Santé

Couper le sucre d'un coup? J'ai essayé et j'ai souffert!

Ça aurait peut-être été une meilleure idée de réduire peu à peu…

On a parfois besoin de se sentir gonflée à bloc pour effectuer certains changements. Ça a été le cas lorsque j’ai pris la décision d’éliminer de mon alimentation les sucres ajoutés. Au moment de relever ce défi, j’étais certaine que ça ne serait pas très difficile, que ça ne pouvait pas l’être.

Bien sûr, je savais que je devrais renoncer au chocolat ainsi qu’aux généreuses cuillerées de cassonade dont je saupoudrais mon gruau matinal. J’étais aussi consciente qu’il ne serait plus question de chiper des carrés de sucre dans la cuisine au bureau. Mais, en même temps, je ne m’étais jamais sentie aussi motivée d’améliorer mon alimentation.

Les experts en nutrition ont analysé les effets potentiels à long terme de la consommation de sucre, et leurs conclusions n’ont rien de rassurant. La progression alarmante d’obésité, de diabète de type 2, de troubles cardiovasculaires, de plusieurs types de cancers, et même de la maladie d’Alzheimer est associée à la consommation de sucre. Et, bien que l’Organisation mondiale de la santé recommande de réduire l’apport en sucres à 5% à 10% de notre ration énergétique totale, la consommation moyenne des Canadiens est de deux à quatre fois cette quantité.

J’étais donc déterminée à faire fondre pour de bon mon tour de taille, qui avait épaissi (ce qui augmente le risque de contracter ces maladies). J’ai fait provision de yogourt nature, d’amandes crues et d’eau minérale. Puis, j’ai dégusté ma dernière pâtisserie.

Je n’ai pas tardé à ressentir l’état de manque. C’est pire que ce qu’on peut imaginer. Les premiers jours que j’ai passé sans sucre, c’était comme si la couleur avait disparu du monde, comme si le plaisir n’existait plus: tout me paraissait gris et insipide. Je me sentais maussade et malheureuse. Je ne pouvais pas avaler mon gruau d’avoine épointée non sucré sans me sentir pitoyable. Certaines sucreries que je n’avais pas mangées depuis des années se sont mises à me faire fantasmer: crêpes dégoulinantes de miel, Maltesers, barres Nanaïmo… jusqu’aux fraises en guimauve de mon enfance.

Je manquais de patience avec les enfants, j’étais brusque avec mon conjoint et de mauvais poil avec tout le monde. Il était clair que j’avais sous-estimé à quel point le sucre était devenu intimement lié à mon sentiment de bonheur, et combien nous avons tendance à croire que c’est tous les jours l’Halloween, surtout pour nous aider à composer avec les petites frustrations de la vie. Mais sous l’impulsion de mon optimisme initial, j’ai persévéré.

Je dois cependant avouer que c’était super déprimant… Le sucre, autrefois une denrée rare et chère qu’on réservait aux occasions spéciales, est omniprésent. Une étude publiée dans la revue médicale The Lancet a établi que près des trois quarts des aliments et boissons vendus emballés aux États-Unis sont additionnés d’un édulcorant. Alors, je me suis mise à scruter les étiquettes nutritionnelles et je me suis transformée en rabat-joie dans les fêtes, refusant poliment les truffes confectionnées par une collègue, boudant la table des desserts pour me rabattre sur un bol de bleuets à un shower, sirotant du thé plutôt qu’un verre de vin blanc dans les réunions d’amis.

Bien sûr, il aurait été beaucoup plus facile de réduire ma consommation de sucre de façon progressive que d’arrêter du jour au lendemain. La naturopathe Jennifer Salib Huber ne conseille d’ailleurs pas cette méthode draconienne, qui a tendance à déclencher ce qu’elle appelle un cycle de carence (ce que confirme ma rage de jujubes). Elle recommande à ses clients de s’alimenter de manière plus intuitive. «Ne vous concentrez pas sur les restrictions, dit-elle. Demandez-vous plutôt si vous tenez vraiment à telle ou telle gâterie. Donnez-vous la permission de vous l’offrir, mais permettez-vous également d’y renoncer si vous sentez que vous n’en avez pas réellement envie

Je comprends ce qu’elle veut dire, mais lorsque j’ai décidé de couper le sucre, je venais de terminer la lecture du livre fascinant (et effrayant) de Gary Taubes, The Case Against Sugar, [traduction libre: Le procès du sucre], dans lequel il expose minutieusement la façon dont les scientifiques, les nutritionnistes et l’industrie ont faussé et même empêché les recherches sur les effets du sucre. Il m’a été beaucoup plus facile de dire non à un biscuit après avoir lu qu’il n’existe pas de quantité minimale sécuritaire de sucre, pas plus qu’il y a un nombre minimum de cigarettes qui soit sans danger. Je voulais reprogrammer mes papilles, changer mes habitudes; la simple modération ne suffisait pas.

En fait, au fil des semaines, j’ai commencé à me sentir mieux. Les envies ont diminué (soyons réalistes, elles ne disparaîtront jamais complètement), et ma mauvaise humeur s’est estompée. Mon sommeil s’est amélioré, je me sens plus calme, et le ruban à mesurer indique un progrès léger mais appréciable. J’ai aussi appris à faire des choix alimentaires plus intelligents. Mon gruau est bien meilleur agrémenté de petits fruits et de graines. Si j’ai envie d’une petite gâterie après le repas du soir, je savoure un morceau de fromage pecorino.

Je me permets même une petite sucrerie de temps à autre. Mais comme c’est un événement rare, j’en tire un réel plaisir. C’est ça, je crois, la clé. Après un premier mois ardu, j’ai complètement changé ma relation avec le sucre. Il y a eu des moments pénibles, mais le fait d’être aujourd’hui capable de regarder un brownie au chocolat et au caramel salé et de me rendre compte que je n’en ai pas envie, c’est carrément une révolution!