Je suis à boutte... mais heureusement, il y a la musique québécoise!

Il fait froid, il fait gris gris, la politique me laisse morose. À l’approche du gala de l’ADISQ et du GAMIQ (le Gala alternatif de la musique indépendante du Québec), je me love dans la musique d’ici comme une valeur refuge.

 

Photo: StockSnap/Pixabay

 

Je fixe mon écran complètement vide. J’ai le syndrome de la page blanche. Ce problème m’était totalement étranger jusqu’ici. L’absence de mots dans mon document reflète la vacuité que j’éprouve après une rentrée sur les chapeaux de roues, marquée par la campagne électorale. Le retour au train-train de l’actualité ordinaire coïncide avec le temps gris d’un octobre beaucoup plus frais que la normale. Ce mois, habituellement mon préféré, revêt cette année des airs lugubres de novembre.

Pourquoi diable est-ce que je vous entretiens d’un sujet aussi banal que la météo? Pourquoi est-ce que j’éprouve le besoin de vider mon sac quant au fait qu’après avoir à peine vu le printemps se montrer le bout du nez, l’été était déjà caniculaire et voilà qu’on vient de se rembarquer pour un six mois de froidure? Parce que cette météo qui donne dans le tout ou rien, sans entre saison tempérée, je trouve qu’elle est à l’image du climat social actuel, polarisé. Les analyses donnent dans le tout noir ou le tout blanc. C’est une époque redoutable pour mon amie la nuance. Peu importe l’enjeu, on dirait qu’il faut absolument choisir un camp et prêcher entre convertis.

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Évidemment, à titre de chroniqueuse, je contribue d’une certaine manière à ce climat; je dois me commettre, prendre position. Bien que je tente de pondre des textes argumentés et nuancés, j’évite rarement le piège qu’est la volonté de trancher certaines questions.

Je l’avoue, j’en ai un peu marre. On dirait que m’enligne pour un grand décrochage des sujets politiques, du moins pour quelque temps. D’ailleurs la rédaction de cette chronique ne cesse d’être interrompue par d’intempestives séances de magasinage compulsives. De bête féroce de travail, j’en suis réduite à procrastiner. De simpliciste volontaire, voilà que j’ai envie d’acheter des pulls multicolores rouge et rose ou encore jaune moutarde… Des imprimés fauves, des carreaux, de la fausse fourrure? Amenez-en! J’ai besoin de légèreté, de frivolité même.

Ça me fait tout drôle de ressentir déjà ce besoin de décrocher, cette envie de vacances si tôt après l’été, mais la lassitude est réelle. Le désir de fuite aussi. Mon réflexe de survie en ce moment: trouver asile dans la musique; me jeter sur tout ce qui vient à mon attention. Je me délecte de nouveautés musicales d’ici, du travail d’artistes émergents. À l’approche de l’ADISQet, surtout, du GAMIQ, je n’ai d’oreille et d’intérêt que pour tout ce qui chante, gratte la guitare, pianote et percussionne au Québec. Jouent en boucle chez moi cet automne Fuudge, Dave Chose, Jesuslesfilles,Les Louanges, Babylones, Beyries, Mon Doux Saigneur, Koriass, Philippe Brach, Hubert Lenoir

Je ne suis pas naïve au point de croire que l’art constitue un quelconque refuge. Il nous renvoie plutôt en pleine gueule tout ce qui ne tourne pas rond: à la fois l’absence de projet collectif, le désenchantement politique et nos propres errances, maladresses et dysfonctions affectives. Mais justement, tant qu’à souffrir, j’ai décidé de m’offrir du bon stock, à consommer sans modération. Au Québec, la cuvée est exceptionnelle.

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Le mot de la fin, je le laisse à ma mère. Il y a trois ans, alors qu’elle venait de perdre son conjoint de longue date emporté par le cancer, on roulait vers une rencontre familiale en écoutant ICI musique. Je ne me souviens même pas de ce qui jouait, mais je n’ai pas oublié ce qu’elle m’a dit ce jour-là. «Une chance qu’il y a la musique.»

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante, chroniqueuse et conférencière. Elle est aussi l’animatrice à la barre du magazine culturel Nous sommes la ville à l’antenne de MAtv. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac éditeur), dont la version anglaise – MOTHERHOOD, The Mother of All Sexism (Baraka Books) – vient d’être publiée.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

 

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