Blogue La course et la vie

Rencontre avec une coach de course d’exception

Dans la vie d’une coureuse, il y a la vie avant Pia Nehme. Et il y a la vie après un entraînement avec Pia Nehme!

la-course-et-la-vie-bandeau

Mal? Mais non pas du tout. Cette démarche de crabe arthritique que j’ai? C’est rien voyons, à peine quelques micro déchirures (oula oula oula, dirait le goûteur de Cléopâtre).

Preuve qu’il fallait renforcer tout ça, quoi.

L’approche de « Coach Pia » est simple (j’ai pas dit facile) : de la technique et de la puissance avant toute chose. Pour Pia, un coureur heureux est un coureur qui a une foulée impeccable et un corps fort de partout.

Née d’une mère québécoise et d’un père libanais, Pia est une athlète splendide, une coach d’une générosité exceptionnelle, et une femme au sourire si rayonnant, si contagieux, qu’il est impossible de se plaindre à ses côtés, même quand elle te fait travailler très fort.

Le 15 mars dernier à New York, Pia établissait un nouveau record national pour le Liban en courant un demi marathon (13.1 miles) en 1.21.14.

Ce qui donne une vitesse de 3 minutes, 51 secondes du kilomètre…

Pia-Nike-New-York-web13.1 QUESTIONS POUR UNE COACH ET UNE CHAMPIONNE

Pia enfant, ça ressemblait à quoi ?

J’étais hyperactive! Je voulais essayer tous les sports, le football, le tennis, le ski nautique, le ballet…Je jouais aussi du piano pour me calmer.

Qu’est-ce qui a déterminé ta carrière d’athlète ?

Mon père a été le premier à m’initier au sport. Il m’a appris à faire du ski dès l’âge de 3 ans, à jouer au tennis à 5 ans alors que j’arrivais à peine à tenir une raquette, et il me faisait déjà courir tous les weekends avec lui. Je lui dois ma passion du sport. Depuis, il est mon fan #1 !

Ta plus belle course à vie ?

Le demi marathon de New York en mars 2015. J’étais sur un nuage tout le long…Ça m’a pris une semaine pour redescendre sur terre !

La pire ? 

Le marathon de Beyrouth en 2012. J’ai eu des malaises d’estomac qui m’ont fait vomir dès le début de la course et ça s’est poursuivi jusqu’à l’arrivée. Je voulais abandonner au 30e km, mais je courais pour une association qui protège les enfants abusés et j’ai terminé la course pour eux. Ça m’a pris un an pour m’en remettre et je n’ai pas couru de marathon depuis…

Qu’est-ce qui te porte quand c’est dur ?

Durant une course, je pense à toutes les heures d’entraînement où j’ai travaillé fort, je pense à l’après-course quand il n’y a plus que du bonheur, je pense à ma famille et à mes amis qui croient en moi. Durant un entraînement, je pense toujours à battre mes temps précédents et je me souviens que plus c’est dur, plus la course sera facile.

Qu’est-ce qui définit un athlète selon toi ? La performance, l’engagement, l’attitude…?

Être athlète, c’est d’abord une attitude. Être humble, reconnaissant à la vie et au corps qu’on a, avoir un esprit sportif, être déterminé, ne pas lâcher quand les obstacles se présentent ou quand ça devient dur…Être un athlète est un style de vie, une façon de se comporter! La performance, ce n’est pas tout. Pour moi, l’essentiel, ce ne sont pas les chiffres, c’est de pouvoir se dépasser, peu importe le résultat final.

Quel est ton prochain défi ?

Courir un marathon en fin d’année (California international marathon, Sacramento) avec le sourire aux lèvres. Je veux apprendre à aimer cette distance à nouveau. C’est une course très exigeante au niveau psychologique et émotif, et c’est pour ça que je veux la courir. Pour apprendre à me dépasser encore plus sans souffrir pour autant…

Pia-webQuelles sont les qualités d’un bon coach ?

