Santé

Comment booster son système immunitaire

Les conseils de nos experts pour passer à travers l’hiver.

Peut-on se passer de la vitamine D?

Non! « On a démontré que la vitamine D stimule notre première ligne de défense », dit Pierre Haddad, pharmacologue et professeur à l’Université de Mont­réal. Une étude japonaise menée en 2008-2009 révèle que cette vitamine réduit les cas de grippe saisonnière chez les enfants. Elle protégerait aussi de certains cancers – sein et côlon, notamment. « La vitamine D jouerait un rôle de régulateur, en calmant le système immunitaire », précise-t-il.

Doit-on la prendre sous forme de supplément? Pas le choix, disent les experts. « La vitamine soleil fait défaut dans l’hémisphère Nord. Même si les poissons gras, le lait et les boissons de soya enrichies contiennent de la vitamine D, il est difficile de trouver dans l’alimentation la quantité dont on a besoin », dit Reinhold Vieth, de l’Université de Toronto, qui étudie la vitamine D depuis 30 ans. Il recommande de prendre un supplément de 600 unités internationales (UI) par jour, ce que confirme Santé Canada.

Pierre Haddad, lui, se demande si cette dose suffit. « L’Institute of Medicine, un conglomérat de scientifiques américains et canadiens, vient d’augmenter à 4 000 UI par jour le maximum sans danger pour l’organisme. Dans le doute, consultez votre médecin. »

Exagère-t-on l’importance de l’alimentation dans l’immunité?

Oui… et non. C’est une question de gros bon sens, selon Jacques Thibodeau, professeur et chercheur en immunologie à l’Université de Montréal. « Une alimentation variée ainsi qu’un mode de vie sain (sommeil et exercice) demeurent les ingrédients clés pour lutter contre la maladie », assure-t-il. Il est reconnu que les vitamines A, B2, B6 et D aident à juguler les infections. « Mais il existe des mythes… Certaines allégations ne sont pas encore prouvées », note Ciriaco Piccirillo, du Département de microbiologie et d’immunologie de l’Université McGill.

Peut-on prévenir la grippe grâce aux produits à base d’échinacée ou de ginseng?

« Les études bien faites n’ont révélé aucun effet sur la durée et la gravité des symptômes », affirme Éric Frost, microbiologiste et spécialiste de la grippe à l’Université de Sherbrooke. Selon lui, la meilleure arme, c’est la vaccination… mais bien des gens préfèrent les suppléments aux injections! « Beaucoup de préjugés circulent sur les vaccins, dont on comprend mal le mode de fonctionnement », explique-t-il. Un vaccin introduit dans l’organisme des « fragments » de virus qui vont lui permettre de développer des anticorps pour se défendre. Mais qui doit recevoir le vaccin? Tous ceux qui ne veulent pas attraper la grippe, juge Éric Frost.

Le stress est-il aussi dommageable qu’on le dit?

Oui, absolument, d’après Ciriaco Piccirillo, de l’Université McGill. « Je ne parle pas d’une chicane avec son conjoint, mais d’un stress constant qui dure des années, dit-il. Le stress et la fatigue sont comme un voleur dans la nuit. Au moment où vous les ressentez, le dommage est déjà fait. »

Un stress momentané ne vous mènera pas au cancer! Mais il pourrait vous rendre vulnérable et causer de petits ennuis de santé. En 2006, le professeur Janel Gauthier de l’Université Laval a analysé plusieurs études à ce sujet. Sa conclusion : un stress vécu sur une courte période augmente bel et bien le risque d’attraper un banal rhume de cerveau.

Pour se protéger des méfaits de cette tension nerveuse, tous les moyens sont bons. « Il appartient à chacun de découvrir les activités qui le font relaxer, que ce soit la marche, la lecture, la prière, la méditation ou une rencontre avec un ami », ajoute Ciriaco Piccirillo.

Les probiotiques sont-ils vraiment utiles?

« C’est le sujet de l’heure », révèle le professeur Ciriaco Piccirillo de l’Université McGill.

