Ces femmes qui explorent la planète

L’Anglo-Américaine Milbry Polk s’intéresse depuis plus de 15 ans à ces femmes qui parcourent le monde pour mieux le comprendre. Qui sont ces exploratrices des temps modernes?

 
Un inukshuk à Kinngait, alias Cape Dorset, au Nunavut, en Terre de Baffin / Photo: Carolyne Parent

Elle n’a planté de drapeau nulle part mais, qu’à cela ne tienne, Milbry Polk est une exploratrice dans l’âme – elle a entre autres traversé l’Égypte à dos de chameau pour refaire la route d’Alexandre le Grand. Auteure d’une dizaine d’ouvrages, membre de plusieurs associations savantes, dont la Royal Geographical Society, elle a cofondé, à New York, Wings WorldQuest, un organisme parrainant les femmes qui, par leurs quêtes diverses, font avancer la compréhension du monde.

Milbry Polk / Photo: Carolyne Parent

D’abord, qui êtes-vous, Milbry Polk ?

Je suis née à Oxford, en Angleterre, et j’ai grandi en partie en Égypte et aux États-Unis. Très jeune, je me suis retrouvée là où je ne devais pas être. À l’adolescence, sous le sapin de Noël, je ne trouvais pas de cadeaux : mon père [professeur d’histoire à l’Université de Chicago et spécialiste du Moyen-Orient] m’offrait plutôt un billet d’avion pour une destination qui me faisait envie… comme le Yémen. À la fin de mes études en anthropologie, à l’Université Harvard, j’ai poursuivi mes propres recherches, puis je suis tombée enceinte. Une amie m’a suggéré d’en profiter pour m’intéresser aux exploratrices. J’ignorais seulement qu’il y en avait puisque, sur le terrain, je n’avais toujours eu affaire qu’à des hommes ! J’ai commencé à fouiller et cela a donné un livre, Women of Discovery [sorti en 2001], coécrit avec Mary Tiegreen. Il retrace 2 000 ans d’expéditions menées par 83 femmes de 12 cultures différentes, qui ont ainsi contribué au savoir mondial.

J’ai fait partie d’expéditions – une vingtaine –, j’ai écrit et, maintenant, je fais connaî­tre ces exploratrices que l’Histoire a oubliées et je soutiens celles d’aujourd’hui. C’est dans ce but que j’ai fondé Wings WorldQuest avec Leila Hadley Luce, en 2003.

Qu’est-ce au juste qu’un explorateur ?

Il existe plusieurs façons d’appréhender le monde. Il y a celle des touristes, qui voyagent d’habitude en groupe ; celle des voyageurs, qui s’éloignent des sentiers battus ; celle des aventuriers, qui traversent en solo les océans ou les déserts. L’explora­teur, lui, parcourt le monde pour l’­expliquer. Il veut en savoir plus sur la luminescence, la matière noire, tel aspect de telle culture. Ainsi, s’il y a de l’aventure dans l’exploration, l’inverse n’est pas vrai. L’exploration est une mission spécifique.

L’exploration semble l’apanage des scientifiques…

Pas du tout ! Elle est du ressort de tous, des photographes, des cinéastes, des écrivains… Pour moi, il est évident qu’une part importante du boulot est d’aller voir comment les choses sont interreliées dans l’Univers. Parce qu’une fois qu’on a constaté cela, on comprend qu’il ne faut pas couper tous les arbres, tuer tous les éléphants, et cela permet ensuite de prendre les bonnes décisions. Voilà ce qu’apportent à l’humanité ces femmes et ces hommes curieux du monde.

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À la proue du navire Ocean Endeavour, pour la traversée du détroit de Davis en direction du Groenland. / Photo: Carolyne Parent

Qu’ont découvert les femmes grâce au soutien de Wings WorldQuest ?

L’historienne anglo-canadienne Selma Huxley Barkham a trouvé, au Labrador et au Québec, des sites de pêche à la morue et de chasse à la baleine que les Basques fréquentaient aux 16e et 17e siècles. L’astro­biologiste Nathalie Cabrol, à la tête du Carl Sagan Center au SETI Institute, en Californie, est à la recherche de formes de vie intelligente dans l’Univers. Elle a notamment plongé dans les lacs andins du Chili afin de voir comment la vie s’adapte aux conditions extrêmes en altitude. Susan Dudley, une biologiste ontarienne, a mis au jour de nouveaux comportements chez les plantes. Et il y en a tant d’autres !

Notre organisme permet aux exploratrices de réseauter à l’occasion de conférences et de sensibiliser le public à leurs projets, qui s’inscrivent dans quatre grands axes : la terre, la mer, l’air et l’espace. À ce jour, nous avons amassé plus de 500 000 $ pour les financer.

Qu’est-ce qui distingue les exploratrices des explorateurs d’autrefois ?

Les femmes sont devenues exploratrices par nécessité, je crois. Puisqu’elles n’étaient pas, contrairement aux hommes, soutenues par des institutions ou des gouvernements, elles voyageaient seules. Et parce qu’elles étaient seules, elles dépendaient des gens qui les entouraient, elles apprenaient leur langue. Bref, elles ne se déplaçaient pas en ligne droite comme les hommes, qui devaient obtenir les résultats escomptés par leurs bailleurs de fonds. Mais peu importe le sexe ou l’époque, le dénominateur commun de tous les explorateurs est la ferveur qu’ils ont pour leur quête.

Photo: Carolyne Parent

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Quelles sont les exploratrices des siècles passés qui vous ont le plus ­marquée ?

Il y en a plusieurs ! Il y a Cai Wenji, poétesse chinoise née vers 178. Kidnappée par les Mongols, elle a vécu 15 ans parmi eux. Enfin libérée, elle a écrit une série de poèmes qui ont contribué à faire connaître à son peuple la vie au-delà de la Grande Muraille. Puis Égérie, une religieuse espagnole qui entreprit, au 4e siècle, un pèlerinage en Terre sainte dans le but de voir par elle-même les lieux décrits dans la Bible et d’en rendre compte à sa congrégation. Elle a consigné son voyage dans un journal dont on a retrouvé des fragments. Et aussi toutes ces femmes qui, en Arctique comme ailleurs, ont assuré la survie des explorateurs et que ces derniers évoquent sans toujours les nommer.

Quel conseil donneriez-vous aux exploratrices en herbe ?

Allez ! Osez découvrir votre passion !

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