuguer traditions et modernité. Au Québec, je dirais Louise Harel, pour son rôle déterminant dans l’avancement de l’égalité salariale et du partage du patrimoine familial, ainsi que pour son travail transpartisan.
La pire épreuve de ma vie
La première fois que j’ai perdu une campagne électorale municipale, en 2009. Je l’ai très mal vécu. J’étais une bonne conseillère municipale et, pourtant, je n’ai pas été réélue. La politique peut être ingrate. Mais perdre m’a appris une chose essentielle : on ne grandit jamais sans revers.
Être la première mairesse de Montréal issue de l’immigration, c’est…
Briser un plafond de verre. Lorsque j’ai été élue, j’ai vu beaucoup d’espoir et de reconnaissance dans le regard des gens. Ça crée un modèle. Plusieurs jeunes sont nés ici, mais portent encore le poids de l’immigration par leur nom ou leurs traits physiques. En voyant une femme racisée à la mairie, ils comprennent qu’eux aussi peuvent contribuer pleinement à la vie de Montréal.

Un défaut que j’ai corrigé avec le temps
Le manque d’écoute. Plus jeune, j’ai suivi un cours de communication orale à l’université. Le professeur nous a appris que communiquer, c’est aussi savoir écouter. J’ai alors compris que la communication ne passe pas seulement par les mots, mais aussi par la présence et l’attention portée à l’autre. L’écoute active est un muscle que j’ai beaucoup entraîné.
J’ai peur…
Du temps. Il y a une dizaine d’années, une femme un peu plus âgée que je ne le suis aujourd’hui m’a parlé du nombre d’étés qu’il lui restait. Cette conversation a fait naître en moi la peur de manquer de temps : manquer de temps pour voir tous les pays que je veux visiter, ou pour régler la question
de l’itinérance à Montréal…
Pour gérer mon stress…
Je m’entraîne beaucoup, généralement quatre fois par semaine, très tôt le matin. En plus de la boxe, je fais beaucoup de musculation. J’aime être dans ma bulle, avec mes écouteurs et mes gants. Je m’entraîne un peu partout : j’ai trois ou quatre abonnements dans différents gyms, et même une salle
d’entraînement à la maison. Le soir, avant de me coucher, je prends aussi 5 à 10 minutes pour méditer. Ça me permet de libérer mon esprit et d’apaiser mon corps.
À Montréal, les pistes cyclables...
Je les adore! J’ai été conseillère municipale dans Saint-Michel de 2005 à 2009, et je militais pour en avoir une qui relierait l’est à l’ouest. Je crois beaucoup au vélo comme mode de transport, mais aussi à l’idée qu’une ville comme Montréal doit offrir une diversité de solutions : le transport collectif, le vélo et la voiture. Remettre en question certains discours sur la mobilité à Montréal ne fait pas de moi une anti-vélo.
Sur le spectre politique gauche-droite, je suis…
Une fille de gauche. J’ai grandi dans une famille de gauche marquée par la lutte pour la démocratie et par la fuite de la dictature chilienne. J’ai siégé dans un gouvernement fédéral progressiste. À Montréal, ça se traduit simplement : s’assurer que les services offerts aux citoyens sont équitables partout sur le territoire, y compris dans les quartiers les plus vulnérables.
Ce dont je suis le plus fière dans ma carrière
D’avoir toujours pris des décisions guidées par l’envie de servir et d’être passée par-dessus mes peurs. Chaque fois que je me suis lancée, on me disait que j’allais perdre. Quand je me suis présentée comme députée dans Hochelaga, j’ai gagné par 328 voix. En 2005, comme conseillère municipale, j’ai gagné par une centaine de votes, alors que les gens pensaient que j’allais perdre. Quand j’ai quitté mes fonctions de ministre pour me présenter à la mairie de Montréal, on m’a dit que j’étais folle. J’aime les défis qui me donnent envie de me battre. J’ai pris ces décisions sans avoir de coussin de sécurité. J’ai toujours dit que je faisais du « bungee politique ». Et ça, ça me rend fière.
J’aimerais que les gens se souviennent de moi comme…
De la mairesse qui a trouvé une solution à l’itinérance. Il va toujours y en avoir parce qu’il y aura toujours des enjeux sociaux importants. Mais en ce moment, à Montréal, on est aux prises avec une crise humanitaire. J’aimerais la régler.
J’aime mon travail parce que…
J’ai un réel pouvoir de changement. Surtout au municipal : tu peux prendre une décision le matin et en voir les effets dès le lendemain. On l’a vu cet hiver avec l’itinérance. Quand la météo annonçait -25 °C — alors que les mesures de grands froids sont normalement enclenchées sous -28 °C —, on a mis en place un plan d’urgence et ouvert des haltes-chaleur en trois jours.

Si je n’étais pas en politique, je serais…
Entrepreneure générale ou architecte. J’avais entamé des études en architecture, mais je ne me voyais pas passer mes journées derrière un bureau. J’avais une maison à Montréal que j’ai rénovée, ce que j’ai beaucoup aimé. J’aime l’idée de construire de mes mains : la plomberie, l’électricité, monter des murs… j’aime ça!
Un proverbe qui résonne en moi
En espagnol, on dit « Mira más allá del horizonte », qui se traduit par « Regarde au-delà de l’horizon ». Mon grand-père l’utilisait pour me rappeler qu’il faut parfois lever les yeux, prendre du recul et réfléchir avant d’agir.
La cause qui me touche le plus
Mon frère est handicapé. Il est actuellement placé dans un CHSLD. Je suis touchée par la détresse des familles qui cohabitent avec un enfant ayant des déficiences intellectuelles ou physiques et qui deviennent, par la force des choses, des aidantes naturelles. Ces personnes portent un poids invisible qui affecte leur santé mentale. Ma mère a cofondé la maison de répit La Ressource, qui propose des activités pour briser l’isolement de ces familles, qui, selon moi, sont les grandes oubliées de notre système de santé.
Ce dont je suis reconnaissante
J’ai émigré d’un pays gouverné par une dictature et je me suis retrouvée ici. Je ne sais pas ce que serait ma vie si j’étais restée au Chili. En quelque sorte, je suis reconnaissante d’une destinée qui n’était pas la mienne, d’être arrivée dans un pays qui m’a donné beaucoup d’occasions favorables. Qui aurait pensé que je deviendrais un jour mairesse de Montréal ?
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Constance Cazzaniga collabore au magazine Châtelaine depuis l'été 2024. Vous avez pu lire cette ancienne journaliste pigiste dans différents magazines québécois et dans les cahiers spéciaux du Devoir, notamment. Anciennement cheffe de la section culturelle au journal Métro, elle se spécialise en culture, société et art de vivre, avec un intérêt marqué pour la mode, la beauté et la gastronomie. Vous la croiserez peut-être dans une salle de spectacle, en train de lire un essai féministe avant la levée du rideau.

