Société

Magali Picard : le militantisme comme mode de vie

Cette année, cette syndicaliste est devenue la première femme et la première Autochtone à accéder à la présidence de la FTQ, organisation qui compte 600 000 membres. Et elle n’a pas l’intention de s’en laisser imposer.

Pour retracer les origines du militantisme de Magali Picard, il faut remonter à son adolescence, lorsqu’elle vivait avec sa famille dans la réserve de Wendake, en banlieue de Québec. C’est là qu’elle a d’abord été témoin de la véritable discrimination. À l’époque, les femmes autochtones qui mariaient un allochtone perdaient de facto leur statut d’Indienne, donc leur droit de résider dans la réserve. À l’inverse, les hommes qui mariaient une non-Autochtone ne subissaient pas le même sort. Aux yeux de la jeune Magali, c’était inacceptable.

« Cette injustice m’est rentrée dedans », lance-t-elle. Avec ses tantes, l’adolescente participe aux manifestations qui ont permis aux femmes des Premiers Peuples d’obtenir gain de cause, en 1985. « Ça m’a prouvé qu’avec une bonne mobilisation, on peut provoquer des changements qui pourraient sembler impossibles, comme faire modifier la Loi sur les Indiens, datant de 1867 », dit-elle avec fierté.

Cette soif de justice sociale ne la quittera plus. Pendant qu’elle étudie au cégep, à Montréal, elle entre dans la fonction publique fédérale. Et continue à militer, parfois même sans s’en rendre compte. « J’étais la fille qui posait constamment des questions. Le syndicat m’a remarquée et m’a recrutée. J’y ai découvert une nouvelle famille », se rappelle-t-elle.

Elle monte les échelons au sein de la machine syndicale et, en 2012, lorsqu’elle accède à la vice-présidence de la FTQ, elle éprouve un vertige. « Comme femme, on craint toujours de ne pas être à la hauteur. On a l’impression qu’il faut toujours surperformer », fait-elle remarquer.

Finalement, ses craintes sont injustifiées. « La réputation de boys’ club accolée à la FTQ est complètement fausse. Je n’ai jamais senti que j’étais moins considérée et moins écoutée parce j’étais une femme », soutient la syndicaliste, vêtue d’une éclatante robe fleurie qui tranche sur le décor terne des bureaux de la FTQ.

De cette expérience, la jeune quinquagénaire tire une leçon qu’elle livre aux femmes : restez vous-mêmes. « Aujourd’hui, on n’a plus besoin de jouer les dures à cuire à la Margaret Thatcher [NDLR : ex-première ministre britannique surnommée la “Dame de fer”] pour obtenir le respect », clame Magali Picard, qui n’entend pas baisser le ton de sitôt.

Encore aujourd’hui, la moindre injustice l’enrage. « Au Québec, sous nos yeux, des gens vivent encore dans la terreur, comme les travailleurs temporaires, ou dans la précarité en raison de la pénurie de logements, dénonce-t-elle. C’est ce genre de situations qui me pousse à poursuivre le combat pour une plus grande justice sociale. »

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