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Culture

Anaïs Barbeau-Lavalette, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie Arts, communications et médias

Écrivaine, réalisatrice, militante, Anaïs Barbeau-Lavalette sait faire porter sa voix. Qu’elle se prononce sur des enjeux féministes ou sur la crise écologique, son engagement transcende tout ce qu’elle fait. Entretien avec une femme qui refuse tout compromis sur sa liberté.
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Anaïs Barbeau-Lavalette, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie Arts, communications et médias
Photo: Andréanne Gauthier

Anaïs Barbeau-Lavalette est d’un calme saisissant lorsqu’elle s’exprime, attablée dans un café du quartier Rosemont. Mais elle ne nie pas pour autant ses élans de colère si on lui parle d’injustice, pas plus qu’elle ne manque une occasion de saisir un moment d’émerveillement en soulignant la beauté de l’humanité, visible au travers de ses failles. La co-instigatrice de Mères au front, un mouvement pour la justice climatique, sait qui elle est, ce qu’elle veut et ce qu’elle espère.


LA LAURÉATE

Qu’il s’agisse d’un roman bouleversant ou d’un film engagé, tout ce que signe cette artiste sensible et déterminée porte un message féministe clair, mais nuancé, et universel, tout en restant personnel. Le mouvement Mères au front, qu’Anaïs Barbeau-Lavalette a cofondé avec l’écosociologue Laure Waridel, fait naître des gestes militants rassembleurs, comme la mobilisation Ensemble pour nos filles, organisée dans une quinzaine de villes du Québec le 8 mars 2025.


Te perçois-tu plus comme une militante ou comme une artiste?

Comme une femme, d’abord. Comme une femme libre, si je peux ajouter un adjectif. Après ça, je ne pourrais pas me passer de la militance, mais je mourrais si je n’étais pas ancrée dans un élan artistique. Ces deux parties de moi se parlent et se nourrissent mutuellement. Mon engagement dans Mères au front répond à une colère assumée, nourrie par l’amour maternel. On nous a tellement enlevé la permission d’être en colère en disant que ça n’allait pas aux femmes. Là, on répond que la colère est puissante et que, chargée de l’amour qu’on a pour la suite du monde, elle peut vraiment faire des révolutions.

Cette colère-là, la ressens-tu aussi dans la création?

Non, et je ne pense pas que la colère soit un aboutissement ou qu’il est nourrissant d’être uniquement dans cette émotion, parce qu’il faut prendre soin de notre rapport à la joie. Sans ça, on s’éteint et on pense qu’on est une espèce qui ne mérite pas d’être sauvée. Dans ma création, je cherche plutôt la façon d’avoir une prise sur le monde. Je pense que c’est un bon vecteur de mise en lumière des injustices. Dans les livres comme dans les films, je peux donner une voix à ceux qui n’en ont pas souvent une et je peux pointer des injustices.

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C’est d’ailleurs le propos de ton nouveau livre, Architectures de la joie.

Oui! Ce sont mes correspondances avec [l’acteur et auteur] Steve Gagnon: il m’a demandé de lui apprendre la joie, comme je suis plus douée que lui. À l’époque dans laquelle on vit, c’est pertinent de se rappeler comment retrouver la joie, comment la préserver. La joie n’est pas une posture naïve; c’est une posture courageuse qu’on peut choisir, ce qui ne veut pas dire qu’on n’est pas en colère ou dans la militance, au contraire. Ce n’est pas une joie égoïste parce qu’elle rejaillit sur les autres et permet de mener des batailles plus décisives.

Qu’est-ce qui te motive le plus dans ton art? Et dans ton engagement?

En militance, il faut se donner le droit d’être l’étincelle, même si c’est spontané ou tout croche. J’étais souvent paralysée par un sentiment d’impuissance terrible. Si on se sent comme ça toute seule, c’est qu’il y a des milliers d’autres personnes qui sentent la même chose. C’est de ce sentiment qu’est né Mères au front. Ce qui me motive, c’est qu’on peut faire de grandes choses si on est capables de briser la solitude et l’impuissance. Le geste artistique, lui, est très solitaire. Écrire rend très vulnérable. C’est vraiment une mise à nu et une prise de risque totale ; tu ne sais pas si ça va résonner chez les autres. Le grand cadeau, c’est quand des gens viennent me parler de la façon dont ils ont reçu mes écrits ou mes films, ce que ça a changé en eux.

Quelle Québécoise est ton héroïne?

Pauline Julien. Je tourne un film sur elle, j’ai ses photos partout, elle n’arrête pas de m’inspirer. Je trouve que c’est vraiment tragique qu’on n’ait pas davantage pris soin de sa mémoire, que les jeunes femmes de 20 ans ne sachent pas qui elle est. C’était une féministe, mais d’une façon si libre, si singulière. Elle l’était comme amoureuse, comme amante, comme femme de la chanson, comme personne prenant part à la vie politique. Je me retrouve en elle, et elle me donne beaucoup de courage au quotidien.

Qu’est-ce que les générations de femmes précédentes t’ont transmis?

Leur courage, certainement. Je pense que ça en prend encore aujourd’hui, mais ça en prenait beaucoup à l’époque de mes parents, et encore plus avant. C’était vraiment courageux de s’assumer comme femme, d’assumer ses désirs de liberté, ses élans artistiques, d’assumer qu’on ne voulait pas avoir 12 enfants… Le courage de ces femmes va nous rester, même si certains des acquis qu’on leur doit se perdent. Grâce à elles, on ne part plus de zéro.

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Arts, communications et médias: des Québécoises d'exception

Alors que la province faisait ses premiers pas pour sortir de la Grande Noirceur, de courageuses pionnières se sont levées pour libérer la parole des femmes, abordant des thèmes jusque-là tabous. Voici trois des plus marquantes: Janette Bertrand, Aline Desjardins et Alanis Obomsawin.


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Constance Cazzaniga collabore au magazine Châtelaine depuis l'été 2024. Vous avez pu lire cette ancienne journaliste pigiste dans différents magazines québécois et dans les cahiers spéciaux du Devoir, notamment. Anciennement cheffe de la section culturelle au journal Métro, elle se spécialise en culture, société et art de vivre, avec un intérêt marqué pour la mode, la beauté et la gastronomie. Vous la croiserez peut-être dans une salle de spectacle, en train de lire un essai féministe avant la levée du rideau.

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