J'ai changé de vie: du théâtre à la maison de naissance, Magali Letarte

Retourner aux études, c’est tout un virage professionnel. Le faire à l’Université du Québec à Trois-Rivières quand on habite Montréal, c’est d’autant plus exigeant. Mais lorsqu’on est aussi maman de trois enfants de deux, cinq et sept ans, cela devient une véritable épopée! Magali Letarte, 36 ans, s’est lancée dans cette aventure il y a quatre ans et ne l’a jamais regretté un instant.

 
Photo: Louise Savoie

Ce que je faisais avant

J’étais la directrice de production d’une compagnie de théâtre montréalaise. Régie, gestion, communications: je touchais à tout et j’adorais ça. À la naissance de mes enfants, je suis devenue pigiste pour être plus présente à la maison, mais la passion était toujours là.

Ce que je fais maintenant

J’étudie en pratique sage-femme à l’Université du Québec à Trois-Rivières et j’obtiendrai bientôt mon diplôme – enfin! J’accompagne déjà des mamans et des familles jusqu’à l’accouchement dans le cadre de mon dernier stage professionnel, au CSSS Jeanne-Mance à Montréal. J’ai la chance de vivre ce moment exaltant avec elles.

Le moment où j’ai su que je ferais le grand saut

J’étais aide-sage-femme depuis huit mois – tout en continuant à travailler en théâtre. C’était au beau milieu d’un accouchement. Je me souviens de chaque détail, de la lumière d’été qui entrait dans la chambre, de l’ambiance feutrée… J’étais un peu en retrait, attendant que la sage-femme m’appelle, et j’ai eu un élan physique. Je voulais m’avancer, être là, je sentais que c’était ma place. En rentrant à la maison, j’ai annoncé à mon conjoint que je devais retourner à l’école.

Comment ce retour aux études a chamboulé la famille

Mon conjoint et moi avons en quelque sorte inversé nos rôles. Il est devenu le parent stable et présent. Il a assumé une grande partie des responsabilités, mais aussi de la charge mentale. Quand je pars pour un accouchement ou pour deux, trois jours de cours à Trois-Rivières, il s’occupe de tout sans me téléphoner pour me poser des questions. Je peux vraiment me concentrer sur ce que je fais.

La distance se gère…

Relativement bien. Nous avons un chalet familial en Mauricie où je peux aller dormir. Et le programme du baccalauréat sage-femme est bien organisé pour les étudiants qui n’habitent pas Trois-Rivières. Les cours se donnent en blocs de deux ou trois jours, ou bien de façon intensive pendant une semaine. Être loin, c’est un sacrifice, mais en même temps, je suis heureuse de pouvoir me consacrer seulement à mes études lors de ces séjours. À la maison, c’est plus difficile de se concentrer.

Ce que j’avais oublié des études

Tout l’espace mental que ça requiert! Apprendre constamment de nouvelles choses, c’est stressant et épuisant. C’est très exigeant, surtout lors des périodes de mi-session ou de fin de session, et je constate que je suis beaucoup moins patiente à ces moments-là.

Le plus difficile…

C’est d’être moins présente pour ma famille. Je me sens parfois coupable, surtout quand ma fille me reproche de ne pas être là à l’heure de son coucher ou que mon aîné me demande si je vais devoir étudier en fin de semaine. Lorsque je suis très fatiguée, la culpabilité me ronge. Dans ces moments-là, je me dis: « Si mes enfants étaient à ma place, qu’est-ce que je voudrais pour eux? » Je souhaiterais qu’ils suivent leur passion, qu’ils puissent s’accomplir pleinement. Alors, je m’accorde ce droit aussi. Et puis, j’essaie de leur montrer ce que ça leur apporte, pas ce que ça leur enlève.

Ce que ça apporte aux enfants

Je pense que je leur donne un bon exemple en travaillant fort pour atteindre mon objectif. Et je les comprends mieux – quand ils rentrent de l’école exténués, je sais très bien comment ils se sentent. Les enfants se sont aussi beaucoup rapprochés de leur père, qui reçoit maintenant des confidences qu’il n’aurait peut-être pas eues si j’étais plus souvent à la maison.

À celles qui souhaitent retourner aux études, je dirais…

De demander de l’aide. Mon conjoint et moi, nous avons pu compter sur nos sœurs, nos mères, nos amis et nos voisins. Par exemple, le professeur de jiu-jitsu des plus grands habite sur notre rue et c’est lui qui les emmène au cours. Ça nous a sauvés plusieurs fois. Il ne faut pas avoir peur de déranger les autres. Le plus souvent, ça leur fait plaisir de nous dépanner et, s’ils ne peuvent pas, ils le disent, tout simplement. Nous faisons de même si possible.

Ce qui me manque

Mes anciens collègues, la fébrilité de monter un spectacle et de le présenter devant un public, les applaudissements. Mais je me suis promis d’aller plus souvent au théâtre lorsque j’aurai terminé mon baccalauréat. J’ai besoin qu’il fasse encore partie de ma vie.

Ce que je préfère de ma nouvelle vie

Quand je quitte la maison pour une naissance en pleine nuit ou que je reviens d’un accouchement au petit matin… Il y a quelque chose de bien spécial dans ces moments, comme si le temps était suspendu.

Une leçon que j’ai apprise

Que rien n’est figé et que tout s’apprend. On peut toujours rêver et embrasser quelque chose de nouveau, même à la mi-trentaine.

Mon nouveau projet

Notre famille a accueilli un nouveau membre en décembre: un chiot. Je sais, nous sommes un peu fous! [Rires] C’est lui, notre projet de l’année.

Dans 10, 20, 30 ans, je serai…

Probablement encore sage-femme, mais peut-être aussi accompagnante à la mort. C’est un métier qui m’attire et, jusqu’à un certain point, il ressemble à celui de sage-femme: être là dans des moments charnières de la vie des gens et les aider à les traverser sereinement.

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