Santé

La vitamine D : en prendre ou pas?

Vertueuse ou surestimée? Deux spécialistes tranchent.

Blend Images/Erik Isakson/Getty Images

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Le vent a-t-il tourné pour la vitamine D ? Depuis une dizaine d’années, cette vitamine que la peau fabrique à partir des rayons du soleil est devenue une star. De multiples études lui ont prêté la capacité de prévenir des affections redoutées comme l’ostéoporose, le cancer, le diabète, l’alzheimer et les maladies cardiovasculaires. Si bien que, au Canada comme ailleurs, les autorités en santé publique ont haussé les apports quotidiens recommandés – des suppléments étant jugés nécessaires, selon des spécialistes. Les médecins ont donc commencé à les prescrire en masse. Pas étonnant que les ventes aient explosé aux États-Unis, passant de 50 millions à 550 millions de dollars entre 2005 et 2010.

Mais voilà que des experts commencent à émettre des doutes. Selon eux, on a surestimé les carences dans la population, carences qu’on disait pourtant pandémiques. Et les preuves de son efficacité ne seraient pas au rendez-vous. Alors, qu’est-ce qu’on fait avec nos suppléments de vitamine D ? On les prend ou pas ?

NON

Dre Sylvie Demers, médecin et biologiste, auteure de Le mythe de la vitamine D – Rétablir la vérité sur les hormones, Les Éditions de l’Homme.

Rien ne justifie la prise de suppléments de vitamine D chez les adultes. Tous les jours, des patients me demandent conseil. Ce n’est pas étonnant : on en parle comme d’une substance quasi miraculeuse. Mais la « vitamine soleil » a beau être essentielle à la santé, le culte qu’on lui voue en ce moment est non fondé.

J’ai lu tous les articles scientifiques publiés sur le sujet (des milliers !) et rien ne prouve les bienfaits qu’on lui attribue. Dans l’ensemble, les études cliniques fiables – celles dans lesquelles on donne de la vitamine D à un groupe et un placebo à un autre pour en observer les effets – n’ont mis au jour aucun avantage résultant de la prise de suppléments.

Le mieux qu’on a trouvé, ce sont des liens, par exemple entre un taux élevé de vitamine D et un faible risque d’ostéoporose, de maladies cardiovasculaires ou encore de cancer. Inversement, un faible taux de vitamine D a été associé à un risque accru de souffrir de ces maladies. Mais ces études, dites d’association, ne permettent pas de conclure que c’est la vitamine D qui protège contre ces maux. La carence pourrait être une conséquence d’un autre facteur comme l’obésité ou la sédentarité, qui, elles, augmentent le risque de maladie. En plus, ces études sont majoritairement réalisées chez des femmes ménopausées, non représentatives de la population générale.

Pourtant, on a extrapolé ces résultats pour hausser les doses recommandées, sous prétexte que la carence en vitamine D serait généralisée, particulièrement au nord du 37e parallèle. Mais c’est faux. En 2010, l’Institute of Medicine, un organisme indépendant qui conseille les gouvernements canadien et américain en matière de santé publique, a estimé que la majorité des Nord-Américains ont suffisamment de vitamine D.

Il est vrai que les populations nordiques ne peuvent pas synthétiser de vitamine D pendant la moitié de l’année, faute d’ensoleillement. Mais le corps des Blancs s’est adapté. Leur peau s’est dépigmentée, ce qui permet de faire des réserves faramineuses pendant l’été. De plus, les tests [qui mesurent le taux de vitamine D dans le corps] calculent la vitamine de réserve plutôt que la vitamine D active. Or, c’est cette dernière qui compte.

Certaines personnes sont tentées de consommer quand même des suppléments, au cas où. Mais la vitamine D peut être nocive. Ce n’est pas du bonbon. Quand on en prend par la bouche, on sort du mode d’absorption naturel par la peau, ce qui peut entraîner de l’athérosclérose [épaississement et perte d’élasticité des parois des artères]. Un surplus peut également causer de l’hypercalcémie, un excédent de calcaire qui s’accumule dans les organes et les tissus et encrasse le corps. Certaines études commencent aussi à tracer des liens entre un taux de vitamine D élevé et une incidence accrue de cancer. Le contraire des effets souhaités !

