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Entrevues

Yvette Bonny, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie Sciences et santé

Si la communauté médicale du Québec admire cette pédiatre-hématologue, c’est d’abord pour une première, réalisée il y a 45 ans, mais aussi pour son approche humaniste de la médecine, qui inspire un grand respect.
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Yvette Bonny, Prix Châtelaine 2025 dans la catégorie Sciences et santé

Photo: Sylvain Légaré (L'Ordre de Montréal)

Joindre la Dre Yvette Bonny a demandé un peu de persévérance. C’est que cette grande dame, qui a soufflé ses 87 bougies en juillet dernier, se fait discrète. Son départ à la retraite – à 75 ans – en témoigne bien. «Elle est partie sans faire de bruit. Elle était plutôt mal à l’aise à l’idée qu’on la célèbre», se rappelle le Dr Claude Perreault, qui l’a longtemps côtoyée à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.


LA LAURÉATE

Le 2 avril 1980, la Dre Bonny a réalisé, sur une enfant de 12 ans, la toute première greffe de moelle osseuse au Québec. Elle a pratiqué, à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, la majorité des greffes de moelle osseuse pédiatriques de la province, alors qu’elle dirigeait l’unité provinciale de transplantation
médullaire pédiatrique, de 1980 à 1998. Elle est reconnue pour l’excellent contact qu’elle savait établir avec les patients et leur famille.


D’une grande disponibilité, la Dre Bonny «s’est occupée de façon exceptionnelle de ses patients», affirme un autre confrère, le Dr Denis-Claude Roy. «Yvette était adorée et des enfants, et des parents», renchérit le Dr Perreault.

Ces deux hématologues, devenus professeurs et chercheurs, vantent le sens de l’innovation et le courage de la Dre Bonny. «On avait tous les regards de nos collègues tournés vers nous. Il fallait avoir un certain culot!» observe le Dr Perreault, qui a réalisé avec elle la première greffe de moelle osseuse au Québec. Dans les cas compliqués d’anémie, raconte-t-il, les autres médecins demandaient à leur consœur d’étudier la formation et la destruction des globules rouges du patient pour les aider à comprendre l’origine du problème. «C’était une spécialiste de ces processus.» La Dre Bonny a aussi contribué à l’étude de l’anémie falciforme, une maladie génétique à peu près inconnue au Québec à l’époque.

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On ne tarit pas d’éloges sur vous, Dre Bonny, mais qu’est-ce qui vous rend fière de votre parcours?

C’est le parcours de la petite fille en Haïti qui est allée étudier dans un grand pays. Je suis fière d’avoir grimpé tous ces échelons-là, mais mon but, c’était de faire tout ce que je faisais le mieux possible. On m’appelle pour me parler de mes succès, pour me donner des prix. Je dis: «Pourquoi? J’ai juste fait mon travail!» [Rires]

Vos anciens collègues vous décrivent comme une personne très dévouée. Était-ce dans votre nature?

La médecine pédiatrique demande beaucoup d’engagement et de don de soi. Le contact avec l’enfant est important; il faut l’apprivoiser, le rassurer. Il y a tout son entourage aussi, les parents, les grands-parents, qui veulent tout savoir. Ce qui aurait pu prendre 10 minutes en théorie me prenait une demi-heure, trois quarts d’heure!

Mais c’est vrai que, pour moi, il n’était jamais trop tard dans la journée pour aider un enfant ou calmer un parent. Les gens avaient un peu l’impression que je n’étais là que pour eux. Plus on m’en demandait, plus je voulais donner. Pas pour faire ma réputation, mais pour faire le bien. Ça n’a pas toujours été facile pour ma famille… Mais je ne regrette rien. J’aurais eu plus de regrets si je ne l’avais pas fait.

À l’époque, réalisiez-vous que vous étiez en train d’ouvrir la voie aux femmes et aux personnes issues de l’immigration?

Je suis contente de n’avoir pas su que j’avais cette responsabilité. J’aurais trouvé ça dur de me mettre cette pression; mon engagement aurait été moins authentique et spontané. Des femmes me disent: «C’est grâce à vous si on est là», alors que j’ai seulement mené ma vie et fait de mon mieux! [Rires] Je suis fière de voir ces jeunes-là. Je leur dis: «Vous m’avez toutes dépassée haut la main!», mais aussi que je suis contente d’avoir pu les inspirer d’une certaine manière.

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Que diriez-vous aux jeunes femmes qui n’osent pas aller au bout de leur rêve en médecine ou en sciences?

Je leur dis de foncer. La culpabilité, le sentiment de devoir s’occuper de sa famille ne devraient pas être des obstacles. Il faut concilier le travail et la famille, partager les responsabilités familiales avec son conjoint. Je pense que les hommes en sont davantage conscients maintenant. Les femmes apportent beaucoup de bonnes choses à la société, pas seulement en médecine. Elles ne prennent pas la place des hommes parce que ce n’est pas la place des hommes: c’est celle des humains.

Il arrive encore que des personnes, souvent des femmes, ne se sentent pas écoutées par leur médecin. Que faudrait-il apprendre aux étudiants en médecine?

L’écoute, c’est peut-être le point le plus important. Il faut parler avec le patient ou la patiente. La personne ne discutera pas le traitement, s’il faut donner 15 ou 20 mg du médicament. Elle ne le sait pas. Mais elle se connaît, elle. Même si le médecin maîtrise la science, les études et les statistiques sur les traitements ou les maladies, la personne malade doit avoir le droit de donner son point de vue, de s’expliquer. C’est son corps.


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Amélie est adjointe à la rédaction chez Châtelaine et journaliste pigiste. Bien qu'elle soit une généraliste – curieuse et assoiffée d’apprentissages –, elle a développé plus d’expertise sur les sujets touchants la consommation durable et responsable sous toutes ses facettes, le plein air et l’équipement qu’il nécessite, les expériences de voyage et l’éthique en tourisme, de même que l’alimentation, le bien-être et la santé.

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