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Société

Handicap et travail du sexe: au-delà de l'interdit

Marc-Olivier n’avait jamais fait l’amour avant de se tourner vers l’assistance sexuelle. À 25 ans, quand il a commencé à faire appel aux services de Sonia von Sacher, une travailleuse du sexe qui se spécialise auprès des personnes en situation de handicap, il a comblé un besoin fondamental… et est devenu un criminel.
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Handicap et travail du sexe: au-delà de l'interdit

Photo: AMI-télé

Son histoire est racontée dans le premier épisode de Toucher, une série documentaire d’AMI-télé audacieuse et sensible qui porte sur un sujet largement méconnu : l’assistance sexuelle pour les personnes avec un handicap. Une pratique décriminalisée dans plusieurs pays du monde, mais pas au Canada. 

« J’avais vu des modèles d’assistance sexuelle à l’international où la pratique était plus encadrée et, surtout, décriminalisée, note Marc-Olivier. Mais comme c’est très tabou, je me faisais une idée péjorative de cette façon de recourir à la sexualité. Entendre Sonia expliquer au balado Sexe oral pourquoi elle fait ce métier, ça m’a permis de dépasser mes inhibitions. J’ai entamé des démarches pour avoir accès à la sexualité par cette voie-là. »

Le premier rendez-vous de Marc-Olivier et Sonia a eu lieu il y a bientôt trois ans et a duré presque cinq heures. « Lors d’une première rencontre, on ne saute pas dans le lit, surtout avec quelqu’un qui vit sa première expérience », explique la travailleuse du sexe qui anime aussi le balado Filles de joie. Ils ont plutôt commencé par prendre un verre et faire connaissance, comme on le ferait lors d’un rencard sans rémunération. 

Avant ce contact, le jeune homme de presque 28 ans n’avait pu explorer sa sexualité que par la masturbation, avoue en toute transparence celui qui a l’usage d’un seul bras. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. « Quand j’ai rencontré mon meilleur ami, qui est quadriplégique, je lui ai demandé s’il regardait de la pornographie. Il m’a dit : “non, je ne suis pas masochiste.” J’ai compris que regarder ça serait de la torture pour quelqu’un qui n’a même pas l’option de se masturber », observe Sonia. 

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N’empêche, Marc-Olivier ressentait le besoin de partager son intimité avec quelqu’un, d’être touché. Si plusieurs personnes en situation de handicap ont des rendez-vous galants de façon tout à fait organique, d’autres, comme lui, considèrent faire face à trop de contraintes pour qu’un match sur une application de rencontre se concrétise. Les lieux propices aux rencards, comme les bars, sont rarement accessibles, tandis que les transports adaptés pour s’y rendre peuvent être assez compliqués. 

Autant d’embûches qui l’ont conduit à recourir à l’assistance sexuelle. Pour le moment, du moins. « Ça m’a permis de prendre confiance en moi. C’est certain que ça m’apporte un bagage et des compétences relationnelles – l’écoute, l’accompagnement, la capacité de procurer du désir. Ce sont des choses qui vont me servir en m’engageant dans des relations. Je suis ouvert aux occasions. » 

Un appel à la décriminalisation

Si Marc-Olivier a accepté de participer à l'émission à visage découvert – comme cinq autres participants de la série documentaire qu’on découvre dans les autres épisodes – c’est pour faire bouger la législation canadienne, mais aussi pour donner de la visibilité aux personnes en situation de handicap, trop souvent marginalisées. Son objectif est, entre autres, qu’on puisse voir les personnes handicapées comme des gens affranchis, participant à l’économie et à la sphère publique, et déconstruire le mythe qui associe le handicap à la vulnérabilité. « Être handicapé, ce n’est pas être captif, ce n’est pas être une victime. »

Heureusement, les forces de l’ordre tolèrent largement l’assistance sexuelle. Même s’il a commis un acte criminel en y ayant recours, Marc-Olivier ne s’est pas fait passer les menottes après la diffusion de son épisode. Mais décriminaliser et encadrer la pratique assurerait une meilleure sécurité pour toutes les parties impliquées. Sonia, par exemple, aurait pu recevoir une formation pour apprendre à transférer une personne paralysée dans un lit sans se blesser le dos, comme il en existe entre autres en Suisse et en Allemagne, tandis que Marc-Olivier aurait pu être référé vers elle bien plus facilement. 

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« Les gens pensent que les personnes handicapées n’ont pas de sexualité. On n’est pas vus comme des objets de désir et d’affection. On est invisibles sur la place publique, ce qui cultive l’ignorance », dénonce-t-il. Même les professionnels de la santé qu’il consulte – travailleur social, physiothérapeuthe, ergothérapeuthe – n’abordent pas ou très peu le bien-être sexuel. Et les rares qui le font ne peuvent pas recommander à leurs patients de se tourner vers l’assistance sexuelle, comme la pratique est illégale. 

« Il y a un pourcentage substantiel de la population qui est en situation de handicap [NDLR : 27% au Canada selon les données fiables les plus récentes], mais ce sont des personnes qu’on voit tout simplement moins. Pourtant, n’importe qui peut devenir une personne en situation de handicap du jour au lendemain. C’est un sujet qui devrait toucher tout le monde », conclut Sonia von Sacher en tenant la main de celui qu’elle appelle maintenant son ami. 

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Constance Cazzaniga collabore au magazine Châtelaine depuis l'été 2024. Vous avez pu lire cette ancienne journaliste pigiste dans différents magazines québécois et dans les cahiers spéciaux du Devoir, notamment. Anciennement cheffe de la section culturelle au journal Métro, elle se spécialise en culture, société et art de vivre, avec un intérêt marqué pour la mode, la beauté et la gastronomie. Vous la croiserez peut-être dans une salle de spectacle, en train de lire un essai féministe avant la levée du rideau.

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