Qui est la Dre Sylvie Demers ?  Elle s’est fait connaître par ses positions en faveur de l’hormonothérapie, exposées dans le best-seller Hormones au féminin paru en 2008 aux Éditions de l’Homme. Elle attribue d’ailleurs en grande partie les bienfaits qu’on prête à la vitamine D aux hormones féminines, notamment les œstrogènes. Elle a fondé le Centre ménopause-andropause Outaouais, à Gatineau.

OUI

Pierre Haddad, pharmacologue et professeur à l’Université de Montréal

La vitamine D apporte énormément de bienfaits. Comme les effets négatifs d’une carence dépassent largement le risque de surdose, on serait fou de s’en passer !

Depuis longtemps, on sait que la vitamine D joue un rôle essentiel dans la santé des os en aidant à l’absorption du calcium. De plus en plus, la recherche démontre qu’elle contribue aussi à contrecarrer le dérèglement des cellules qui mène au cancer. Certains liens laissent également supposer qu’elle pourrait atténuer l’inflammation légère chronique, présente dans de nombreuses maladies comme l’alzheimer, l’obésité, le diabète et les troubles cardiovasculaires.

Il est vrai que ces études sont sujettes à interprétation. Selon les adversaires de la prise de suppléments, le manque de vitamine D serait une conséquence de ces maladies et non leur cause. Et quand on donne des suppléments à ceux qui en souffrent, ils ne vont pas mieux. Or, la plupart des gens utilisent la vitamine D pour prévenir la maladie, pas pour la traiter.

Comme il existe une association entre un taux normal de la vitamine et un faible risque de ces maladies, il vaut la peine de s’assurer qu’on n’est pas en carence.

Ce qui ne veut pas dire que tout le monde devrait avoir recours à des suppléments, mais chacun devrait au moins faire vérifier son taux de vitamine D. Le test est simple et gratuit dans notre système de santé universel. Ceux qui en manquent – et ils sont nombreux – pourraient corriger la situation avec la prise de suppléments.

Je comprends la réticence de certains à avaler toujours plus de pilules. Idéalement, on devrait pouvoir subvenir à ses besoins de façon naturelle, par le soleil et l’alimentation. Mais la réalité n’est pas si simple. Choisir les produits champions est difficile – plusieurs d’entre nous hésitent à consommer de grandes quantités de lait, une des principales sources alimentaires de vitamine D. De plus, au pays, l’ensoleillement est insuffisant pendant une partie de l’année. Et l’été, l’écran solaire dont on s’enduit nuit à la synthèse de la vitamine.

Par ailleurs, les risques de surdose sont minces. Selon certains chercheurs, on pourrait en ingérer jusqu’à 10 000 UI chaque jour sans effets indésirables, comme l’accumulation de calcium ailleurs que dans les os. Santé Canada est plus conservateur et fixe la limite à 4 000 UI. C’est la dose que je prends tous les matins.

Qui est Pierre Haddad ?  Il enseigne la pharmacologie – l’étude des médicaments et de leurs effets – à l’Université de Montréal depuis plus de 20 ans. Éminent spécialiste des plantes médicinales, il a cofondé la Société canadienne de recherche sur les produits de santé naturels.

Vitamin D

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Bémols du côté de la science

L’hiver a été dur pour la vitamine D.

En janvier dernier, la revue scientifique The Lancet Diabetes & Endocrinology a publié deux méta-analyses – qui font une synthèse des résultats de nombreuses études et examinent
la méthode utilisée – discréditant l’efficacité des suppléments.

Dans la première, un chercheur français a comparé 290 études d’association qui établissaient un lien entre un faible taux de vitamine D et le risque élevé de maladie (cancer, troubles cardiovasculaires, diabète, etc.) avec 172 études cliniques qui vérifiaient le lien de cause à effet entre les deux. Sa conclusion : les essais cliniques n’ont pas prouvé l’effet préventif de la vitamine D. Quand il y a carence, en déduit-il, c’est une conséquence de ces maladies plutôt que leur cause.

La deuxième méta-analyse, qui portait sur la santé des os, conclut que les suppléments de vitamine D n’améliorent pas la densité osseuse, ce pourquoi ils sont souvent prescrits.

Comment faire le plein de vitamine D ?

Par l’alimentation : lait, boissons végétales, jus d’orange et céréales enrichis ; jaune d’œuf ; poissons et fruits de mer.

Par une exposition au soleil : 10 minutes par jour.

Par la prise de suppléments : 4 000 UI par jour.

 

Comment booster son système immunitaire? Un article à lire ici.