Famille tout compris

Parlons des gouvernantes de la famille Trudeau

Le #nannygate de la famille Trudeau choque aussi notre chroniqueuse Marianne Prairie. Mais pas pour les raisons qu’on pense.

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Les deux femmes qui s’occupent des trois enfants de la famille du premier ministre du Canada ont fait la manchette au début de la semaine. Semble-t-il qu’on vient de découvrir qu’on paie leurs services à même l’argent des contribuables canadiens et que c’est scandaleux.

Je peux comprendre pourquoi la réaction est aussi forte. En campagne électorale, Justin Trudeau s’est positionné comme l’ultime défenseur de la famille de la classe moyenne. Il a notamment critiqué le programme de prestation universelle pour la garde d’enfant (PUGE) en disant que les familles riches comme la sienne n’en avaient pas besoin. Il s’est d’ailleurs engagé à remettre le montant qui lui est automatique versé à un organisme de charité de son comté. L’embauche de ce personnel de garde aux frais des Canadiens et Canadiennes serait donc en contradiction avec ses déclarations pré-électorales. Les partis d’opposition ont évidemment sauté sur l’occasion pour le lui mettre sous le nez.

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Du côté du bureau du premier ministre, on précise que tous les dirigeants du pays ont droit à un petit nombre d’employés pour les assister. « Les gouvernantes, qui sont considérées comme des employés spéciaux «secondant le personnel régulier», en vertu de la Loi sur les résidences officielles, gagnent de 15 $ à 20 $ l’heure pendant la journée, et de 11 $ à 13 $ par la suite », peut-on lire dans un article de Presse Canadienne.

Photo: Sean Kilpatrick/La Presse canadienne

Photo: Sean Kilpatrick/La Presse canadienne

Alors, le premier ministre doit-il payer de sa poche ses deux gouvernantes? Peut-être. Et son chauffeur, lui? Son cuisinier, son jardinier et son garde du corps aussi? Où trace-t-on la ligne de l’entourage « acceptable » lorsqu’on occupe l’emploi exigeant (et bien rémunéré) de dirigeant d’un pays du G8? L’opinion publique est divisée. Le mot-clic #nannygate a été créé. Et moi je suis choquée pour d’autres raisons.

Ce que je ne peux m’empêcher de remarquer en suivant ce débat et ses dérapages, c’est que la garde et les soins des enfants sont encore et toujours considérés comme des services de second ordre. Le fait que ces tâches soient effectuées principalement par des femmes, souvent immigrantes, à un salaire dérisoire, tend à renforcer cette perception. Leur travail n’est pas reconnu comme soutien essentiel aux parents qui travaillent ou comme rôle complémentaire d’éducation et d’affection pour les enfants. Ce ne sont que des « gardiennes ». Avec cette vision, pas surprenant qu’on trouve inacceptable que deux gardiennes fassent partie du staff officiel.

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Simultanément, les parents Justin Trudeau et Sophie Grégoire se font durement juger sur leurs compétences parentales. Pas une, mais DEUX nannies? On comprend que Justin ait littéralement un horaire de premier ministre, mais Sophie? Qu’est-ce qu’elle fait de ses journées, Sophie? Pourquoi ne s’occupe-t-elle pas plus de ses enfants, Sophie? Pourquoi a-t-elle eu trois enfants si c’était pour les abandonner à des gardiennes 24 heures sur 24, Sophie? Conclusion : Sophie est une mère irresponsable et lâche.

Semble-t-il qu’on s’émeut que notre premier ministre soit un jeune père de famille seulement lors des cérémonies officielles et que ses enfants proprement habillés gambadent à ses côtés. On ne veut pas voir la très concrète et complexe conciliation vie politique-famille au quotidien. Quand on réalise ce que cela implique, soit deux salaires de gouvernantes, on juge cela « inacceptable ». Parce que les enfants Trudeau en paient le prix. À moins que ce soit les contribuables canadiens? Qui paie au juste? Les deux?

Je suis confuse… S’insurge-t-on que Justin Trudeau se contredise ou que les fonds publics servent à payer (maigrement) des femmes qui font une job de l’ombre, la job « de la mère »? C’est pas clair. Posez-vous don’ la question.

AJOUT: Je reçois plusieurs courriels depuis la parution de cette chronique et je constate que j’ai pris pour acquis que les lectrices connaissaient bien mon côté féministe. Ce que je dénonce dans ce billet, c’est précisément le traitement sexiste dont est victime Sophie Grégoire et la non-reconnaissance du travail de gouvernante. Le « on » dans le texte exclut la personne qui parle. Ce non-scandale me fait rouler des yeux et dévoile encore une fois qu’on a beau être en 2015, l’opinion publique est très dure envers les mères et toutes les femmes qui procurent des soins aux enfants.

Et vous, qu’est-ce qui vous choque dans le #nannygate?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)