Un bon coach apprend a connaître ses athlètes individuellement, il leur propose un plan d’entraînement adapté à leurs besoins en travaillant à court, à moyen et à long terme avec eux. Un bon coach est toujours présent pour guider ses athlètes, répondre à leurs besoins et les encourager malgré les hauts et les bas. Un bon coach doit aussi être transparent avec ses athlètes vis-à-vis de leurs objectifs. Il faut que ceux-ci soient réalistes, possibles.

Tu entraînes des gens de tous les niveaux, qu’est-ce qui détermine si une personne peut s’améliorer ou pas ?

Tout le monde a la possibilité de s’améliorer. Il s’agit d’être déterminé et de vraiment vouloir se dépasser…Il faut mettre l’effort. Et puis, il y a tant de facteurs qui entrent en jeu qu’on peut toujours mettre l’accent sur un aspect de l’entraînement jusqu’alors négligé pour voir une amélioration.

Tu es très stimulante comme coach, et tu sais encourager ceux qui partent parfois de loin. Où vas-tu chercher toute cette affection que tu portes aux gens qui s’entraînent sous ta supervision?

La course, c’est ma passion. Et mon but dans cette vie est de transmettre cette passion aux gens qui croisent mon chemin. Je ne peux pas m’empêcher d’être enthousiaste quand j’entraîne quelqu’un, ça me rend tellement heureuse !

Tu mets beaucoup d’emphase sur la musculation. En quoi vois-tu une différence pour un coureur ?

Je pense que le travail de renforcement général aide l’athlète à éviter les blessures en fortifiant les muscles et les tendons et en rééquilibrant les chaines musculaires. Suite à ce renforcement, la résistance à la fatigue augmente et une bonne technique de course (économique et fluide) peut être maintenue plus longtemps. D’où une meilleure performance… et moins de souffrance !

Tu es très rigoureuse sur la technique. Tous ceux qui sont passés entre tes mains entendent ta voix qui répète « petits pas, petits pas ». Quels sont les avantages à avoir une bonne technique?

Tout d’abord, ça aide à éviter les blessures. Par exemple, atterrir « sous son centre de gravité » versus « en avant de son centre de gravité » diminue énormément l’impact sur le corps, et il en résulte beaucoup moins de blessures. D’autre part, une bonne technique de course aide a être plus économique. On sauve de l’énergie, et on peut courir plus vite. Et plus longtemps.

Je sais par expérience qu’une bonne technique de course fait une grande différence chez les personnes sujettes aux blessures. J’ai enchaîné les blessures année après année sans jamais être capable de m’entraîner sans interruption jusqu’à ce que je rencontre le Dr Romanov, le cerveau de la technique de course “POSE”. Il m’a aidée à changer ma technique. Depuis quatre ans, je n’ai pas eu une seule blessure et je cours plus vite! J’ai donc décidé de me certifier en tant que coach « Pose » et de transmettre cette technique à ceux qui en ont besoin.

Au pire de l’effort, tu nous encourage toujours à sourire. Qu’est-ce que ça change?

C’est une attitude…je pense que quand l’effort devient intense, on peut soit choisir de s’aider, soit choisir de se faire souffrir encore plus. Le fait de sourire nous rappelle que courir est quelque chose qu’on aime et qu’on le fait par plaisir même si ça fait mal à certains moments. Adopter une attitude positive aide à relaxer !

Qu’est-ce que tu dis à quelqu’un qui nous lit, et qui n’ose pas se mettre à la course, de peur de ne pas être « assez bon » ?

Tout le monde est bon, sans exception. On court pour soi, pour le plaisir que ça nous procure et pour la santé, pas pour les autres. C’est important de ne pas se comparer puisque chaque personne est faite différemment. C’est la même chose pour le yoga. On ne peut pas tous avoir la même flexibilité!

Quand on se met à la course, on découvre que c’est un des plaisirs de la vie!

Et avec Pia, il est toujours grand, ce plaisir.

(Pour la rejoindre, mpnehme@gmail.com)

Geneviève Lefebvre est l’auteur de deux romans noirs, Je compte les morts et La vie comme avec toi, tous deux salués par la critique. Son dernier roman, Va chercher, vient d’être acheté par la maison d’édition Robert Laffont, et sortira en France en avril 2015.