J’ai changé de vie: Caroline Desgagné, propriétaire du resto Mélisse

Depuis longtemps, Caroline Desgagné rêvait d’avoir un resto bien à elle. Mais avec un travail qui accaparait toute son énergie, elle avait peu de temps à consacrer à son projet. Jusqu’à ce qu’un grave accident la contraigne au repos. Un moment tout choisi pour réfléchir à l’avenir et planifier la suite des choses. Neuf mois plus tard, Mélisse ouvrait ses portes. 

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Photo: Louise Savoie

Ce que je faisais avant

J’étais restauratrice, copropriétaire du restaurant Soupesoup dans le Vieux-Montréal. Un resto qui marchait très bien, mais qu’on a fini par vendre à un homme d’affaires qui cherchait à investir dans le secteur de la restauration. Il a acheté les six Soupesoup de Montréal. J’ai d’ailleurs continué à y travailler par la suite. Mais je me suis vite rendu compte que la direction qu’il voulait donner à l’entreprise, en multipliant les franchises et en standardisant les menus, ne me convenait pas.

Ce que je fais maintenant

Je suis toujours restauratrice ! Je ne me vois pas faire autre chose. Mais cette fois, je suis seule aux commandes. Tout un défi ! J’ai ouvert Mélisse en juin 2017, dans le Vieux-Montréal. J’y suis bien, c’est un espace lumineux, bien situé, où l’on sert une nourriture saine et santé. Ça me ressemble.

Photo: Louise Savoie

L’événement qui a tout déclenché

Il y avait tout de même un petit bout de temps que je songeais à posséder mon propre resto. Ça ne s’est donc pas fait sur un coup de tête. C’est une réflexion qui a été mûrie. Mais Soupesoup me demandait tellement d’énergie que je n’arrivais pas à m’imaginer ouvrir un nouveau restaurant tout en y travaillant. Puis, un accident de bateau a tout précipité. Un arrêt forcé… et salutaire À l’été 2016, je faisais du wakeboard sur le lac où mon conjoint et moi avons un chalet. Un concours de circonstances a fait que je me suis retrouvée à l’eau, derrière le bateau qui reculait vers moi. Je me suis coincé un pied dans l’hélice du moteur. Il a littéralement été broyé. J’ai eu de multiples opérations, suivies d’une phlébite, d’une embolie pulmonaire…

En un an, je suis passée du fauteuil roulant à la botte orthopédique, puis aux béquilles. Il était impossible pour moi de rester longtemps debout. Fini le travail aux cuisines, fini le service aux tables. Mais j’ai eu soudain tout le temps de penser à mon projet !

Ce dont je suis le plus fière

D’avoir ouvert un resto toute seule ! Avant, j’étais cachée derrière un nom, celui de Caroline Dumas, ma collègue, qui avait fondé la chaîne. Cette fois-ci, je suis montée au front et suis partie à la guerre. C’est moi qui en ai eu l’idée, qui a lancé le projet et qui le fait fonctionner. Si on m’avait dit, lorsque j’étais serveuse au Continental, il y a des années, que j’aurais mon restaurant à moi un jour, jamais je ne l’aurais cru.

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En affaires, je suis…

Hyperactive ! Je suis toujours au resto, pratiquement du matin au soir. Chez Soupesoup, j’étais beaucoup devant les chaudrons. J’aimais ajouter ma touche au menu, cuisiner des soupes, imaginer de nouveaux sandwichs, composer des salades… Tout cela n’est plus possible, car chez Mélisse, les plats sont conçus par mon chef, Bertrand Giguère, et tout est préparé à la commande. On ne fait rien à l’avance.

Photo: Louise Savoie

Ce qui me manque de mon ancienne vie

Chez Soupesoup, j’étais plus légère, moins préoccupée. D’abord, parce que j’y avais investi moins d’argent, mais aussi parce que j’avais un comptable qui se chargeait de toute la paperasse administrative. Moi, je m’occupais de la création, du plaisir…

La nouvelle Caroline est plus…

Solide. Je fais le même travail qu’avant, mais il fallait tout un culot pour ouvrir un resto toute seule. J’ai monté moi-même le financement du Mélisse. J’ai le sentiment d’être forte, pas invincible, mais forte. Les épreuves que j’ai traversées ont réveillé en moi une puissance.

Le doute, moteur de création

Dans la restauration, il y a beaucoup de roulement. C’est épeurant. Quand Mélisse a ouvert ses portes, je me suis dit : « Mon Dieu, qu’est-ce que je fais là ? » C’était plus gros que je le pensais, gérer les stocks, payer les employés, les fournisseurs, la déco, etc. Je voulais instaurer un bel esprit d’équipe au sein du personnel. C’est difficile d’allier tous les caractères… Mais ça marche ! Je crois que tout le monde est heureux de travailler ici.

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Ce qui me caractérise

J’ai besoin d’être aimée. Ça remonte à mon enfance à Chicoutimi. Ma mère m’a eue très jeune, et j’ai donc aussi été élevée par ma grand-mère, mes oncles et mes tantes. On n’était pas riches et je devais mettre la main à la pâte. À huit ans, il m’arrivait de préparer des repas. J’ai toujours été gentille. Et je crois que ça se sent dans mon resto. Quand je vois une personne entrer, je suis contente qu’elle me choisisse. J’ai beaucoup de gratitude envers mes clients, et je pense qu’ils le savent. La gentillesse, la générosité, ça ne se fake pas.

Des lectures qui m’ont inspirée

Photo: Louise Savoie

Je n’ai plus le temps de lire, malheureusement. Sauf en vacances. Par contre, j’écris beaucoup, tous les jours, en fait. Je note mes craintes, mes frustrations, mes projets, mes objectifs. Quand on consigne ce qu’on veut pour l’avenir, cela rend la chose plus concrète. Inconsciemment, on dirait que ça nous conditionne à faire des gestes qui vont nous aider à atteindre nos buts.

Le bonheur au travail, c’est…

De faire ce qu’on aime, et c’est le choix que j’ai fait. J’ai des amis qui ont juste hâte d’arrêter, de prendre leur retraite. On a seulement une vie, il ne faut pas la perdre dans un boulot qui nous ennuie !

Un principe de vie qui me guide

On n’est rien sans les autres. Les gens qui nous entourent sont importants. Il faut bien les choisir, et toujours en prendre soin.

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