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Société

Françoise David, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie Justice sociale

Pour mieux avancer, il faut savoir regarder tout le chemin parcouru et garder la foi en ses concitoyens, croit la mère spirituelle des jeunes féministes actuelles du Québec, qui ne perd rien ni en sagesse ni en bienveillance.
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Françoise David, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie Justice sociale

Photo: Maude Chauvin

Dès que François David entre dans le café où nous avons rendez-vous, dans son ancien comté de Gouin, à Montréal, des sourires apparaissent et un homme l’intercepte pour lui parler d’un souci personnel. Celle qui a quitté la politique active depuis déjà huit ans a marqué les esprits par son inépuisable sollicitude pour ceux qui souffrent.


LA LAURÉATE

Françoise David a été présidente de la Fédération des femmes du Québec de 1994 à 2001. Elle s’est battue pour l’équité salariale et pour des mesures visant à enrayer la pauvreté, en organisant notamment la marche Du pain et des roses, en 1995. De son passage à l’Assemblée nationale comme députée de Gouin (2012-2017), on retient les mesures qu’elle a réussi à faire adopter, en 2016, pour protéger les locataires aînés contre les évictions.


Que pensez-vous de la situation actuelle des femmes au Québec?

Ça ne va pas si mal, mais ça pourrait aller mieux. Nous oublions souvent à quel point le rattrapage a été rapide depuis les années 1960. Nos mères se faisaient dire de faire plein d’enfants, alors que grâce à la pilule contraceptive, les femmes de ma génération ont pu faire l’amour sans avoir peur de concevoir un bébé non désiré. L’éducation des filles, la presque parité à l’Assemblée nationale… Nous partions de si loin que je ne peux pas m’empêcher de dire que nous avons incroyablement avancé.

Mais il y a des bémols. L’équité salariale n’est toujours pas atteinte, même si, globalement, les femmes sont plus instruites que les hommes. Avec la hausse du coût de la vie, la crise du logement, il y a beaucoup de pauvreté chez les aînées. Et les femmes continuent de subir des violences psychologiques, sexuelles, conjugales: il y a eu 25 féminicides au Québec en 2024. C’est moins bien accepté socialement, mais il reste un problème entre les deux oreilles chez certaines personnes.

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Les avancées majeures des féministes ont entraîné des remises en question à propos des rôles masculins et féminins. Ça dérange. Je suis très inquiète de la montée du masculinisme toxique. C’est ahurissant d’apprendre que de jeunes garçons du secondaire se font emplir la tête avec des idées comme «le rôle des femmes est d’être à la maison» et «je suis le pourvoyeur». Les enseignants nous disent entendre des garçons s’exprimer comme ça. Le ministre de l’Éducation devrait en faire une priorité.

Sommes-nous présentement dans un ressac antiféministe?

En ce moment, il y a des contrecoups, c’est clair. Aux États-Unis, on s’en prend aux droits des femmes. Heureusement, au Québec, aucun parti politique ne prône un retour en arrière sur l’avortement. Le ressac, ici, je le vois dans cette montée des idées masculinistes ou haineuses chez les jeunes hommes – pas tous, bien sûr, mais si on ne prend pas le problème à la source, on pourrait en subir les conséquences. Le dernier sondage du Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale (GRIS) montre que ce discours a aussi des conséquences négatives pour les jeunes garçons homosexuels ou qui ne correspondent pas au modèle dominant.

Je crois que #MeToo a forcé une remise en question profonde. Même moi, j’ai réalisé que j’avais laissé passer des choses importantes. Dans de nombreux pays, des femmes ont repensé à leur vie, en ont braillé un coup, et ont confronté les hommes qui leur avaient fait du mal. Elles ont fait preuve d’un grand courage. Ça a donné du bon, comme, ici, le Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale ou le bracelet anti-rapprochement, maintenant utilisé dans certains cas de violence conjugale. Certains hommes sont solidaires des femmes, mais d’autres trouvent ces changements confrontants, dérangeants.

On assiste tout de même à l’émergence d’un féminisme très décomplexé. Ça vous réjouit?

Après l’attentat à Polytechnique, en 1989, les médias ont demandé: «Les féministes sont-elles allées trop loin?» Il y a eu une période vraiment difficile. Dans les années 1990, des jeunes femmes me disaient: «Je suis féministe, mais…»

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Maintenant, c’est: «Je suis féministe et je m’affiche.» C’est génial, cette très belle génération de femmes hyper allumées. Malheureusement, je vois qu’elles portent encore la charge mentale, même si les pères sont beaucoup plus impliqués qu’avant.

Avez-vous l’impression que notre indignation envers les inégalités sociales s’émousse?

Je ne suis pas du tout sûre que la population s’habitue aux tentes, aux personnes itinérantes qui meurent de froid. Il y a des problèmes de cohabitation, mais je pense que les gens souhaitent une action gouvernementale qui ne vient pas.

Il faudrait que ceux qui veulent du changement s’unissent pour faire entendre leur voix, pour que la question soit au programme en vue des élections de 2026.

Vous l’avez déjà dit, l’empathie est à la base de votre engagement. Est-il temps de la mettre de l’avant

Oui! Les Québécois et les Québécoises ont bon cœur. Il y a peut-être 10% de la population qui est en colère, qui s’exprime fort sur les réseaux sociaux. Ça laisse pas mal de monde qu’on n’entend pas, mais qui a envie qu’il se passe quelque chose.

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L’empathie au pouvoir, donc?

[Rires] Ça ferait un excellent slogan!


Justice sociale: des femmes inspirantes

Les progrès sociaux et économiques réalisés de 1960 à 2025 n’ont pas bénéficié à tous de manière égale. Voici trois femmes d’exception qui se sont battues pour les droits des enfants, des travailleuses, des femmes autochtones et des personnes racisées: Régine Laurent, Michèle Audette et Juanita Westmoreland-Traoré.


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Catherine Pelchat est journaliste indépendante. Elle est passionnée par les enjeux de société, et tout particulièrement par ceux qui touchent les femmes. Son travail de journaliste est nourri par une multitude d’expériences: diplômée d’histoire américaine, elle a aussi été, dans une vie parallèle, recherchiste pour des documentaires et des émissions de télévision. Elle aurait besoin d’au moins trois vies pour faire le tour de tout ce qu’elle veut apprendre.

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