Ma parole!

Je suis ma pire ennemie

Si j’étais plus indulgente pour moi-même, mon existence serait pas mal plus douce et celle de ma famille aussi, écrit Geneviève Pettersen.

Il est 3 h de l’après-midi. Assise devant mon portable, je tente d’écrire ma chronique malgré une grippe qui me fait frissonner et un cerveau en compote. Au passage, je souligne que ladite chronique devait être remise bien avant aujourd’hui.

Je fixe mon écran et je me trouve « ordinaire ». Ordinaire de devoir rendre mon texte très en retard sans aucune excuse valable sauf celle d’avoir perdu le fil des dates de tombée. Quand la rédactrice en chef adjointe m’a gentiment rappelé que mon papier était dû depuis un petit bout, j’ai été catastrophée. Je me suis sentie vraiment mal.

my heart on my sleeve / more like my heart on the wall / try to ignore that

Photo: Stocksy

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J’ai trois enfants et un horaire un brin insensé, mais je devrais tout de même être en mesure d’écrire un texte de 600 mots entre une visite chez le doc et l’une de mes innombrables tâches professionnelles et ménagères. Même que je devrais pouvoir le faire dans la salle d’attente du médecin. Vous vous dites sûrement que c’est dingue de penser comme ça. Et vous avez raison. Sauf que moi, je ne le vois pas, que c’est complètement fou d’exiger sans cesse de moi-même la perfection. À la place, je me dis que je devrais être capable de tout faire de façon impeccable tout le temps. Au lieu de me donner un petit break, je me trouve nullissime de parfois faillir à la tâche. Après tout, Janette Bertrand a souvent répété qu’elle écrivait ses scénarios de télé assise au bout du quai, pendant que ses enfants s’épivardaient dans l’eau. Pourquoi ne pourrais-je pas en faire autant ?

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Si j’étais plus indulgente pour moi-même, mon existence serait pas mal plus douce et celle de ma famille aussi. C’est que mon obsession de la perfection rejaillit sur elle. Oui, je suis exigeante envers moi ET envers mes proches. Pour être honnête, j’en ai plutôt assez de vivre dans l’angoisse de ne pas tout réussir à la perfection. Je suis tannée de me demander d’être une mère formidable, une blonde extraordinaire et une travailleuse infatigable. Surtout, j’en ai marre de mettre ce culte de la performance sur le dos des autres. Malgré la culture du « toujours plus haut » et du « toujours plus loin » dans laquelle je baigne depuis la tendre enfance, il est grand temps de m’avouer que ma pire critique, c’est moi. Je n’ai pas besoin des autres pour voir mes défauts, me traiter de paresseuse ou dresser la liste des aspects de mon existence que je pourrais changer pour être une meilleure personne. Je n’en ai pas besoin non plus pour me traiter d’épaisse, me trouver grosse ou inadéquate. Non, tout ça, je le fais très bien. Inutile de me soumettre à des bilans annuels ou de me regarder dans le miroir. Lorsqu’il s’agit de m’évaluer, je suis très créative. Je sais faire preuve d’une cruauté sans nom.

Je suis ma pire ennemie. Voilà, c’est dit. Et je pense ne pas être la seule de ma gang à s’autoflageller à longueur de journée. Il serait grand temps de m’aimer un peu plus et d’appliquer toute ma faculté de compassion et d’ouverture envers autrui à ma propre personne. Je ne dis pas que je vais devenir ma meilleure amie, loin de là. Mais il me semble que je dépense beaucoup trop d’énergie à me détester.

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Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)