Ombres sur la Tamise, un grand, très grand roman de Michael Ondaatje

L’auteur canadien Michael Ondaatje revient en force avec un roman qui porte sur la construction de soi à travers son histoire familiale.

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Photo: Getty Images/Laura McGregor/Eyeem

Ombres sur la Tamise, Boréal, 352 pages

L’histoire

Novembre 1959. Réfugié dans une maison isolée de la campagne anglaise, avec son chien pour seule compagnie, Nathaniel se souvient de son adolescence au sortir de la guerre. Du moment où ses parents les ont confiés, sa sœur et lui, à un « tuteur » qu’ils baptiseront « Papillon de nuit ». Connaît-on vraiment ses parents ? Eux, dont les enfants s’apercevront qu’ils ne sont pas partis ensemble à Singapour comme convenu, la valise de leur mère étant toujours au sous-sol de la maison envahie de personnages étranges. Des années plus tard, employé au Service de renseignements britannique, le jeune homme cherche et trouvera « la séquence manquante de sa vie », se demandant « combien de torts ai-je causés ? ».

Les personnages

Nathaniel, 14 ans en 1945. Propulsé malgré lui dans une existence trépidante à la suite du départ mystérieux de ses parents. Protégé à son insu par « une horde d’inconnus », enchaîne les petits boulots en apparence inoffensifs, vit une histoire d’amour avec Agnes, jeune fille solaire, son seul « refuge ». Rachel, 16 ans, sa sœur. Secrète, choisit le théâtre comme porte de sortie et, le temps venu, brisera tout lien avec sa famille. Rose Williams, femme fascinante « aux cheveux fauves », « héroïne nationale (…) plutôt que seulement notre mère », et son mari, père insaisissable, disparu tôt de leur vie. Marsh Felon, animateur radio et agent secret, mentor de Rose. Et tous ces personnages fabuleux, Papillon de nuit, Le Dard, Olive Lawrence, qui, leur mission terminée, redeviendront des « gens tout à fait normaux ».

On aime

Le souffle puissant de Michael Ondaatje, qui développe les thèmes qui lui sont chers. La transmission, la construction de soi à partir de sa propre histoire familiale. La guerre et les « répercussions de la paix », moment où l’on règle les comptes. Il y aura des révélations, des ruptures, des destins irrémédiablement détournés, des morts inévitables. Et, traversant toute cette noirceur, une grande passion amoureuse, impossible forcément… Une fois ce roman refermé, on a du mal à se déprendre de son climat, au départ brumeux, qui s’éclaire et nous happe. La traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné rend parfaitement le lyrisme de la version originale anglaise.

Photo: Jeff Nolte

L’auteur

Michael Ondaatje

Naît au Sri Lanka en 1943. Immigre en Angleterre en 1954, puis au Canada en 1962. Prix du Gouverneur général en poésie (1970 et 1979), et en 1992 pour son célèbre roman L’homme flambé, également lauréat du Booker Prize. Adapté au cinéma par Anthony Minghella sous le titre Le patient anglais, le film récoltera neuf Oscars. En 2000, Prix Giller, Prix du Gouverneur général et, en France, le Médicis étranger pour Le fantôme d’Anil. En juillet 2018, le Golden Man Booker Prize récompense Le patient anglais, roman favori des lecteurs depuis 50 ans. Michael Ondaatje vit à Toronto avec sa femme, l’écrivaine Linda Spalding.

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