L’année 2019 en neuf mots réconfortants

L’année 2019 s’achève, et je n’ai pas envie de la terminer sur une note aussi morose que l’actualité du moment. Place plutôt aux jolis mots.

 

Photo: Unsplash/Hannah Olinger

Oui, le monde est «en chamaille» comme le chantait si justement Jean-Pierre Ferland dès 1968: «On gèle au sud, on sue au nord». À quoi s’ajoutent, dans nos sociétés, des sentiments comme la colère, le stress, l’essoufflement, l’impuissance, et les arguties sans fin sur les réseaux sociaux.

Mais je n’ai pas le goût de revenir sur ce que je dénonce à l’année. J’aime mieux penser aux valeurs qui réconfortent et ce à quoi je les ai associées en cette année 2019, que voici déclinée en neuf mots.

Alliance

Elles s’y étaient engagées ensemble en décembre 2018, elles livrent un an plus tard. Côte à côte, la ministre caquiste Sonia Lebel et les députées Véronique Hivon, du Parti québécois, Hélène David, du Parti libéral, et Christine Labrie, de Québec solidaire, viennent d’annoncer la mise en place d’un projet pilote pour mieux appuyer les victimes de violence sexuelle et de violence conjugale. Une vraie collaboration transpartisane. Oeuvrer pour le bien commun n’est pas qu’affaire d’affrontement.

Apaisement

J’ai écrit un livre sur l’attentat de Polytechnique de 1989 où 14 femmes ont été tuées et autant de personnes physiquement blessées. Les blessures psychologiques, elles, n’ont pas été comptées. Trente ans plus tard, elles émergent pour de bon. Je l’ai d’abord constaté par les témoignages recueillis pour le livre puis, depuis sa sortie, par ceux qui m’ont été livrés en séance de dédicaces, ou par écrit, ou par des gens croisés au hasard. S’expriment enfin la peine, la peur, le doute, la culpabilité. Ce déblocage, visiblement, fait du bien. Il existe donc, le pouvoir réparateur du temps qui passe…

Courage

Mesure-t-on à quel point le Québec compte en son sein une grande héroïne : la Québécoise Johanne Liu. Cet été, elle a cédé sa place à la présidence de Médecins sans frontières, poste qu’elle occupait depuis six ans. Mais ça fait bien plus longtemps que cette femme de cœur et de rigueur se rend sur le terrain, là où sévissent guerres ou épidémies, sans se laisser arrêter par la peur. Sa capacité d’indignation, elle, reste intacte. Elle dénonce clairement, solidement, et ses mots sont un juste rappel à notre devoir d’humanité.

Délicatesse

Deux visages pour moi s’entremêlent en cette fin d’année, deux femmes qui ne sont plus et qui pourtant continuent d’incarner l’élégance, la finesse, la subtilité, la sensibilité… Elles ont pour nom Andrée Lachapelle, comédienne au long cours morte cet automne et qui a accompagné nos vies, et Anne Hébert, grande et énigmatique écrivaine, à qui Marie-Andrée Lamontagne vient de consacrer une impressionnante biographie. En ces temps tonitruants, il est sage de se rappeler que le talent peut aussi s’accompagner de discrétion.

Entrain

Que j’ai aimé l’émission 100 Génies, à la télévision de Radio-Canada! Cent jeunes ados brillants réunis dans un studio, qui doivent répondre à des questions intelligentes posées par un animateur dynamique qui ne les infantilise pas – le souriant Pierre-Yves Lord -, ça vous ravigote le moral et stimule l’intellect! Mon salon vibre encore de l’écho des réponses que j’ai lancées (euh, criées!) pour aider tout ce beau monde…, du moins quand j’en était capable!

Espoir

De toutes les manifestations qui ont marqué 2019, il y en a une qui ne cesse de m’émouvoir : celle des Algériennes et des Algériens. Depuis la mi-février, chaque vendredi, on les voit manifester pacifiquement pour que le régime politique se démocratise. Ce mouvement s’appelle le Hirak: il n’a pas de chef, n’a pas dérapé, n’a pas été récupéré, et garde le cap en dépit de la répression. Je répète: des foules immenses, revendicatrices, dans toute l’Algérie, depuis un an, et qui n’ont pas sombré dans la violence. On a envie d’y croire.

Gourmandise

À l’heure où les consommateurs laissent allègrement tomber les fabricants et marchands locaux (oui, je sais, pas vous; n’empêche que…), je n’ai qu’admiration pour les résistants, avec un gros faible pour ceux qui sont déterminés à nous nourrir de produits d’ici. Mes images du bonheur en 2019, c’est un délirant plateau de fromages servi à une émission à laquelle je participais, une boîte de chocolats brillants comme des joyaux reçue en cadeau, les étals des marchés publics de région, l’odeur de ma pâtisserie du coin, les petits fruits couverts de rosée de notre jardin cet été… Tout ce qui fait miam, et qui vient avec quelqu’un que l’on peut remercier.

Nuance

Avant même d’y entrer, le message était entendu: «mouroir», «j’veux jamais me ramasser là!», «lieu des vieux négligés (du personnel), abandonnés (par leur famille)». Nous étions pourtant devant ces portes de l’horreur annoncée puisque notre mère devait être «placée». Un an plus tard, ces clichés me font rugir. Dans l’établissement public où elle s’est retrouvée, notre mère a été entourée, soignée, divertie, aimée. Elle vient de décéder, et c’est bel et bien «sa» dernière maison qu’elle a quittée. Et je sais maintenant qu’il ne faut pas confondre ce qu’il y a à améliorer dans les résidences et les CHSLD et les grandes dénonciations de ceux qui craignent en fait les maux de la vieillesse.

Tendresse

On ne peut qualifier autrement l’hommage rendu à Renée Claude, atteinte de la maladie d’Alzheimer, à l’instigation de Nicolas Lemieux et Monique Giroux. Au printemps, les voix somptueuses d’une dizaine des plus grandes chanteuses du Québec ont transformé en cadeau Tu trouveras la paix, cette très belle chanson de Stéphane Venne dont Renée Claude avait fait un succès en 1971. Il s’en est suivi un spectacle en novembre où Isabelle Boulay, Ariane Moffat, Catherine Major, Luce Dufault, Louise Forestier et cie ont repris bien des airs de la grande Renée. J’y étais. Ce fut inoubliable de chaleur et de beauté.

…Chaleur et beauté. Et tendresse, apaisement, entrain, gourmandise: tiens, je pige aussi là-dedans pour vous souhaiter de Joyeuses Fêtes à ces enseignes! De retour en janvier.

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Journaliste depuis plus de 30 ans, Josée Boileau a travaillé dans les plus importants médias du Québec, dont au quotidien Le Devoiroù elle a été éditorialiste et rédactrice en chef. Aujourd’hui, elle chronique, commente, anime, et signe des livres. En 2019, elle a publié J’ai refait le plus beau voyage(éd. Somme toute) et Ce jour-là, Parce qu’elles étaient des femmes (éd. La Presse) soulignant les 30ans de la tuerie de Polytechnique.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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