Le yoga comme allié contre le cancer

La médecine traditionnelle s’ouvre de plus en plus aux thérapeutiques complémentaires, qu’elle propose aux patients pour les aider à se soigner. Notre journaliste a visité une classe de yoga pour des femmes atteintes d’un cancer du sein, qui y trouvent un grand réconfort.

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Photo: Stocksy/Jakob

Oublions tout de suite les contorsions du yoga à la mode sur Instagram. Les neuf femmes rassemblées dans un petit local du Vieux-Longueuil ne sont pas là pour performer, ni pour dépasser leurs limites. Au contraire. Chacune des participantes adapte les positions qu’elle exécute à son état ce jour-là. Elles ne se comparent pas entre elles, ni même avec ce qu’elles étaient capables de faire la semaine précédente. Le yoga enseigné ici s’accorde aux besoins particuliers de ces patientes, de façon à mettre l’accent sur des postures et des thèmes précis, favorisant l’ouverture du cœur, l’équilibre, la pleine conscience.

Malgré tout, on pourrait presque se croire dans une classe ordinaire, si ce n’était des signes laissés par les traitements contre le cancer dans le petit groupe. Ici, nul besoin de les cacher. Pas de prothèses ni de perruques. Les participantes sont entourées de leurs semblables.

« L’effet de communauté, ça fait partie de la thérapie. Ici, elles peuvent se sentir en sécurité, il n’y a pas de jugement. Il y a même des amitiés qui sont nées. Certaines ont commencé à se voir en dehors du yoga », dit la professeure Candace Labbé, qui donne ce cours financé par la Fondation du cancer du sein du Québec.

Mais ce que ces femmes viennent chercher, c’est d’abord et avant tout la force de passer à travers ce qu’elles vivent. « Ça me donne de l’énergie. C’est devenu une priorité dans mon horaire, encore plus que mes rendez-vous chez le médecin », témoigne Freba, 46 ans. Toutes les autres acquiescent. « Les docteurs savent qu’ils n’ont pas le droit de me mettre une rencontre le mercredi après-midi, ajoute Marie-Caroline. Cette plage horaire est réservée au yoga, et c’est non négociable. Pendant les trois mois qu’a duré la période de tests diagnostiques, les cours ont tellement calmé mes montagnes russes. C’est devenu ma bouffée d’oxygène. J’y ai appris à avoir de la com-pas-sion pour moi-même. J’ai réalisé que, malgré mon cancer de stade 4, j’avais le droit de choisir d’être heureuse. »

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Des preuves scientifiques

La psychologue et chercheuse Dominique Lanctôt est bien placée pour comprendre ces femmes : elle a elle-même affronté deux cancers du sein. Le yoga a été pour elle d’une grande aide. « À mon premier cancer, en 1999, j’avais mal au cœur, j’avais perdu mes cheveux et j’étais vraiment déprimée. J’étais maman de jumeaux de 11 ans et je ne savais pas comment j’allais m’en sortir. En pratiquant le yoga, j’ai ressenti un bien-être et une sérénité dans tout mon corps, mes nausées ont disparu, mes symptômes dépressifs aussi. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de retourner aux études pour faire un doctorat. Je voulais évaluer les effets du yoga thérapeutique sur les patientes attein-tes d’un cancer du sein », explique-t-elle.

Publiée en 2012, sa thèse a mis en évidence des effets bénéfiques sur les symptômes de la dépression. D’autres études ont aussi fait la preuve que la pratique du yoga diminuait la fatigue et l’anxiété. Selon Dominique Lanctôt, il y a sans doute de nombreux autres bienfaits, mais ils restent à démontrer. Elle met toutefois en garde contre les amalgames dangereux. « C’est un traitement complémentaire. Le yoga aide à lutter contre certains symptômes du cancer, mais il ne guérit pas la maladie. Il permet surtout de traverser cette épreuve, d’améliorer la qualité de vie et l’état d’esprit des patientes. »

La Dre Geneviève Chaput, qui dirige le Programme de soins suite au cancer du Centre universitaire de santé McGill, a formé de nombreux soignants et patients à l’utilisation des thérapies complémentaires. « C’est une chose de traiter un cancer, c’en est une autre de traiter un être humain. Des interventions comme le yoga oncologique, ça permet de nourrir le bien-être physique, émotionnel, spirituel. On voit la personne dans son entièreté », souligne cette chercheuse et médecin de famille.

Peu à peu, les résultats observés viennent à bout des réticences de certains professionnels de la santé. « La demande est là. Près de 40% des personnes qui ont ou ont eu un cancer, tous types confondus, choisissent d’adhérer à des thérapies complémentaires en
plus de leur traitement médical, dit-elle. Et puis, différents problèmes peuvent -survenir une fois les traitements ter-minés. Une fatigue incapacitante, des troubles cognitifs, de la douleur, un lymphœdème (enflure), une diminution de l’estime de soi, la peur d’une récidive… Il ne faut pas oublier de traiter tout ça. Si le yoga peut aider, pourquoi pas? »

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Se définir autrement

« Pendant le traitement, chaque fois qu’on s’occupe de soi, c’est pour aller chez le médecin, à l’hôpital, à la pharmacie. J’avais l’impression de m’occuper seulement de mon cancer, pas de moi. Je ne voulais pas que ma maladie me définisse. Le yoga a changé ça, m’a permis de retrouver des moments joyeux », raconte Caroline Grégoire, devenue ambassadrice pour la Fondation du cancer du sein à Sherbrooke.

Au départ, elle n’était pas du tout convaincue que cette discipline lui conviendrait. Trop « grano » pour la fille active et débordante d’énergie qu’elle était. « Je menais ma vie comme un TGV. Le cancer, c’est tout un frein. Le train arrête sec et il faut se recentrer. Avec le yoga, je me suis rendu compte que le hamster dans ma tête cessait de courir. J’ai réappris à respirer », lance-t-elle en riant. Désormais adepte, elle s’implique même comme bénévole dans le mouvement YOMNI, un événement de yoga organisé en plein air par la Fondation pour amasser des fonds.

Se concentrer sur le présent, c’est un thème récurrent dans les séances de yoga adapté aux femmes aux prises avec un cancer du sein. Le calme et l’abandon que génère cet état d’esprit ont transformé la façon dont Caroline Grégoire envisage la vie. « J’ai réalisé que je n’avais pas envie de remonter dans mon TGV. Et, sincèrement, je crois que ça a fait de moi une meilleure personne, avoue-t-elle. Je reste pleine de vie et d’énergie, mais j’ai appris à mieux canaliser mes forces. »

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