J'ai changé de vie après ma greffe: l'histoire de Maude Schneider, athlète de haut niveau

À 25 ans, Maude Schneider a reçu la greffe de rein qu’elle attendait depuis des années. À cette passionnée de sports, aujourd’hui âgée de 36 ans, la vie offrait une chance qu’elle n’allait pas laisser passer. Depuis, elle carbure aux défis et repousse toutes ses limites, car elle a désormais l’énergie et la liberté de réaliser ses rêves.

 

Ce que ma vie était avant la greffe

J’ai subi une soixantaine d’opérations pendant mon enfance, mais ça ne m’a jamais empêchée de réussir à l’école et d’adorer les sports. Je savais que j’étais malade [elle souffre du syndrome de VATER, un ensemble de malformations touchant notamment les vertèbres, le tube digestif et les reins], mais je n’y voyais pas un obstacle. À 18 ans, je suis même partie dans l’Ouest canadien pour m’entraîner et devenir planchiste professionnelle. C’est là que j’ai rencontré mon conjoint, Sébastien. Je participais à des compétitions un peu partout en Amérique du Nord… jusqu’à ce que mon unique rein flanche, à 22 ans.

La difficile décision que j’ai prise

J’ai dû revenir au Québec, puisque je passais une quinzaine d’heures par semaine à l’hôpital, en dialyse. J’en ai profité pour terminer mon baccalauréat en soins infirmiers. Je continuais à faire de la planche à neige, mais je ne pouvais plus m’éloigner pour des compétitions. Et puis, j’étais toujours fatiguée. Ça fait partie des symptômes de l’insuffisance rénale avancée, on se sent constamment un peu comme un lendemain de veille.

La nuit qui a tout bouleversé

Le 29 octobre 2008, j’ai reçu un appel de l’hôpital en pleine nuit. On avait un rein pour moi et je devais m’y rendre sur-le-champ. En sortant de la maison, mon conjoint et moi avons aperçu un chevreuil, juste dans l’entrée. Il a suivi notre auto jusqu’à la route principale. J’ai eu l’impression que c’était un signe, comme si ma donneuse voulait m’accompagner. C’est devenu mon animal fétiche.

Photos: Louise Savoie

Ce qui m’émeut le plus

Les animaux et la nature. Je peux pleurer pendant des heures en regardant une montagne. Ça me touche de voir cette grande force tranquille qui traverse les siècles. Même quand je me sens moins bien, je vais toujours marcher avec mon chien dans la forêt près de chez moi, à Saint-Sauveur. Ça vaut tous les antidépresseurs du monde.

L’adaptation à ma nouvelle condition a été…

Extrêmement difficile. J’ai fait deux rejets. Le rôle des traitements antirejets est d’affaiblir le système immunitaire autant que possible. J’attrapais tout, j’étais sans cesse à l’hôpital, au point que je souhaitais presque qu’on m’enlève le rein. Mais au bout d’environ deux ans, mon corps s’est habitué à son nouvel organe. Ma vie a pu reprendre son cours.

Ce que cette épreuve a changé pour moi

J’ai repris l’entraînement et j’ai même remporté quatre médailles d’or aux Jeux mondiaux des transplantés, en 2012, 2014 et 2018. J’ai aussi commencé à faire du vélo de montagne et j’enseigne les soins infirmiers à temps plein au Collège de Bois-de-Boulogne à Montréal. J’ai tellement d’énergie que les jours où je vais vraiment bien, personne n’arrive à me suivre. 

Ce que j’ai appris

À lâcher prise. Étant infirmière de formation, j’ai un bon bagage de connaissances médicales, mais c’est quand j’ai été capable de faire entièrement confiance à mes médecins que j’ai commencé à aller vraiment bien. Je ne suis pas l’experte… et c’est bien correct.

La nouvelle Maude est plus…

Craintive, peut-être? J’ai l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mon rein a une durée de vie limitée, on ignore quand il arrêtera de fonctionner. Et maintenant que je sais ce que c’est d’avoir de l’énergie et d’être libre de voyager, j’ai peur de perdre tout ça. D’un autre côté, ce sentiment me rend plus reconnaissante. Je profite de chaque moment.

Je sais être dans la gratitude…

Tous les 29 octobre, je célèbre l’anniversaire de monsieur Duclos. C’est comme ça que j’ai nommé mon rein, en l’honneur du médecin qui a fait la transplantation. En 2018, je suis allée en Alaska avec ma mère pour fêter ses 10 ans. Au début, c’était plutôt festif. Mais, plus les années passent, plus ce jour est teinté de tristesse, car c’est un rappel que monsieur Duclos vieillit.

À ma donneuse, je dirais…

Qu’est-ce qu’on peut dire à quelqu’un qui nous sauve la vie? Un merci est bien loin d’être suffisant. Je lui dois tout. J’essaie de la remercier par mes actions, de la rendre fière de moi. Chaque fois que j’accomplis quelque chose ou que je fais un voyage, je me dis qu’on le vit ensemble.

Une lecture qui m’inspire

Je lis Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry, au moins une fois par année. Ma mère me le lisait déjà quand elle était enceinte de moi. Pour moi, apprivoiser le renard, c’est apprivoiser la maladie.

Mon prochain projet

Je veux faire les Jeux mondiaux de 2020. Ce seront probablement mes derniers. J’aimerais aussi retourner en Alaska pour y faire de la planche, et terminer ma maîtrise en sciences infirmières. 

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