L'édito

Affaires de filles

Trois stéréotypes de genre dont on pourrait se débarrasser « drette-là ».

P’tit char et drink sucré

Pus capable du complément nominal « de fille ». Cette précision sous-entend qu’on a affaire à une version diluée, moins puissante, voire enfantine, de l’original. Il suffit d’évoquer les voitures. Dès qu’elles sont petites, mignonnes et offertes dans des couleurs pimpantes, elles deviennent des « chars de fille ». Pensez aux Mini Cooper, New Beetle, Fiat 500… Les constructeurs redoutent cette étiquette, car elle risque de les priver d’une part importante d’acheteurs. « Ça n’a rien de négatif, et pourtant bien des hommes n’ont pas envie de recevoir ce commentaire de leurs amis », confirme Luc Arbour, spécialiste marketing chez Bleu Blanc Rouge et responsable du compte Toyota. La question a même enflammé des forums sur le web il y a quelques années.

Heureusement, cette catégorisation tend à s’estomper. Peut-être parce que l’auto sert moins à afficher son identité qu’il y a 15 ou 20 ans. « Aujourd’hui, le choix s’effectue plutôt en fonction des déplacements, de l’utilité et de l’aspect écologique, poursuit Luc Arbour. Les gars, surtout en milieu urbain, n’ont pas peur d’acheter un petit véhicule qui consomme moins d’essence. »

Ce serait sympa que ce virage s’opère aussi pour les cocktails. Car une femme qui a envie d’un verre ne veut pas nécessairement faire un voyage dans le Sud. Non, le drink bleu avec trois parasols et une portion quotidienne de fruits et légumes ne plaît pas à toutes. Pire, beaucoup aiment la bière. D’ailleurs, on en achèterait davantage si, dans les publicités, les filles à moitié nues ne devaient pas se partager un t-shirt à trois et si elles buvaient ladite boisson au lieu de s’en asperger ou de s’extasier sur le dude qui tient la bouteille. En attendant, vive le vin. Rouge.

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Les objets Calinours

J’ai souvent dénoncé le marketing genré visant les jouets pour enfants. C’est une de mes marottes. Mais je dois admettre que nous, adultes, n’avons rien à envier aux fillettes dans ce registre. Brosses à dents, stylos, rasoirs : tout plein d’objets du quotidien sont offerts en déclinaison « féminine » qu’on croirait plutôt destinée aux ti-zamis du CPE. Les fabricants soutiennent qu’on apprécie leur ergonomie différente, mieux adaptée aux petites mains. Pas de doute, impossible de se blesser avec ces bidules aux formes arrondies (!). Mais pourquoi diantre sont-ils tous assortis à la garde-robe de Barbie ? Quelqu’un devrait dire aux dessinateurs industriels que, passé huit ans et demi, on développe aussi une affection pour le gris et le noir. Perso, je n’ai jamais vu de salle de bains s’agençant aux teintes subtiles d’un rasoir qui a l’air d’avoir été créé par un Calinours. Quand tu re­viens de la pharmacie et que ta progéniture pense que tu lui as acheté un nouveau jouet, tu peux conclure à un échec marketing.

L’équation « fringues + petits pots = Q.I. inférieur »

Que je l’ai entendue, celle-là, depuis que je travaille pour un magazine féminin ! En fait, non. On l’a plutôt insinué, ce gros cliché voulant que les filles qui s’intéressent à la mode et à la beauté soient superficielles. Je ne me lancerai pas dans le débat sur la dictature de l’apparence, car c’est un autre sujet. Mais il y a différentes façons d’afficher son style et sa personnalité. Pour certaines, cela implique une vaste garde-robe et une trousse de maquillage à faire rougir Lady Gaga. D’autres sont du type jean-t-shirt-avec-pas-d’fond-de-teint. En quoi ces préférences témoignent-elles de l’intelligence ou de la profondeur d’une personne ? Y aurait-il des passions ou des plaisirs plus acceptables que d’autres ? Je ne compte plus les fois où j’ai entendu des journalistes « sérieux » discuter de la dernière blessure de Carey Price. Évi­demment, personne ne remettrait leur intellect en question. Mais un groupe de filles qui admirent une création d’Eve Gravel ou de Charlotte Hosten ? Bye-bye crédibilité. Pourtant, il y a moyen de lire Tolstoï ou The Economist, les ongles peints d’une laque tendance. Avec un joli bordeaux, ça coule de source !