Ma parole!

L’industrie des photos scolaires

Sont-elles trop gourmandes, les compagnies qui réalisent les photos scolaires? Geneviève Pettersen se le demande.

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Qu’on se comprenne bien : j’aime conserver les photos de la jolie frimousse de mes enfants, encore plus quand elles ont été prises pour souligner la fin de leur première année en maternelle ou leur passage au deuxième cycle du primaire. Le matin de la photo scolaire, j’aime préparer mes filles. Ça tient presque du rituel. La veille, je leur lave les cheveux avec mon shampoing, celui qui coûte cher et qu’elles n’ont pas le droit de toucher en temps normal. Je fais sécher leur tignasse au séchoir au lieu de l’air libre. J’étends même un soupçon d’huile d’argan sur leurs châtaines chevelures. Avant de partir à l’école, je leur enfile leurs plus beaux vêtements et insère un peigne dans leur sac à dos dans l’espoir que leur professeur ou une éducatrice ait la gentillesse de replacer cette couette tombante et ce cheveu rebelle avant la prise fatidique.

Photo: iStock

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Mes filles adorent se faire prendre en photo et c’est pleines de fierté, quelques semaines plus tard, qu’elles reviennent de l’école avec l’enveloppe qui contient les épreuves. Moi, c’est là que je débarque. Ce n’est pas à cause des milliers de fonds archi laids qui nous sont proposés. Non. C’est à cause du prix des photos et de cette maudite nouvelle manie qu’ont les compagnies d’impression de nous offrir cinquante-huit objets à l’effigie de notre progéniture. Qu’est-ce qui arrive, pensez-vous, quand mes filles ouvrent l’enveloppe, se saisissent du bon de commande et réalisent qu’elles pourraient avoir un porte-clés, un casse-tête ou une tasse avec leurs faces dessus ? Je vous le donne en mille : les photos perdent tout leur attrait au profit de ces bébelles. Comme si la maison n’était pas déjà assez remplie de choses inutiles, mes filles tournent en rond et me supplient de leur payer la gourde à trente piasses avec leur portrait, qui ne tardera pas, j’en suis certaine, à finir à la même place que les autres, perdue ou au fond du garde-robe de leur chambre.

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J’ai juste à dire non et à m’en tenir aux photos, vous allez me dire. C’est que les photos ne m’intéressent pas tant que ça, moi non plus. J’ai beaucoup de photos de mes filles dans mon téléphone intelligent. Et les profs nous envoient régulièrement des images de nos enfants en train de bricoler une fusée ou d’écrire au tableau. Je pense que les compagnies qui font les photos scolaires ont compris elles aussi que le temps où elles étaient seules pourvoyeuses de souvenirs de nos héritiers est révolu. C’est pour ça qu’elles se sont lancées dans la fabrication de produits dérivés. Et je me dis que ce n’est sûrement pas un hasard si le mot dérivé contient lui-même le mot dérive. Parce que c’en est toute une, de nous vendre une gourde avec la face de notre enfant dessus à ce prix-là.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)