Écolo, vraiment?

L’occasion s’est enfin présentée de mettre vraiment mes principes écologiques en application. Opération ratée: notre nouvelle voiture n’est pas électrique!

 

Photo: iStock.com/zhz_akey

En matière d’environnement, je fais la part qui est attendue, la plus facile en fait. Je ménage, récupère et recycle et je traîne mes sacs à l’épicerie.

Je composte aussi, puisque mon quartier montréalais le permet. Et puis, j’emprunte de plus en plus le transport en commun. (Ok, j’avoue: c’est l’épidémie des travaux de construction à Montréal qui a eu raison de mes déplacements motorisés.)

J’ai signé le Pacte aussi! Mieux encore, contrairement à plusieurs des signataires, je prends très, très peu l’avion, source monstrueuse de pollution… (Ok, j’avoue: j’étouffe sous la carlingue et ça me coupe l’envie de voyager.)

Quant à la voiture familiale, nous n’en avions qu’une seule. Mais elle était de taille, au sens premier de l’affaire: une fourgonnette, catégorie qui pollue pas mal. Mais attention, quand elle tomberait au combat, on passerait à l’ère de l’auto électrique! Le soulagement de conscience s’en venait.

… Ça ne s’est finalement pas passé comme ça.

Après neuf ans d’utilisation et 243 000 kilomètres au compteur, notre fourgonnette réclamait de plus en plus souvent une remise en forme chez le garagiste. À la dernière visite, avant même de toucher à quoi que ce soit, celui-ci nous a appelés: inspection faite, il y en avait pour des milliers de dollars, et plus encore, de réparations. Et si on ne faisait rien, on était à gros risque d’accident. Pour lui, l’affaire était entendue: cette voiture avait bien vécu, il était temps de passer à une autre.

Mon conjoint a quand même un peu insisté: «Vraiment rien à faire?» La réponse était nette: non! «À moins d’un attachement sentimental…», a ajouté le garagiste en riant.

La bonne blague! Certainement pas de mon côté, moi qui persiste à parler de «chars» en snobant le mot «voitures» et en mettant dans le même sac toutes les marques, Toyota comme Ferrari (ok, j’exagère!).

Il nous fallait donc trouver un nouveau véhicule. Nécessité oblige (mon conjoint en a besoin pour ses déplacements professionnels), le soir même nous commencions la visite de concessionnaires.

Or pendant qu’on regardait, essayait, soupesait…, j’ai eu un premier choc. Pourquoi tout me semble moche, pourquoi ai-je le cœur serré?… Ben voyons, dois-je constater que ça me fait quelque chose de laisser ma fourgonnette, son espace, ses sept places, son confort… Ses «vingt ans de famille», a résumé mon conjoint, à qui j’ai fini par avouer mon désarroi.

Vingt ans parce que la fourgonnette actuelle avait succédé à une autre, qui avait tenu le coup dix ans. Celle-là, on l’avait acquise littéralement la veille que j’accouche de notre quatrième enfant! Jusque-là, c’est dans une petite Golf qu’on avait entassé nos trois rejetons.

De fait, cette page se tournait définitivement. Et je me retrouvais la larme à l’œil. Pour un char !!!

Mais trêve de sentimentalité, il fallait aller de l’avant. Au pragmatisme familial d’autrefois (que tout le monde ait sa place dans la voiture!) pouvait maintenant succéder l’efficacité écologique.

Sauf que vingt ans de fourgonnette, ça marque l’inconscient! D’accord pour un véhicule plus petit, mais pas tant non plus. Après tout, on a une maison à la campagne et on y transporte toujours mille affaires; et puis le nombre de fois où notre voiture a servi de camion de déménagement à notre progéniture; et puis un plus gros «char» résiste mieux aux routes malmenées du Québec. Et puis, et puis, etc.

Donc, si on avait autrefois fait le saut d’un seul coup de la petite voiture à la fourgonnette, l’inverse ne serait pas vrai.

Or dans le gabarit que nous magasinions, le modèle électrique était vraiment, vraiment plus cher, même en considérant les rabais gouvernementaux. Il faudrait bien calculer notre affaire…

Pas la peine, ont fait les concessionnaires en chœur!

Dans une belle unanimité, ceux que nous avons visité ont tenu le même discours. L’auto électrique, c’est encore pour les gens qui devancent les modes, les early adopters. À la rigueur pour circuler en ville, mais certainement pas quand on parcourt plus de 25 000 kilomètres par an; d’autant que l’autonomie de la voiture, monsieur, madame, ça varie beaucoup selon les conditions de route et de météo.

Et puis, c’est pas non plus pour le monde pressé: les heures que ça prend pour recharger l’auto avant de pouvoir sauter dedans et hop!, y aller! Au fait, vous allez la recharger où la voiture? Parce qu’en ville, c’est plus compliqué d’installer une borne de recharge qu’en banlieue.

En plus, écologique, c’est vite dit! Pas de pétrole pour rouler, d’accord, mais y’a qu’à voir tous les métaux rares que ça prend pour fabriquer la batterie… Batterie elle-même assez volumineuse, ce qui fait du rangement de moins. Or, cher couple en quête d’une nouvelle voiture, ne m’avez-vous pas dit que vous ne voyagez pas léger?

Euh, oui…

Une hybride alors? Dans le genre de modèle qui nous attirait, ça ne se faisait pas, nous a-t-on répondu. Par contre, il y a maintenant toutes sortes de «patentes» sur les voitures pour en réduire la consommation d’énergie, attendez qu’on vous montre…

Je l’avoue, mes convictions écologiques s’étiolaient à mesure que la démonstration nous était faite. Je n’étais finalement pas si équipée pour y répondre, et pas si tentée de le faire non plus. Je voulais juste une nouvelle bagnole et que le magasinage ne dure pas longtemps.

Alors je me suis répété que puisque la nouvelle voiture était plus petite, forcément elle consommerait moins d’essence.

En plus, nous avons opté pour une location plutôt qu’un achat, en nous disant que dans quatre ans, l’auto électrique sera plus abordable et mieux adaptée à nos besoins. Et surtout, en taisant la petite voix qui dit que quand l’effort à faire est trop grand, la moindre excuse justifie le statu quo…

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Journaliste depuis plus de 30 ans, Josée Boileau a travaillé dans les plus importants médias du Québec, dont au quotidien Le Devoir où elle a été éditorialiste et rédactrice en chef. Aujourd’hui, elle chronique, commente, anime, et signe des livres. Son plus récent, J’ai refait le plus beau voyage, est paru aux éditions Somme toute.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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