Couple et sexualité

Claudia Larochelle et Jonathan Roberge jasent couple!

Un enfant, ça magane une vie de couple...

Un marmot tout mignon tout rose, ça magane une vie de couple, confirment plusieurs études. Parfois même, ça signe son arrêt de mort. L’animatrice Claudia Larochelle et le réalisateur Jonathan Roberge en causent sans faux-fuyants.

larochelle-roberge-400

Claudia Larochelle, auteure et animatrice de l’émission Lire, sur ARTV, et Jonathan Roberge, humoriste, réalisateur et créateur des capsules Web Fiston.

Châtelaine  Jonathan (30 ans), tu as un fils de quatre ans et demi, et toi, Claudia (35 ans), une fille de six mois. Quel impact a eu leur naissance sur vos relations amoureuses respectives ?

Jonathan  J’ai perdu ma femme au sixième mois de sa grossesse. Au sens où elle est devenue une autre, aux antipodes de celle qui partageait ma vie depuis sept ans. On pensait se connaître par cœur, nos valeurs étaient au diapason, on avait fait le tour du monde, traversé des épreuves… Mais ç’a été le choc. Tout à coup, elle s’est mise à triper bio, à insister pour qu’on habite en banlieue, à vouloir devenir mère au foyer. L’un voulait envoyer fiston au privé, l’autre au public. Bref, sa naissance a déclenché la fin de notre couple. On s’est séparés il y a deux ans et demi, sans acrimonie.

Claudia  C’est drôle parce que, dans mon cas, c’est l’inverse : pas sûre qu’on serait ensemble sans ma grossesse. Quand je l’ai su, on se connaissait depuis à peine un mois. On s’était rencontrés dans une fête, sur la terrasse d’un immeuble. À ce moment de nos vies, on était deux célibataires étourdis qui se posaient peut-être trop de questions… Je lui ai appris que j’étais enceinte par téléphone, alors qu’il était au boulot, dans le métro (il est designer à la Société de transport de Montréal). Silence au bout du fil. J’entendais les wagons défiler sur les rames… Il a fini par dire : « J’ai le goût de me jeter devant ! » Mais on a décidé d’aller de l’avant. Parce que, au fond, on rêvait l’un et l’autre de fonder une famille. J’étais tannée de papillonner, tannée d’écumer les bars. Finalement, ça se passe très bien. La naissance de notre fille nous a apaisés.

J.  Donc, ton chum ne t’a à peu près pas connue avant le bébé ?

C.  On s’est vus quatre fois avant que je me transforme en monstre ! J’étais déjà intense avant d’être enceinte, drama queen sur les bords, mais là… Je suis passée de cette inconnue à la jolie silhouette drapée dans une robe noire, dansant sur une terrasse, à un ogre en culotte de jogging qui bouffait deux pizzas de suite et rouspétait tout le temps. J’ai pris 25 kilos ! « C’est ça, finalement, ma blonde ? » En plus, l’accouchement a été très dur. Ça a duré 36 heures, j’ai souffert au point de virer sul’capot. Je ne voulais plus de bébé, j’avais peur… Aujourd’hui, mon chum est super content, il trouve que je jongle bien avec la maternité, la vie de famille, mon travail. Mais il a eu peur que je me révèle du type « Germaine », comme c’est arrivé à d’autres filles autour de nous.

J.  Tu parles ! Mon ex voulait tout régenter. Elle disait même « mon » enfant plutôt que « notre » enfant. Déjà que le lien est plus étroit avec la mère à la naissance… Je me suis senti inutile, exclu. Elle me parlait comme si j’avais été un attardé. Je savais pourtant changer une couche, je suis l’aîné d’une famille de cinq enfants ! Ça me choque, ce préjugé d’incompétence. On le trouve jusque dans les pubs : les pères ont toujours l’air caves. Je le sens aussi quand je vais seul avec mon fils au resto. On me scrute d’un air soupçonneux, comme si j’étais incapable de m’en occuper comme du monde.

C.  Ça, c’est un piège que je veux éviter. J’encourage toujours les élans de mon chum, même quand il ne fait pas les choses à ma manière (qui dit d’ailleurs que la mienne est meilleure ?). Exemple : il a préparé des purées de patates douces pour Ophélie en fin de semaine. OK, il les a versées n’importe comment dans les petits plats. Et puis ? Il était si fier de voir sa fille manger, ses yeux brillaient !

J.  Tu fais bien : ça bâtit sa confiance en tant que père. Moi, j’ai tellement douté ! Je ne savais pas comment définir mon rôle par rapport au modèle de mon propre père, par rapport aux attentes de mon ex… Sans vouloir jouer les victimes, j’ai l’impression que la femme moderne rêve d’un bûcheron… qui se lave les mains. Un gars solide qui apporte de l’eau au moulin, comme nos pères l’ont fait, tout en étant très présent. Un gars qui l’encourage à s’épanouir et qui popote des purées bios. Pas facile de correspondre à tout ça !

larochelle-roberge-400-2

C.  On veut trop tout avoir. Il faut faire des deuils. Moi, j’ai renoncé aux beaux ténébreux. Ils m’ont tellement fait fantasmer et souffrir… Cette fois, j’ai choisi un homme loyal, calme, fidèle. Je découvre sa tendresse envers notre fille, quand il danse avec elle joue contre joue dans le salon, par exemple. Ça me fait l’aimer plus profondément. Cela dit, j’ai quand même des peurs. Surtout par rapport à l’intimité, qui en a pris pour son rhume. Ma libido a chuté à cause de l’allaitement. Je suis épuisée, toujours préoccupée par la petite. Mon corps est magané. J’ai peur qu’il ait envie d’aller voir ailleurs…

J.  Le sexe revient, ne t’en fais pas. Mais ça peut prendre six bons mois ! Les gars aussi, ça bande mou les premiers temps… On est tellement fatigués. Je trouve important de répéter à sa blonde : « T’es belle, t’es ma femme », pour qu’elle comprenne que la voir devenir mère n’a pas anéanti le désir. Au contraire. À ce sujet, tous mes amis qui sont pères s’entendent.

 

Châtelaine  Comment éviter de se perdre après les enfants ?

J.  Communiquer, communiquer, communiquer… Quand j’ai amorcé ma relation avec ma nouvelle blonde, je l’ai bombardée de questions sur sa conception de la maternité. Pauvre fille, elle m’a trouvé lourd ! Mais je voulais m’assurer qu’on s’entendait sur des valeurs fondamentales pour éviter un second échec.

C.  Moi je crois beaucoup à l’esprit de compromis. Arrêter de se battre tout le temps, céder du terrain, acheter la paix… Et puis, rire, surtout. Rire de soi, de l’autre, ça désamorce bien des drames. Idéalement, je me ferais aussi cloner, histoire d’avoir le temps de jouer comme il faut mes rôles de mère, de maîtresse, d’animatrice !

À lire : tous les articles du dossier spécial Histoires de couples.