Bonheur: une question de gènes ou de choix?

Naissons-nous heureuses ou apprenons-nous à le devenir? Sommes-nous toutes égales devant le bonheur? Y a-t-il un gène du bonheur? En avez-vous hérité?

 
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Mélissa L. habite une banlieue de Montréal et travaille comme directrice d’un grand département de production. En 2014, un burnout l’a obligée à s’arrêter et à s’interroger sur son rapport au bonheur. « Je me suis rendu compte qu’en dépit de mon enfance saine, de mon travail intéressant et de ma vie de couple plutôt harmonieuse, je ne me suis jamais sentie vraiment heureuse. J’étais souvent triste ou inquiète. »Mélissa souffre d’un déséquilibre de la sérotonine. Elle présente le profil de ce que les chercheurs appellent « un petit transporteur de sérotonine ». De fait, chez elle, le gène responsable de la synthèse des protéines qui « transportent » la sérotonine dans le cerveau synthétise des protéines courtes n’en transportant que de petites quantités. Chez d’autres personnes, le gène synthétise des protéines plus longues, qui sont de plus « gros transporteurs » de sérotonine.

Or, la sérotonine, qui sert de neuromédiateur entre deux neurones, joue un rôle primordial dans la régulation de l’humeur. Cette hormone contribue aux fonctions cognitives, favorise les sensations de plaisir et stimule le désir. Les médicaments, comme les antidépresseurs, ont d’ailleurs pour fonction d’augmenter le taux de sérotonine. La prédisposition au bonheur serait donc génétique et en lien direct avec le taux de sérotonine, ce qui lui a valu l’épithète d’« hormone du bonheur ». Les recherches ont permis de constater que les « petits transporteurs » de sérotonine sont hypersensibles aux émotions et au stress, en plus de moins bien réagir aux événements difficiles en raison de leur « déficit » en sérotonine. Les gros transporteurs, eux, semblent plus « doués » pour le bonheur…

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À Montréal, le neurologue et professeur à l’Université McGill Alain Dagher reconnaît la composante génétique, mais soutient que les neurotransmetteurs ne sont pas les seuls en cause. « Il existe différentes parties du cerveau qui s’activent lorsqu’on ressent du plaisir. À l’aide de scans, on peut même voir de quel type de bonheur il s’agit. S’il y a sécrétion de dopamine, c’est un bonheur lié à l’accomplissement, s’il y a sécrétion d’opioïde, c’est un bonheur lié aux sensations », expliquait-il à l’émission Une pilule, une petite granule sur les ondes de Télé-Québec. De son côté, le neuropsychiatre de réputation internationale Boris Cyrulnik soutient que le bagage génétique n’est pas une fatalité et qu’il n’est pas, à lui seul, une garantie de bonheur ou de dépression. D’autres facteurs physiques, environnementaux, circonstanciels et psychologiques exercent également une influence.

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