Culture

Em, le nouveau roman de Kim Thúy

Hantée par son pays en guerre qu’elle a fui à l’âge de 10 ans, Kim Thúy lui rend un hommage bouleversant dans "em", son quatrième roman.

Photo : iStock/Wiratgasem

L’HISTOIRE Le mot em en vietnamien désigne « le petit frère ou la petite sœur dans une famille ». En français, il est l’homonyme du verbe « aimer » à l’impératif. L’autrice le décline à tous les temps, et l’insuffle à ses personnages qui portent en eux, en elles, le souvenir de la guerre qui a meurtri leur pays. Des images puissantes, de pure horreur et aussi d’infinie beauté.

LES PERSONNAGES Emma-Jade, Louis, Alexandre, Mai et Tam, la nourrice, le pilote, les soldats, les bébés de la rue,les mères occasionnelles, em Hong. Naomi (la Montréalaise Naomi Bronstein, surnommée la « mère Teresa des orphelins de guerre ») associée à l’opération Baby Lift devant rapatrier en Amérique des orphelins destinés à l’adoption. La trajectoire de ces êtres ballottés, nés au Vietnam, aux États-Unis ou à Montréal, va se croiser au cours des 20 années de guerre et au-delà. Il y a eu de brûlantes passions amoureuses, des séparations déchirantes et des retrouvailles miraculeuses. Des massacres inqualifiables (My Lai) et des sauvetages magiques.

ON LIRA, ABSOLUMENT Dans ce quatrième roman de Kim Thúy, on retrouve une fois de plus sa plume délicate sous laquelle bat l’indignation en relatant l’histoire de son pays, qui, 45 ans après la fin officielle des hostilités « porte encore la cicatrice de la coupure imaginée par la politique ».

Photo : Carl Lessard

L’AUTRICE

Kim Thúy

Naissance à Saigon en 1968. À l’âge de 10 ans, quitte le Vietnam comme boat people avec ses parents. Arrivée au Québec, « à Granby » précise toujours Kim, convaincue que la femme qu’elle est devenue le doit aux premières familles qui les ont non seulement accueillis, elle et les siens, mais aussi réchauffés. Tour à tour traductrice, avocate et propriétaire d’un restaurant, elle publie en 2009 ru, Prix du Gouverneur général, traduit en 39 langues. Suivent mãn (2013) et vi (2016), des ouvrages d’une exquise finesse comme autant de petits cailloux blancs menant à em, le roman des origines. « De la réconciliation avec moi-même », confie Kim, ajoutant « je n’aurais pu écrire ça sans l’harmonie de mon quotidien ». Elle le répétera plusieurs fois au cours de notre entretien téléphonique, l’appui de sa famille est essentiel : « J’écris la nuit entre 23 heures et 4 heures, accoudée au comptoir de la cuisine et, le matin, le père de mes enfants s’occupe de l’ordinaire et je peux dormir. »

Habitée par ces destins aux blessures indélébiles, elle est consciente qu’elle est chez elle bien au chaud lorsque, la nuit, elle entend « le son des glaçons tombant dans le bac de mon congélateur ». Elle sait également que tous les Vietnamiens « peu importe où ils vivent, sont des descendants d’une histoire d’amour entre une femme de la race immortelle des fées et un homme du sang des dragons ». Kim vit avec son mari et leurs deux fils à Longueuil, dans une maison adjacente à celle de ses parents.

Em, par Kim Thúy, Libre expression, 152 pages