Je plaide non coupable

Combien de fois cette semaine avez-vous pensé que vous n’en faites pas assez? Que vous avez fait ceci trop rapidement, que vous n’aurez jaaaaamais le temps de faire cela? Sans vous connaître, je peux répondre: « Trop. »

 

On a beau en parler, en noircir les pages de magazine, en pleurer ou en rire, on n’a pas encore réglé le cas de la maudite culpabilité des filles. Pourquoi ? Les avis sont partagés. Certaines déplorent les (énormes) exigences de notre société vis-à-vis des femmes : les critères d’esthétisme plus élevés, le nombre de roches sur notre sentier professionnel, les attentes beaucoup plus grandes envers la mère que le père.

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Pour d’autres, c’est l’obsession féminine de la perfection qui est dans le chemin, les standards qu’on s’impose soi-même. On voudrait tout réussir sans renoncer à rien : la carrière, les enfants, les sorties entre copines, le derrière en béton… Perso, je suis loin d’être convaincue que le ­perfectionnisme soit généré par notre ­deuxième chromosome X. Je pense qu’il est surtout la conséquence d’une société qui promet l’égalité homme-femme (et qui la veut vraiment), mais qui a de la misère à oublier qu’elle a été fondée sur le patriarcat. De notre réalité contemporaine, aussi. On attendait de ma grand-mère qu’elle soit une bonne maman au foyer. De ma mère, qu’elle défonce des portes et connaisse une brillante carrière. Moi ? Les deux. Bonjour le défi. Mais bon, on ne va pas se battre sur l’origine de la culpabilité, l’idée étant de s’en débarrasser au plus sacrant. Et pour ça, il faudra jouer sur les deux tableaux.

Sans me vanter (bon, d’accord, je me vante), j’ai développé une philosophie assez efficace. Elle consiste à prendre conscience des réalités suivantes et à les assumer fièrement.

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Je ne sauve pas des vies Comme pour bien des gens, mes journées au boulot ressemblent à une course d’endurance. Je dois maintenir l’odomètre au centre du cadran « efficacité-rapidité » tout en étant consciente que chaque pause menace mon chrono (qui veut sortir du bureau à 19 h ?). Il est donc très possible qu’à un moment donné je rédige un rapport de façon plus succincte que la thèse de doctorat que je me promettais. Ou que je me pointe à une réunion sans être préparée, surtout si c’est la sixième de la journée. Je compte alors sur mon esprit de synthèse et ma créativité pour faire une lecture rapide de la situation et trouver une solution. Elle n’est pas toujours géniale, mais personne n’en mourra. Après tout, qui peut se targuer de marquer à chaque partie ? Ce qui compte, c’est la moyenne au bâton.

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J’ai du caractère On me dit calme et patiente. C’est vrai… la plupart du temps. Mais quand je me fâche, vous ne voudriez pas être dans les environs. Je peux péter des coches redoutables, car elles mélangent savamment intensité et colère retenue. Le ton, le regard, les mots… tout en moi exprime la furie sans jamais tomber dans l’hystérie. Selon le petit guide de la fille parfaite, je devrais être gênée d’avoir du caractère. Au contraire, j’en suis fière. C’est une arme efficace qui m’a permis de faire ma place dans toutes sortes de milieux et d’être rapidement identifiée comme celle à qui on ne la fait pas. C’est simple : si tu jappes, je mords.

Mon chum est un meilleur parent que moi Je ne vous ferai pas croire que je n’ai pas la fibre « mère indigne ». Vos détecteurs de bullshit se mettraient en mode alerte, avec raison. Mais disons qu’au fil des ans je me suis délestée d’une bonne dizaine de couches de culpabilité. J’ai d’abord admis que mon épanouissement professionnel était essentiel à mon bonheur. Et que cette réalité me ferait manquer certains moments dans le quotidien de mes enfants : le concert un mercredi à 14 h, les ateliers de bricolage en classe, les accompagnements aux sorties scolaires et les 22 000 autres activités créées pour te faire sentir cheap si tu n’as pas un horaire flexible.

Mes enfants sont chanceux, leur papa peut assister à la plupart de ces « événements ». De mon côté, ils sont prévenus : je ne participerai qu’à deux occasions pendant l’année scolaire. À eux de choisir lesquelles. Aux yeux des parents de leurs amis, du personnel enseignant et même du dentiste, je suis sans doute une mère absente. Enfin, si je me fie au ton mi-surpris mi-suspicieux des « Ah… c’est vous la maman de… ». Pour eux, c’est mon chum le bon parent, le gars impliqué. Ils ne savent pas que, à la maison, c’est moi qui arrête tout pour écouter la petite confidence. Qui fais le bouffon et propose des activités. Qui discute des sujets importants. Qui câline, remarque l’œil inquiet, re-câline… Je connais l’importance de mon rôle auprès d’eux comme je reconnais l’apport de mon conjoint. Et ils se valent totalement, avec leurs forces et leurs faiblesses.

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