L'édito

Se construire un village

«Je ne serai pas sur le perron de l’église pour la messe de minuit. Mais je pense tout de même qu’on aurait des leçons à tirer de cette époque où les mots communauté, village et paroisse étaient liés à l’identité, nous obligeant à tenir compte des plus démunis», écrit notre rédactrice en chef.

ll n’y a pas si longtemps, Patsy détestait le temps des fêtes. Sa solitude lui semblait encore plus lourde en cette période de réjouissances. Et son bas de laine, trop souvent troué, ne lui permettait pas beaucoup de folies. Elle a pourtant trouvé le moyen de mettre à profit ses talents d’artiste pour parsemer un peu de féerie dans son quartier montréalais.

Denis, lui, a réussi à créer une chaîne d’entraide dans son coin de Québec. Et pas seulement à Noël. Tout au long de l’année, organismes et commerces font front commun pour aider les résidants dans le besoin. Quant à Cécile, c’est son implication auprès de sans-abri de Longueuil qui l’a amenée, par hasard, à égayer le quotidien de gens aux prises avec des troubles de santé mentale. La grande fête qu’elle organise pour eux en décembre est devenue un moment de lumière dans leur vie souvent houleuse et morose.

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J’éprouve une profonde admiration pour ces citoyens qui, dans l’ombre, redonnent un Noël à ceux qui n’en avaient plus. Parce qu’ils offrent plus à leur communauté que ce que j’arrive à faire avec ma modeste contribution de temps et d’argent. Mais surtout parce qu’ils tricotent, raccommodent, renforcent ce tissu social qui me tient tant à cœur. Celui qui me permet de penser qu’on peut recevoir un coup de main quand la vie nous fait un croche-pied.

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Je crains parfois que les bibittes hyperactives et solitaires que nous sommes devenus, pour lesquelles les liens d’appartenance se résument trop souvent au travail ou à des groupes virtuels, viennent à bout de ce tissu, l’effilochent. Bien sûr, de beaux moments de solidarité émergent dans l’intangible Facebook ; des organismes trouvent le moyen de survivre grâce aux sites de sociofinancement. Mais est-ce suffisant ? Combien de temps encore serons-nous capables de voir la misère en la croisant, si personne ne l’a retweetée ? Ou d’aller vers des inconnus en chair et en os pour créer des liens, le mortier d’un véritable réseau d’entraide ?

Je ne serai pas sur le perron de l’église pour la messe de minuit. Aucune bouffée de nostalgie ne naîtra en moi si, bien calée dans mon sofa, je tombe par hasard sur une reprise des Filles de Caleb ou des Belles histoires des pays d’en haut entre Noël et le jour de l’An. Mais je pense quand même qu’on aurait quelques leçons à tirer de cette époque où les mots communauté, village et paroisse étaient intimement liés à notre identité, nous obligeant à tenir compte des plus démunis.

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Heureusement, il y a encore des Patsy, Denis et Cécile pour nous secouer la conscience sociale, nous inciter à bâtir notre propre village. Reste à passer à l’action… et, dans mon cas, à programmer une alerte sur mon téléphone (!) pour relire ces lignes, une fois terminée la saison de la guignolée.

 


 

Et si on se servait du virtuel pour tisser une toile de solidarité bien réelle ? Racontez votre geste d’entraide sur votre compte Facebook ou  Twitter en utilisant le mot-clic #ChatelaineEntraide pour qu’on puisse retrouver votre soumission. Vous pourriez gagner un forfait Eastman-les-Bains pour deux, incluant l’accès aux bains nordiques et un dîner santé. Tous les détails ici.