Sexisme: ah, le bonheur d’être un homme!

Si, comme moi, vous aimez observer les différences dans la manière dont on traite les femmes et les hommes, vous conviendrez que nous vivons un début d’année faste.

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Photo: Instagram @caroline_neron

 

D’abord, ai-je besoin de revenir sur les récentes déclarations douteuses de l’auteur français Yann Moix qui se dit incapable d’aimer une femme de 50 ans alors que, voyez l’ironie, il est lui-même âgé de 50 ans?

Ensuite, toujours en France, que penser de la démission de Chantal Jouanno, responsable de l’organisation du grand débat national devant dénouer à la crise des Gilets jaunes ? Elle a dû se désister lorsque son salaire annuel de haut fonctionnaire (175 000 euros) a été révélé et a fait polémique, considérant que les discussions, à ce débat, devaient tourner autour de la difficulté des Français à boucler leurs fins de mois…

Passons sur le détail pécuniaire de l’affaire et sur l’indécence – ou pas – pour un ou une fonctionnaire de gagner autant d’argent. La question qui m’intéresse ici est plutôt: les haut fonctionnaires masculins qui gagnent le même salaire que Mme Jouanno seront-ils aussi montrés du doigt et devront-ils aussi se retirer de leurs mandats? Ou est-ce seulement bon pour Mme Jouanno?

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Parlant du salaire des femmes, un collègue m’a envoyé cette dépêche de la Presse canadienne qui nous apprend que les femmes se heurtent à un «plafond de verre à double épaisseur» au sommet de la hiérarchie des entreprises au pays. D’abord, elles doivent réussir à accéder aux postes de haute direction puis, une fois qu’elles y sont, elles doivent encore faire face à une discrimination salariale par rapport à leurs homologues masculins. Eh oui, sur plus de 1200 membres de la haute direction nommés au sein de 249 sociétés cotées en Bourse au Canada, les femmes gagnent environ 0,68 $ pour chaque dollar gagné par leurs homologues masculins. Extra!

Du côté de l’entrepreneuriat, «l’affaire» Caroline Néron a fait tache au début de janvier. Ne comptez pas sur moi pour prendre le parti ou au contraire taper sur la femme d’affaires, ce n’est pas mon rayon. Mais je ne peux qu’observer le phénomène selon lequel certains semblent se réjouir de voir une femme d’affaires, une très belle femme au demeurant, se planter solide. On dirait bien que lorsqu’un homme d’affaires vit une faillite, on est bien prompt collectivement à lui donner l’absolution en évoquant la fragilité du marché et de l’économie. Dans le cas d’une femme, on va prestement remettre en question ses décisions, et ce, de la manière la plus paternaliste qui soit. D’ailleurs, c’est sûrement un hasard, mais lorsque l’entrepreneur Alexandre Champagne a déversé son fiel sur Caroline Néron sur Facebook, son statut – qu’il a depuis effacé –a été partagé dans mon réseau uniquement par des contacts masculins.

Et pourtant, se pourrait-il que des entreprises gérées comme de la chnoutte, il en pleuve? Les entrepreneurs vedettes qui font faillite deux fois plutôt qu’une (coucou Alexandre Taillefer), on leur pardonne. Et de Martin-Luc Archambaultun autre dragon, qui s’est enrichi avec un logiciel de publicités intempestives qui s’est introduit dans l’ordinateur de millions d’internautes sous de fausses prémisses, on a à peine parlé le temps de le dire. Son entreprise a stocké les données brutes de ces millions d’utilisateurs non consentants dans une gigantesque base de données à Montréal… Imaginez si une femme avait osé faire comme lui!

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Du côté politique? Pas de matière à réjouissances là non plus en ce début d’année… Si tout le monde s’est tapé sur les cuisses en faisant de douteux jeux de mots autour de «MarieChantal Chassé chassée de son ministère», je tiens à vous rappeler que David Heurtel a passé 43 mois à faire un fou de lui à l’Environnement, sans que le premier ministre ne songe à le démettre de ses fonctions. Non, il a simplement été «remanié» à l’Immigration.

Ah, mais voilà, François Legault a osé admettre qu’il a malencontreusement nommé une «incompétente» au nom de la parité (soupir) et l’a démise de ses fonctions. Et c’est là qu’à peu près tout ce que le Québec compte d’éditorialistes et de commentateurs  se sont exclamés en choeur: «Quel homme politique courageux! Oser admettre son erreur et reculer… Wow, c’est du jamais vu!»

Bip bip bip. Mais qu’entends-je? Ah, mais c’est le fameux bruit de camion qui recule. Celui qu’on avait accolé en début de mandat à toutes les décisions et interventions de la première ministre Marois à l’émission matinale de Paul Arcand. Eh oui, une première ministre qui écoute son entourage, admet ses erreurs et ose reculer, une vraie girouette celle-là! Ah les femmes, elles ne savent pas ce qu’elles veulent ni ce qu’elles font…

Deux poids.

Deux mesures.

Soyez sans crainte, l’habitude bien ancrée – et parfois très inconsciente – de traiter différemment les femmes et les hommes se porte très bien merci. Bonne chance, mesdames, et surtout, ne lâchez pas!

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante, chroniqueuse, conférencière et animatrice. Elle pilote le magazine culturel Nous sommes la ville à l’antenne de MAtv. Elleblogueégalement pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac éditeur), dont la version anglaise – MOTHERHOOD, The Mother of All Sexism (Baraka Books) – vient de paraître.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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