Les trois plus beaux moments de l’année

Du grand dans les petites choses: voilà comment notre chroniqueuse invitée nous propose de revisiter l’année qui vient de passer.

 
Photo: Andréanne Gauthier

C’est l’heure des bilans. Je pourrais vous parler des événements qui ont marqué la planète, ou du moins notre petite Amérique du Nord. Mais partout dans les médias, il y aura des résumés, et ceux qui les écrivent le feront mieux que moi. Vous parler alors de mon moment personnel le plus important: l’arrivée de mon fils? Chaque accouchement, chaque naissance dans ce monde est une sorte de miracle, un événement à insérer dans le tiroir du grandiose. Votre naissance, celle du voisin, toutes celles à venir, sans exception.

Je vous parlerai donc de moments minuscules. De moments qui ont duré quelques minutes, peut-être même quelques secondes, mais desquels on peut tirer, à mon avis, quelque chose de grand.

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1) Le tapis rouge

Non, pas celui des Oscar, ni celui de l’ADISQ. Celui sur lequel ont défilé de humbles enseignants et leurs élèves dans une cour d’école primaire, le premier vendredi de la rentrée scolaire. Cette semaine-là, comme dans toutes les écoles québécoises, plus d’une centaine d’enfants avaient découvert leur nouveau professeur, leur nouvelle classe, les plus petits ayant dû s’adapter carrément à une nouvelle vie. Que c’était beau à voir! Car, à peine quelques jours après l’entrée à la maternelle, la plupart d’entre eux étaient déjà plus confiants… Le moment était venu, avant le week-end, de dérouler le tapis rouge!

On s’est tous demandé ce que ça pouvait bien faire là, à côté des marelles. Puis la directrice est sortie et a expliqué ce qui, pour elle, devait devenir une tradition: les élèves de sixième année se placeraient à gauche et à droite du tapis en levant les bras, formant ainsi une haie d’honneur sous laquelle passeraient les petits de la maternelle pour entrer dans l’école. Une façon de leur dire: nous formons un tout, nous sommes là avec vous. Une façon, aussi, de rappeler aux plus grands le chemin parcouru, de souligner qu’ils peuvent être fiers d’avoir réussi à se rendre à la dernière étape avant le secondaire, mais qu’ils ne doivent jamais oublier qu’ils ont été petits, eux aussi.

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Les autres élèves, le personnel et les parents sur place encerclaient cette haie d’honneur en applaudissant et en criant comme à un match de hockey. Sur mes joues, des larmes ont coulé. C’était magnifique. Si certains bouts de chou ne comprenaient rien du tout, impressionnés par l’attention dirigée sur leur petite personne, d’autres étaient complètement amusés, allant jusqu’à taper dans les mains des grands de sixième. Chose certaine: tout le monde était fier d’entrer dans son école. Et j’ai pensé: n’est-ce pas ainsi qu’on devrait se construire en tant que société? Remercier pour le chemin déjà pavé; laisser parfois la voie libre pour les nouvelles idées; encourager et valoriser les experts et les apprentis, les plus forts et les plus faibles. 

2) Le parapluie de golf

C’était un jour de pluie. J’étais somme toute correcte avec mon manteau semi-résistant à l’eau et mon gros capuchon, mais j’avoue que les gouttes qui tombaient sur mon visage commençaient à me gosser… Pour une fois que j’avais pris le temps de me maquiller AVANT d’aller au travail, j’arriverais à destination avec une face de clown.

Bref. Rien d’important.

Mais un homme m’apercevant alors marcher la tête penchée m’a offert de partager son parapluie avec lui. Pendant quinze minutes sur la rue Sherbrooke, lui et moi, de purs étrangers, sans aucune arrière-pensée de flirt, avons marché côte à côte et échangé sous son gros parapluie de golf.

Jusqu’à ce que nos chemins vers nos jobs respectifs se séparent.

Ça existe encore, les gentlemen. ♥

Et ça m’a donné envie d’être à mon tour une gentlewoman.

3) Le secret

Photo: Lydia Cournoyer

Elle s’est approchée de ma bedaine avec ses tites mains et sa tite voix. Elle s’est penchée. Elle a soufflé: «Écoute, bébé. Maman va peut-être être jalouse, mais je veux vraiment que tes premiers mots soient grande sœur.»

Il n’y aura jamais de jalousie, cocotte. Si, pour chaque naissance dans le monde, plus qu’une personne se donne la mission de tendre la main et d’être un modèle, y a bin des affaires qui devraient mieux aller. 


Animatrice-conceptrice, reporter, photographe et auteure, Melissa Maya Falkenberg a tenu des rubriques dans La PresseUrbania, Nightlife.caDînette et le 24 heures Montréal. Vous l’avez peut-être récemment suivie à Télé-Québec (nomination Gémeaux Meilleure animation magazine culturel), dans La vie n’est pas un magazine ou dans ses diverses émissions à ICI ARTV. Après les succès de Québec Western et Montréal toujours, elle publiera, en 2018, un troisième livre aux Éditions Cardinal.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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