Véronique Hivon, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie des Institutions démocratiques

Photographie officielle de Véronique Hivon, députée de Joliette, 2018. Source: Fonds Assemblée nationale du Québec, photographe: Claude Mathieu.
L’ancienne députée de Joliette aura passé l’essentiel de sa carrière politique sur les banquettes de l’opposition, ce qui ne l’a pas empêchée de devenir une figure marquante de la politique québécoise. En soi, c’est tout un exploit. Elle est «un agent de transformation sociale», dit à son sujet celle qui présidait la vaste consultation menée en 2009 sur les soins de fin de vie, l’ex-députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault. Celle-ci se rappelle qu’à l’époque, la cause défendue par l’ex-députée du Parti québécois était controversée: certains ont traité Véronique Hivon de «nazie» et de «criminelle». Cependant, après cinq années de gestation sous trois gouvernements, dont deux libéraux, la Loi concernant les soins de fin de vie a finalement été adoptée en 2014, faisant du Québec un précurseur en la matière.
Dans son style bien à elle, mélange de douceur et de détermination, l’ex-politicienne a abordé les enjeux avec une hauteur de vue, de même qu’avec le souci constant de respecter ses adversaires et d’écouter les citoyens. Au coup de poing sur la table, elle préférait l’art subtil de l’influence. La rivalité faisait place au transpartisanisme. Renonçant aux résultats rapides, elle accordait la même importance au processus qu’à la finalité.
LA LAURÉATE
Véronique Hivon est un véritable modèle de leadership positif. De son travail comme députée de Joliette (2008 à 2022), on retient sa capacité à rallier des élus de divers partis, notamment pour faire adopter la Loi concernant les soins de fin de vie, qui encadre l’aide médicale à mourir. Par ailleurs, son engagement pour les droits des victimes de violences sexuelles a mené à des réformes majeures, dont la création de tribunaux spécialisés en matière de violence sexuelle et conjugale.
En vous intéressant aux soins de fin de vie, quelle était votre intention politique?
C’était vraiment qu’on puisse aller le plus loin possible comme élus pour donner une voix aux gens quand il y a des enjeux super importants qui les concernent. Quand j’ai été élue, j’avais une motivation très claire. Je trouvais fondamental que les élus prennent leurs responsabilités. Une de mes obsessions en politique était de rebâtir le lien de confiance avec les citoyens. J’ai décidé de prendre le leadership et de me battre parce que, pour moi, [le droit de mourir dans la dignité était] fondamental. Je savais et je sentais que ça résonnait beaucoup chez les gens. Et j’étais un peu obsédée par l’idée de changer les choses, y compris dans la pratique. Le Québec a innové dans le domaine: il a fait école sur le fond et dans la forme. On me traitait de naïve de penser que le transpartisanisme pouvait fonctionner. Mais en donnant confiance à la population, il donne une force de frappe.
L’enjeu était majeur. Avec le recul, comment analysez-vous son impact sur la société et sur vous?
Il donne énormément de sens à ma vie, pas juste à mon engagement politique. Depuis que je suis petite, je suis obsédée par le sentiment d’être utile à la société. Et chaque semaine, il y a des gens qui me parlent d’un moment qu’ils ont vécu avec un proche, qui m’écrivent, qui m’interpellent dans la rue ou au rayon des fruits et légumes! Des gens ont voulu me parler ou me voir avant de demander l’aide médicale à mourir. Et ça continue à faire partie de ma vie. Je me sens vraiment privilégiée.
Votre idée de créer des tribunaux spécialisés pour les victimes de violence conjugale ou sexuelle a été contestée par certaines personnes qui craignaient une justice à deux vitesses. Vous ne vous êtes pas laissé arrêter. Pourquoi?
J’étais fortement impressionnée par le courage des femmes qui dénonçaient et très, très inquiète de constater la prévalence des violences sexuelles. En même temps, j’étais très préoccupée par le fait que les femmes se tournaient vers les réseaux sociaux plutôt que vers le système judiciaire. Je ne pouvais pas croire que ce mouvement citoyen ne trouverait pas une résonance chez les élus. Il fallait adapter le système, en termes d’accompagnement. C’est important de connaître nos motivations profondes. Il faut aussi oser et innover; c’est fondamental en politique. Et toujours avoir l’objectif de rassembler.
En tant que féministe, que constatez-vous actuellement en ce qui concerne l’évolution de la situation des femmes et leur place en politique?
Il faut être extrêmement vigilantes et ne rien tenir pour acquis, ne jamais perdre de vue l’importance de se battre pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Des reculs sont possibles. Je crois beaucoup à l’effet de la masse critique des femmes en politique pour modifier les pratiques, rendre la politique plus représentative des aspirations collectives des hommes et des femmes. Le changement peut venir de l’intérieur. Et il y a tant à faire encore.
Démocratie et justice: trois Québécoises qui ont fait évoluer la société
Si de plus en plus de femmes se font une place en politique et dans l’appareil judiciaire, c’est notamment grâce à Lise Bacon, Louise Harel, qui ont occupé de hautes fonctions à l’Assemblée nationale, et à Louise Arbour, qui s’est démarquée sur la scène judiciaire internationale.
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