Famille tout compris

Qu’est-ce qui préoccupe les ados?

Un nouveau sondage de l'organisme Jeunesse, J'écoute a constaté que près de la moitié des adolescents au Canada sont stressés. Notre chroniqueuse Marianne Prairie se demande: écoute-t-on assez les jeunes?

Famille_tout_compris

Seriez-vous capables de répondre à la question énoncée dans le titre de ma chronique? Pourriez-vous dresser un top 3 des préoccupations des adolescents canadiens? Pour ma part, je n’oserais même pas essayer tant je suis déconnectée. J’ai encore plusieurs années devant moi avant que mes filles n’entrent dans ce groupe d’âge. Puis, à 33 ans, les souvenirs de mes années post-puberté sont assez loin derrière moi pour être enjolivés par un filtre nostalgique (et pour que mes vêtements de l’époque reviennent à la mode, mais passons).

C’est pourquoi j’ai lu avec grand intérêt La parole aux jeunes – Rapport sur les préoccupations touchant les adolescents, un sondage réalisé par l’organisme Jeunesse, J’écoute dont les résultats ont été dévoilés plus tôt cette semaine. Près de 1330 jeunes de 13 à 18 ans provenant de partout au pays se sont exprimés sur leur état d’esprit et leur santé émotionnelle. Pour l’occasion, Jeunesse, J’écoute a recruté des adolescents de tous horizons, pas nécessairement ceux qui utilisent ses services.

D’entrée de jeu, le premier paragraphe du rapport m’a interpellée: «Tant dans les médias populaires que dans la société en général, on considère souvent les adolescents comme un groupe homogène partageant des valeurs, des caractéristiques, des aspirations et des craintes communes. En réalité, chaque adolescent vit une expérience différente de la vie.»

Ados

Photo: iStock

Il y a eu un genre de «pow!» dans ma tête. C’était le bruit de ma prise de conscience.

En effet, lorsqu’on parle de «nos» jeunes, on les représente souvent de façon caricaturale, avec un ton qui suggère l’incompréhension (les ados de nos jours!) ou l’infantilisation (ils ne savent pas ce qu’ils font!). On relate aussi abondamment les drames et les histoires juteuses qui les concernent. Ça ne fait qu’alimenter l’impression qu’ils forment un gros « blob » où sévissent l’hypersexualisation et la dépendance aux nouvelles technologies. Pas très réaliste, tout ça.

Il me fait donc plaisir de vous présenter le top 3 des préoccupations des adolescents canadiens d’après le sondage de Jeunesse, J’écoute. Écoutons-la, la jeunesse, voulez-vous?

#1 : L’école

Pour la moitié des adolescents interviewés, les notes et les devoirs forment leur préoccupation la plus importante et la plus fréquente. Fait intéressant, les garçons sont plus inquiets à ce sujet que les filles (53 % vs 44 %) et les anglophones le sont plus que les francophones (52 % vs 31 %).

#2 : Le stress

Les adolescents sont sous pression. 42 % des jeunes disent ressentir du stress et de l’anxiété, un taux qui augmente avec l’âge (27 % à 13 ans vs 50 % à 18 ans). Selon Andréanne Deschamps, superviseure clinique en chef chez Jeunesse, J’écoute, c’est un enjeu majeur, car il influence l’optimisme des adolescents: «Ces jeunes ne croient pas qu’ils possèdent les ressources et les moyens pour résoudre leurs problèmes ou surmonter les obstacles. Ça diminue leur capacité à faire face aux difficultés.»

#3 : L’intimidation

C’est une préoccupation importante pour 29 % des jeunes Canadiens, mais qui varie selon les profils démographiques. Par exemple, les adolescents francophones, surtout ceux du Québec, sont plus inquiets que leurs semblables anglophones (47 % vs 25 %). Le rapport nous apprend aussi que «si un ado est victime d’intimidation à l’école, celui-ci a 50 % de risque de subir cette même forme de violence ailleurs (à la maison, par exemple). De plus, ceux qui intimident ont 50 % de chances de subir eux-mêmes de l’intimidation. »

Pour le reste du rapport (avec des résultats sur la drogue et l’image corporelle), rendez-vous sur le site web de Jeunesse, J’écoute. Profitez-en pour faire le tour, c’est bourré d’infos, tant pour les jeunes en difficulté que pour leurs amis et leurs parents qui veulent les aider. Et il y a toujours la ligne téléphonique au 1-800-668-6868, ainsi qu’un outil de clavardage en direct et une application mobile.

En terminant, j’ai posé cette question à Andréanne Deschamps : « Est-ce qu’on écoute assez nos adolescents? » « Ce n’est pas un hasard si notre rapport s’intitule La parole aux jeunes » m’a-t-elle répondu avec un sourire. « C’est important de leur offrir différents moyens de se confier. En personne, par texto ou sur les réseaux sociaux, par exemple. Mais surtout, chaque jeune devrait avoir au moins une personne à qui parler. Ce n’est pas toujours le cas. »

Croyez-vous qu’on écoute assez nos adolescents?

– – –

Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)