J'ai changé de vie: du milieu de la télé à celui de l'agriculture, Valérie Le Blond

Changer de métier, changer de milieu, quitter la ville pour la campagne, Valérie Le Blond l’a fait. Et elle a trouvé, dans ses champs de Charlevoix, un bonheur auquel elle ne croyait plus.

 
Photo: Hélène Bouffard

Ce que je faisais avant

Je travaillais dans le milieu de la télévision. J’ai été tour à tour recherchiste, coordonnatrice de production et assistante à la réalisation pour plusieurs chaînes de télé à Montréal, dont MusiquePlus, Radio-Canada et ICI RDI.

Ce que je fais aujourd’hui

Je fais pousser des légumes! J’ai repris l’entreprise familiale, Le Jardin des Chefs, aux Éboulements, dans Charlevoix. Je suis productrice de minilégumes, de fleurs comestibles et de piments gorria frais et séchés.

Ce qui a servi de bougie d’allumage

Je travaillais beaucoup trop et je commençais à trouver que la télé a un côté futile. J’aurais voulu avoir plus d’impact social, faire plus de documentaires. Mais quand l’occasion s’est présentée, on dirait que j’ai manqué de confiance. Puis, un jour, en tant que recherchiste, j’ai eu à rencontrer des gens qui avaient quitté la ville pour s’installer à la campagne. Je ne le savais pas à l’époque, mais ces rencontres ont été prémonitoires. Peu de temps après, je faisais la même chose…

Une décision difficile…

Je dirais plutôt que ç’a été une période difficile de ma vie. Tout a commencé lorsque j’ai accouché de ma fille. Comme j’étais travailleuse autonome, je n’avais pas de congé de maternité. Je suis revenue au boulot trop tôt. J’avais des montées de lait en pleine réunion! Alors tout a lâché. La chute a été vertigineuse. J’ai perdu mon boulot, mes revenus, mon couple. J’ai fait une grave dépression. Je suis devenue mère célibataire, sans emploi, bourrée de médicaments. La vie, je m’en rends compte maintenant, nous envoie des signes. Et elle s’organise parfois pour que tu te pètes la gueule.

Un soutien essentiel

J’ai la chance d’avoir beaucoup d’amis que j’aime. Ceux de Montréal, bien sûr, ont été les premiers à me soutenir, à m’aider, mais ils avaient leur vie à vivre, eux aussi. Alors j’ai pris le téléphone, j’ai appelé mon père et je suis déménagée aux Éboulements, dans la maison voisine de celle de mes parents. À mon arrivée, il y avait un poulet qui cuisait dans le four, cadeau de ma mère! Tout de suite, ma famille élargie et mes amis de Charlevoix m’ont accueillie, se sont bien occupés de moi. Mais le vide que je ressentais est resté.

Ce qui m’a fait comprendre que je suis à ma place

Ça s’est vraiment fait petit à petit. En cet été 2008, je ne voyais pas d’avenir possible. Il fallait que je focalise sur le présent. Je me baladais au bord du fleuve, dans les champs de mon père, en me demandant de quoi serait faite la suite de ma vie. Puis j’ai commencé à cueillir des fleurs comestibles. Sans le savoir, je venais de mettre le pied dans un engrenage et j’ai été emportée. C’était décidé: j’allais acheter l’entreprise de mon père et devenir productrice maraîchère.

Photos: Hélène Bouffard

Un défi relevé dont je suis fière

Reprendre une entreprise familiale, c’est reprendre la création de quelqu’un d’autre. Je m’y suis glissée sans trop imposer de nouvelles idées. J’ai surtout cherché de nouveaux marchés. Aujourd’hui, une centaine de chefs de Montréal, de Québec et de Charlevoix s’approvisionnent chez nous. Et chacun a ses demandes, ses exigences! C’est vraiment du sur-mesure. J’aime penser que tous ces chefs sont des artistes qui créent des tableaux, et moi je leur fournis la peinture, les textures…

Une leçon à tirer

Chaque revers doit être pris comme une occasion de s’accorder du temps pour soi. Moi, ça m’a permis d’être plus près de ma fille et de retrouver mes parents.

J’ai toujours été…

Une fille cool, mais rebelle. J’ai été une horreur pour mes parents, je crois. En classe, je n’étais pas une bonne élève, j’étais celle qui faisait rire tout le monde, le clown. Je parle fort, je prends de la place, mais au fond, je suis une introvertie. Le clown, c’était ma carapace… J’ai eu beaucoup de difficulté à accepter mon corps. J’ai toujours été ronde. Et enfant, j’ai subi des attouchements sexuels qui m’ont amenée à me refermer sur moi. J’ai grandi dans la noirceur.

Ce que ma nouvelle vie m’apporte

Le bonheur! Le bonheur des grands espaces, des fous rires avec mon équipe, le bonheur de voir mon père heureux que son entreprise lui survive. Et surtout, le bonheur d’être présente pour mes parents qui vieillissent.

Ce que je regrette de l’ancienne vie

Rien! Je ne manque de rien ici. Évidemment, j’aimerais voir mes amis de Montréal plus souvent. Et bon, la bouffe internationale me manque aussi. Mais quand on s’installe en région, on découvre une autre façon de vivre. J’ai un gros congélateur bien rempli! Je suis bien dans ma campagne. Même aller à Baie-Saint-Paul [15 km plus à l’ouest] ne me tente pas.

Ce que j’ai découvert sur moi

Que je suis désormais, à 52 ans, en harmonie avec ma vie. Ce que je ne croyais pas possible dans le stress de Montréal. Le fleuve, juste au bout de mes champs, me donne tellement d’énergie!

Aux femmes qui seraient tentées de m’imiter, je dis…

De foncer et de rêver. C’est ça qui est l’fun dans la vie! Avec le recul, je me rends compte que je n’ai pas choisi mon changement de vie. J’ai eu un coup de foudre pour ma terre natale et j’ai plongé. Il faut savoir reconnaître ce qu’on aime vraiment et aller vers ça. Ce faisant, comment pourrait-on se tromper?

Photo: Hélène Bouffard

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