Facebook, Instagram… Moins on se compare, plus on est heureuse!

Sur les réseaux sociaux, tous semblent mener une existence follement excitante, remplie d’exploits sportifs, de couronnements professionnels et de moments mémorables en famille. Mais voir ainsi défiler la vie de ses « amis » peut nous entraîner dans le jeu des comparaisons… et nous rendre plus anxieuse et déprimée !

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Photo: Getty Images/Win-Initiative

Le compte Instagram de Julie Mathieu est une mosaïque de ciels bleus, ponctuée de cocktails colorés, de bonnes bouffes entre amis et de paysages exotiques. Elle a un amoureux de longue date, un bel appartement et un parcours professionnel remarquable… Quand elle consulte les profils de ses amis sur les réseaux sociaux, elle a cependant l’impression que ce n’est pas suffisant. « Ça me laisse souvent un petit goût amer », confie la jeune femme de 26 ans.

Dans le cadre de son travail pour un média québécois, elle dressait de temps à autre les listes des plus beaux comptes à suivre sur les médias sociaux. « Et moi, j’étais dans un cubicule beige », soupire-t-elle, attablée dans un joli café de Montréal (« le genre de place que tu pourrais mettre sur Instagram », lance-t-elle en riant). Elle visionnait avec envie le profil de cette ex-camarade du cégep qui voyageait beaucoup, de ces con-naissances dont la carrière paraissait plus florissante que la sienne… « Je les voyais et me disais : “Wow, je ne suis vraiment pas rendue là.” Ça me déprimait, ça affectait mon estime de moi », se souvient-elle.

Santé mentale à risque

La science commence à peine à comprendre les conséquences que peuvent avoir les réseaux sociaux et leur déferlement d’informations sur notre humeur.

Erin Vogel, chercheuse postdoctorale en psychiatrie à l’Université de Californie à San Francisco, a longuement étudié la question. Elle est d’avis que Facebook, Instagram, Twitter et cie ont de nombreux effets néfastes et qu’ils intensifient le sentiment de solitude et la dépression. Ses recherches indiquent aussi que les personnes déprimées ont de leur côté tendance à passer plus de temps sur les médias sociaux. C’est un cercle vicieux.

« Les comparaisons y suscitent beaucoup d’anxiété et de symptômes dépressifs chez les gens, plus que ce qu’on remarquait il y a une quinzaine d’années », renchérit Elizabeth Collins, psychologue à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal.

Le lien entre les médias sociaux et la dépression a d’ailleurs souvent été démontré. Dans une étude publiée en 2016, des chercheurs de l’Université de Pittsburgh ont constaté que les participants qui y étaient les plus accros avaient 2,7 fois plus de risques d’être dépressifs.

Pourtant, se comparer est un réflexe bien humain. « C’est un processus cognitif normal, parce que nous aimons savoir où nous nous trouvons par rapport aux autres », explique Elizabeth Collins. Nous le faisons dès l’enfance. Cela nous permet de connaître nos forces et de déterminer vers quel métier nous orienter, par exemple.

Cela peut avoir un effet positif. « C’est un mécanisme évolutif qui nous pousse à nous améliorer », poursuit-elle. Assister à un marathon peut nous inciter à retourner au gym, et il est possible que la promotion d’un collègue nous encourage à travailler plus fort. Mais quand cette tendance devient excessive, elle risque de susciter un sentiment d’infériorité et de se transformer en soucis.

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Le miroir aux alouettes

Le hic, c’est qu’au lieu de regarder à la fois les bons et les moins bons coups des autres, nous avons tendance à nous comparer surtout aux personnes qui réussissent mieux que nous. « C’est une forme de distorsion cognitive », indique Elizabeth Collins. S’il n’est pas socialement acceptable de se comparer aux plus démunis, nous n’hésitons pas à comparer notre quotidien aux extravagances des stars que nous suivons sur Instagram et aux prouesses les plus admirables de nos amis Facebook. Et les médias sociaux viennent exacerber le problème en nous permettant de savoir en temps réel ce qu’accomplissent des milliers de connaissances éloignées. Nos points de référence étaient auparavant plus limités.

Les réseaux sociaux contribuent également à ce que les spécialistes appellent la « peur de manquer quelque chose » (FOMO en anglais, acronyme pour Fear of Missing Out). Nous visitons souvent Facebook pendant nos moments libres, en attendant l’autobus ou avant d’aller au lit, par exemple. La comparaison entre notre soirée Netflix en linge mou et la lune de miel d’une amie à Bali nous paraît cruelle… « C’est l’un des risques. Autrefois, on se demandait ce que les autres étaient en train de faire. Maintenant, on peut le savoir dans l’instant », dit Susan Krauss Whitbourne, professeure émérite à l’Université du Massachusetts et autrice de plusieurs articles publiés dans le magazine Psychology Today.

Dans tout cela, il importe de se rappeler que ce qu’on voit sur Facebook n’est pas la réalité, mais bien une version idéalisée de celle-ci. Dans son livre Everybody Lies (Tout le monde ment… (et vous aussi !), paru aux éditions Alisio), l’économiste Seth Stephens-Davidowitz écrit que « sur les réseaux sociaux, chacun est heureux en ménage, en vacances dans les Caraïbes et lit la presse quotidienne. Dans le monde réel, beaucoup sont en colère, en train de faire la queue au supermarché, un œil sur un tabloïd et ignorant l’appel d’un conjoint avec qui ils n’ont pas couché depuis des années. »

L’expert a comparé ce que les gens affichent sur les médias sociaux avec les recherches qu’ils font sur Internet, un « sérum de vérité numérique », selon lui. Sur Twitter, par exemple, des qualificatifs fréquemment utilisés par les femmes pour décrire leur conjoint sont : « incroyable », « le meilleur » et « tellement mignon ». À l’abri des regards cependant, les termes de recherche Google les plus associés au mot « mari » sont « fatigant », « méchant » et « con ».