Des bactéries tapissent l’intérieur de l’appareil digestif et facilitent la digestion. Cette flore microbienne est déterminée en grande partie par l’alimentation – elle varie d’un individu à l’autre. Cer­taines de ces bactéries calment l’inflammation causée par les excès de nos défenses naturelles. « Le système immunitaire est composé de deux “armées” dont les forces s’équilibrent, explique-t-il. La première combat les microbes et les cancers mais, lorsqu’elle en fait trop, elle attaque aussi les cellules, ce qui mène à des maladies auto-immunes, comme les allergies ou la sclérose en plaques. Le rôle de la deuxième armée est d’empêcher les excès de zèle du système immunitaire, de le calmer. On a constaté que les probio­tiques le font aussi.

Que penser des oligoéléments comme le zinc et le sélénium?

On sait que le zinc joue un rôle important dans le fonctionnement du système immunitaire – une carence affecte le taux de globules blancs. Mais attendez un peu avant de courir à la pharmacie. « Les études montrent que les suppléments de zinc ne protègent ni du rhume ni de la grippe, dit le chercheur sherbrookois Éric Frost. Par contre, certains travaux suggèrent qu’ils pourraient limiter le nombre de récidives chez les gens qui souffrent d’herpès. » La viande, les légumineuses, les noix et les céréales complètes contiennent du zinc.

Un autre oligoélément, le sélénium, préviendrait les cancers de la prostate, du côlon, du sein et du poumon. On en trouve dans les noix du Brésil, le thon en conserve et les champignons shiitakes.

Notre obsession de l’hygiène est-elle la cause de nos allergies?

« Nous observons ce phénomène depuis plusieurs décennies, répond l’expert en immunologie Ciriaco Piccirillo. En Afrique, où l’on souffre beaucoup de maladies infectieuses, le taux de maladies auto-immunes et d’allergies est très bas. Au contraire, dans les pays où l’on mise sur l’hygiène, le taux de maladies infectieuses est faible, mais celui des maladies auto-immunes ne cesse de grimper. »

On a beau essayer de les détruire, les microbes sont partout : sur la poignée de porte, les touches du clavier, le bouton de l’ascenseur. Une guerre perdue d’avance? « Inutile d’employer un savon antibactérien pour éviter de propager les germes : ce qu’il faut, c’est se laver les mains plus souvent », dit l’immunologue.

Se laver les mains, soit. Mais pas avec n’importe quel produit. Certains savons antibactériens contiennent du triclosan, qui agit spécifiquement sur le métabolisme des bactéries. « Ce composé, utilisé depuis des décennies dans les hôpitaux, est maintenant incorporé dans de nombreux produits ménagers. On craint que le recours à ces produits favorise le développement de bactéries multirésistantes, mais on n’en a pas encore la preuve formelle », dit Jacques Thibodeau, de l’Université de Montréal. En attendant, le bon sens recommande l’utilisation du bon vieux pain de savon.

Et que vaut la vitamine C?

« C’est sans conteste l’un des principaux stimulants du système immunitaire », affirme Abdel Khalil, spécialiste des anti-oxydants à l’Université de Sherbrooke. Cependant, il ne sert à rien d’en consommer beaucoup, car, au-delà d’une certaine dose, le système de régulation du corps élimine les surplus. Autrement dit, les pastilles de 1 000 mg de vitamine C que l’on prend aux premiers symptômes d’un rhume sont inutiles? « Exactement! » répond-il.

L’équipe du Dr Khalil vient de publier une étude qui démontre que cinq fruits et légumes par jour comblent tous nos besoins en vitamines C, E, A et en bêtacarotène. « Évidemment, conclut le chercheur, si vous augmentez votre consommation à 10 portions, c’est encore mieux. » À noter : la vitamine E renforce l’action de la vitamine C. On trouve la première dans les amandes, les noisettes, les graines de tournesol, les avocats et les huiles végétales et la seconde dans les poivrons rouges et verts, les oranges, les mangues, les fraises, le brocoli et les choux de Bruxelles.