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Je me compare, je me désole…

En matière de médias sociaux, nous avons tous un talon d’Achille, selon Simon Sherry, psychologue et profes-seur associé à l’Université Dalhousie d’Halifax. Certains, plutôt préoccupés par leur apparence, sont portés à remarquer les régimes d’entraînement de leurs amis, alors que d’autres, après un recul professionnel, sont plus sensibles aux promotions de leurs collègues. « C’est notre estime personnelle qui finit par guider ce à quoi nous nous comparons en ligne », révèle-t-il.

Farrah Rozéfort, 39 ans, affirme par exemple ne jamais avoir trop été affectée par l’avancement de son entourage. « Il faut croire que je n’ai pas assez d’ambition ! » s’exclame-t-elle. Mais c’est une tout autre histoire lorsqu’il est question de sa vie familiale. Ses fils de deux et cinq ans patinent, jouent du piano et sont habillés comme des petits princes, mais elle craint toujours de ne pas en faire assez. « Quand je regarde les autres enfants sur Facebook avec leurs yeux brillants, en train de faire un casse-tête, ce que mes garçons ne font jamais, ça vient me chercher. Je finis par mettre plus de pression sur eux, alors qu’ils n’ont rien demandé et voudraient juste écouter La Pat’Patrouille en paix », dit-elle.

Ces tableaux de familles parfaites aux maisons immaculées la chiffonnaient tellement qu’elle se limite dorénavant à une seule séance Facebook par jour, quand les petits sont couchés. Elle a en outre désactivé toutes les alertes de son téléphone intelligent. « Maintenant, à mon réveil, je vois seulement l’heure qu’il est, pas les 120 choses que j’ai manquées », lâche-t-elle.

Quant à Julie Mathieu, elle aimerait bien, elle aussi, se détacher des médias sociaux, mais son métier exige qu’elle y passe beaucoup de temps. Si elle ne peut y échapper, elle a néanmoins décidé d’en tirer profit. « Je suis plutôt en mode contemplation ou inspiration », déclare-t-elle. Elle privilégie désormais les comptes qu’elle trouve motivants, ceux qui sont consacrés à la cuisine végétarienne, par exemple, et qui l’incitent à mieux manger.

Fini les comparaisons

Il existe des moyens d’échapper aux effets négatifs de la comparaison. Des experts nous ont refilé leurs tuyaux.

Ne pas s’attarder au gazon du voisin

Cessons de regarder à gauche et à droite, et établissons nos propres critères de réussite, suggère l’Américaine Ellen Hendriksen, psychologue et autrice du livre How to Be Yourself (pas encore traduit en français). « Je peux vous assurer que même les gens qui  semblent tout avoir se sentent souvent perdus et malheureux. Tout le monde, et je dis bien tout le monde, a ses problèmes et ses insécurités », dit-elle.

Regarder vers le bas

Pour déjouer le piège des comparaisons, on doit se mettre en parallèle avec ceux qui réussissent moins bien que soi. C’est ce qu’Elizabeth Collins encourage ses patients à faire. « Ils me répondent souvent que ça les rend inconfortables. Ça les place devant l’absurdité de se comparer aux autres », avance-t-elle.

Se comparer… à soi-même

Dans un studio de danse, les miroirs qui couvrent les murs sont là pour qu’on puisse voir l’ensemble du groupe, mais surtout s’observer soi-même. « À trop regarder les autres, on perd le pas, affirme Elizabeth Collins. Il est vraiment important de seconcentrer sur soi, d’ignorer ceux qui nous entourent et de se demander où l’on se trouve par rapport à ses propres objectifs. »

Miser sur le positif

Se concentrer sur les choses dont on est fière, voilà ce que conseille Elizabeth Collins.

Cultiver la gratitude

Entretenir une attitude reconnaissante par rapport aux aspects positifs de sa vie peut aider à se percevoir sous un meilleur jour. « J’incite mes patients à dresser, une fois par jour ou par semaine, une liste mentale de tout ce qui va bien », lance Simon Sherry.

Bloquer les indésirables

Il faut bien l’admettre : certaines personnes nous touchent plus que d’autres sur les médias sociaux. Lorsqu’on réalise que c’est le cas, il est temps de prendre du recul, de cesser de les suivre ou même de les effacer de notre liste d’amis, selon Susan Krauss Whitbourne. « Demandez-vous pourquoi ce qu’ils disent vous affecte autant, mais, surtout, pourquoi ils ressentent un tel besoin d’étaler leurs exploits. »

Fermer l’ordi, la tablette, le téléphone de temps à autre

Pourquoi ne pas limiter le temps passé les yeux rivés à son écran de cellulaire ? On le laisse en mode « avion » quelques heures, ou on télécharge une application comme Moment, qui compile les minutes passées sur son téléphone chaque jour, pour nous faire prendre conscience du temps qu’on y consacre.

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